Méthodes et enseignement du karaté

Catégories : Pédagogie & enseignement , Préparation DAF, DIF, CQP
Publié par Alain Foltzer

Eduquer, c'est faire acquérir à l'élève, un savoir qu'il pourra réinvestir en dehors de son contexte d'apprentissage (du dojo dans notre cas).

La méthode traditionnelle d'enseignement du karaté

L'enseignement traditionnel du karaté en France s'articule principalement autour de 3 outils clairement identifiés comme étant (même si des variations conceptuelles propres à certains styles entre autre  existent) :
  • Le kihon
  • Le kata
  • Les assauts conventionnels

Le modèle d'apprentissage est : démonstration – observation – application

La logique interne du karaté en 1ère intention étant le combat.

Stratégie:

1ère Etape : L'enseignant démontre au mieux une technique (mise en évidence de ses qualités de pratiquant), l’élève observe et répète cette technique en mimant l'essentiel de ce qu'il a retenu: c'est le Kihon.

2ème étape : Lorsque le nombre de technique est suffisant, elles sont enchaînées d'une façon imposées et chorégraphiée dans ce que l'on appelle un Kata.

3ème étape : L'enseignant extrait une séquence tactique répertoriée ou non dans ce Kata et la met en situation avec un ou plusieurs partenaires. Ce sont les assauts conventionnels (Gohon, Sambon, Kihon ippon, Ippon et jyu KUMITE)

assauts conventionnels

Cette chronologie en 3 étapes, représente globalement la structure du cours ou d'un ensemble de cours dans le cadre d'un programme d'entraînement en karaté selon la méthode dite traditionnelle.

Si elle s’accommode relativement bien à un public adulte, elle est par contre limitée sur le plan éducatif chez les enfants (Définition formelle de la technique), parce que la part de tâtonnement est absente des étapes 1, 2 et apparaît seulement en 3.

Les méthodes dites "globales"

Ces méthodes mettent d'emblée les élèves en situation (Définition fonctionnelle de la technique), afin qu'ils découvrent et s'approprient de façon empirique et expérientiel, les savoirs que l'enseignant cherche à transmettre. Ces savoirs ne sont pas obligatoirement des techniques, ils peuvent être des comportements ou des aptitudes à développer (Ce que ne conçoit pas la méthode traditionnelle).

La pédagogie par résolution de problème par exemple permet de créer des exercices où les élèves doivent chercher une solution non inscrite d'emblée dans la situation d'apprentissage (La solution n'est pas imposée comparativement au principe traditionnel).

Au final, d'une part, la solution est l'objectif à atteindre et d'autre part, c'est l'expérience acquise pour trouver la bonne réponse qui revêt un caractère éducatif (Remarque : Dans un environnement techniciste comme le Karaté, la solution à un problème peut être une technique : "Pour ne pas être touché sur le dessus de la tête, je place mon avant bras entre le bâton et sa cible")

Les propriétés "situationnelles" que l'on trouvent aussi dans les assauts conventionnels ne suffisent pas à confronter les élèves à la logique de tâtonnement propres aux approches globales, parce nécessitant trop de critères de réalisation technique à acquérir au préalable.

Ils sont certes pour les débutants des outils d'acquisition technique (qui deviendront par la suite des outils de perfectionnement tactiques) mais ils ne favorisent pas de façon explicite l'acquisition d'objectifs de type : acceptation de l'affrontement, gestion de ses émotions (Auto régulation), etc. Seul, le Jyu Kumité entrevoit réellement cette logique. Cependant le combat qui représente, il ne faut pas l'oublier, la logique en soi du karaté, n'est pas abordé avant plusieurs mois ou années d'apprentissage : Voir jamais (discordance des représentations).

Pour résumer : Le tâtonnement, c'est à dire la gestion de ses erreurs et de ses réussites en vue de trouver la solution posée par la situation d'enseignement, permet à l'élève de comprendre ce qu'il fait, puis de créer des stratégies d'apprentissage (Il apprend à apprendre). Au final, il devient acteur plutôt que spectateur.

Conclusion :

Rien n'empêche à plusieurs méthodes de cohabiter, bien au contraire. Certaines sont tout simplement plus appropriées en fonction des objectifs du moment ou des caractéristiques des élèves (enfants, ados, adultes). Le but n'étant pas d'en privilégier l'une au dépend de l'autre mais de les utiliser de façon cohérentes.

Voici un exemple d'articulation entre plusieurs méthodes selon l'âge et les caractéristiques des enfants (variables bien trop souvent ignorées dans les discours sur les méthodes dans le karaté et les arts martiaux en général).

Si on entre dans l'activité par les jeux d'opposition, la question du kihon ne se pose plus forcément de manière formelle (production de forme sans but perçu) puisqu'il peut servir de support non exclusif et exhaustif pour non pas apprendre mais fixer des réponses micro techniques ou techniques issues de l'opposition à thèmes et autres situations d'apprentissage (Ateliers...).

Dans ce cas précis, le kihon ne se définit pas en terme d'outil d'apprentissage mais plutôt en tant que situations de références pour évaluer les élèves sur le plan techniques et micro techniques.

Puis avec le temps et selon la maturité des élèves, il est possible d'utiliser le répertoire micro technique, technique et tactique devenu plus étoffé dans les assauts conventionnels qui restent en lien avec la notion d'attaque défense dans ce qu'elle a de plus concret dans la méthode traditionnelle pour les enfants (Les enfants peuvent être très jeunes à ce moment de la formation).

En somme, on entre de la sorte dans la méthode traditionnelle par les assauts conventionnels et non le Kata.

C'est seulement lorsque le répertoire technique et tactique devient suffisant et suffisamment élaboré, assauts conventionnels à l'appui et déjà abordés en version Bunkaï par exemple qu'il devient alors possible d'aborder chez les élèves plus vieux le 1er Kata.

Le Kihon commence alors à prendre un caractère plus formel pour soutenir l'apprentissage de ce 1er Kata.

Puis avec l'âge, le cycle commence progressivement à devenir plus conventionnel (Plus traditionnel > Apprentissage formel avant d'être fonctionnel).

Les élèves sont plus vieux (12/13 ans) et peuvent désormais entrer pleinement dans cette méthode tout en perdurant dans une version sportive selon les affinités.

Cette transition vers une acception plus traditionnelle de l'enseignement du karaté se concrétise par une migration progressive du Kata comme nouvelle source qui alimente désormais le répertoire technique et tactique de manière durable.

La logique interne de l'activité peut alors évoluer vers d'autres conceptions (ou pas).

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