• en
  • fr


Faire en sorte que les élèves s'engagent dans la durée

Auteur : Alain Foltzer
,

Faire en sorte que les élèves s'engagent dans la durée

"Comment motiver DURABLEMENT ses élèves".

Définissons le + simplement possible la motivation (selon Vallerand et Thill 1993 : elle prend sa source à travers des forces internes propres à l'élève (estime de soi, besoin de reconnaissance, besoin d'accomplissement, etc...) mais aussi à travers des forces externes (l'environnement, le dojo, le prof, les copains, la famille....). L'ensemble de ces forces (internes et externes) sont responsables du "déclenchement", de la "direction", de "l'intensité" et de la "persistance" de l'action (au pire de l'arrêt).

En somme, la motivation n'est pas quelque chose que l'on voit mais quelque chose dont on constate les effets (elle infère).

"L'engagement" de nos élèves est ce qui traduit les effets de leur motivation. Et comme vous pouvez le lire, il y a déjà des termes dans la définition qui doivent vous parler : "persistance" et "intensité" par exemple. Il ne faudra pas pour autant négliger les autres.

Le première chose à savoir et pas des moindres, c'est que la motivation, ça se cultive. On dira qu'elle est une POTENTIALITE qui faut savoir déclencher puis entretenir.

L'être humain est naturellement curieux et porté vers le développement de ses compétences. "Nous sommes naturellement intéressés par le fait de vivre de nouvelles expériences", ainsi que tournés vers l'épanouissement "de soi".

Cette fonction NATURELLE est hérité de notre évolution et est régit par des mécanismes primitifs logés dans notre cerveau primitif (système SEEKING) dans un but de survie (Decy et Ryan, 2017).

Comprenez bien cette notion de POTENTIALITE qui signifie que tout est là, ancré dans notre NATURE : "Personne n’a jamais poussé un enfant à jouer !! Il s'agit donc pour l'enseignant d'ACTIVER puis d'ENTRETENIR cette potentialité : Le jeu ne s'impose pas aux enfants. C'est une fonction naturelle qui leur permet de s'approprier leur environnement et pleins d'autres choses.

Le jeu n'est donc pas une stratégie pédagogique inventée, elle est une nature héritée de notre évolution qui s'exprime totalement chez l'enfant. Apprenons à nous en servir.

Le fer de lance de la motivation est et reste la recherche de plaisir. Tant qu'un élève pratique par plaisir, on va effectivement dire que sa motivation est autodéterminée (elle vient de lui > En opposition avec des forces dites externes qui obligeraient par exemple l'élève à agir pour une récompense (ceinture/grade, diplômes...) ou parce que ses parents veulent qu'il fasse du karaté ou pour faire comme les copains, etc... > Ces "forces externes" (voir définition de la motivation) vont agir sur le déclenchement de sa pratique mais pas forcément sur la persistance > Durée).

Si le plaisir ressenti est dû à la libération d'une hormone que l'on appelle la dopamine, il existe des circonstances différentes qui favorisent ce plaisir selon que l'on parle d'enfants prépubères (- de 12/13 ans) ou d'adolescents.

En effets, si le jeu est moteur chez les enfants, les adolescents réagissent à d'autres buts : Faire la preuve de leur compétence et le besoin de reconnaissance, d'appartenance à un groupe (proximité sociale).

Dans les 2 cas (enfants/ados), la NOUVEAUTE reste un moteur commun (le cerveau adore la nouveauté) mais ajoutez aux adolescents une composante supplémentaire vers laquelle les enfants ne sont pas encore réactif : Une appétence pour les situations à risque et une recherche d'identité qui passe dans le sport par le besoin d'affirmation de leur compétence > Se sentir capable.

A l'inverse, retenez qu'ils éviteront aussi de faire la démonstration de leur incompétence (Famose, 1991).

Résumons : Les enfants jusqu'à 12/13 ans sont très réactifs aux situations jouées. Les ados cherchent plus la reconnaissance de leurs compétences (l'affirmation de soi). Le point commun entre tous : Le besoin de NOUVEAUTES, et pour les ados, ajoutez LE RISQUE, les SENSATIONS FORTES.

Sur le plan des exercices, vous avez là l'essentiel de ce qui tiendra en halène vos élèves. Ajoutez maintenant, une chose fondamentale : Pour entretenir la motivation de vos élèves, vous devez faire en sorte qu'ils perçoivent les BUTS et qu'ils leur semblent ATTEIGNABLES.

Ceci est le B.A-BA de tout acte pédagogique. L'erreur trop souvent commise à ce stade, est de limiter votre discours à : Pour être ceinture bleue par exemple : Il faut savoir faire tel ou tel Kata et au final ne pas en tenir compte pour certains élèves (N'oubliez pas, votre cours est public > Les autres élèves même s'ils ne sont pas systématiquement concernés par vos commentaires sont spectateurs et apprennent de ce que vous dites aux autres).

En somme, vous avez intérêt à être juste et structuré. Le "il faut savoir faire" ne doit pas rester global mais doit être éclaté en sous buts : Savoir-faire ZenKutsu Dachi, c'est avoir la jambe arrière tendues, les pieds orientés correctement, etc Pour cela, je vous renvoie au DVD (la voie pédagogique Vol.6) que j'ai réalisé en 2019 et qui traite de cet aspect en profondeur.

Autre aspect qui concoure à la persistance de la pratique (il y en a beaucoup ) : Valoriser et protéger "l'estime de soi" des élèves.

Par définition, l'estime de soi est le sentiment + ou - favorable qu'un élève porte à l'égard de lui même. Pour cela privilégier une attitude bienveillance envers tous ses élèves, c'est les considérer tous comme étant capable d'apprendre (avoir le pouvoir d'apprendre qu'ils apparaissent bons ou moins bons).

C'est corriger de manière juste, dans un climat permettant de protéger l'estime de soi des élèves.

Ainsi, il est préférable de dire : "Place ton pied arrière comme ci, comme ça... allé! c'est bien, tu vas y arriver, j'ai confiance en toi"..., plutôt que "tu ne fais pas d'effort, ça fait 50 fois que je te dis de faire comme ça", etc...

Corriger ses élèves c'est aussi faire attention à ce qui est corrigé sinon vous risquez la confusion si vous corrigez quelque chose qui n'est pas de l'ordre de la consigne alors que l'enfant/l'ados tente de bien faire en portant son attention sur un aspect qui lui est en lien avec votre consigne (Frustration).

Mais ce regard "bienveillant", vous ne devez pas l'avoir seulement envers ceux qui réussissent mieux : C'est un biais bien connu dans l'enseignement > Le + souvent inconsciemment, on accorde plus de temps aux élèves que l'on perçoit comme plus capable (confort, élitisme...). Ce qui concoure à dévaloriser l'estime de soi des élèves les plus en difficulté et à leur montrer la sortie sans s'en rendre compte.

En conclusion, je vais m'arrêter ici dans le sens où même si je n'ai fait qu'effleurer la question, vous avez à votre dispositions certains éléments qui devraient vous aider.



Partager cet article