Indices
préparatoires
comportementaux et temps de réaction en boxe anglaise
(Résumé simplifié -
JORRESCAM 1991)
Michel AUDIFFREN
Unité de Neurosciences Cognitives, Laboratoires de Neurosciences
Fonctionnelles du CNRS 31, chemin Joseph Aiguier - BP 71
Au cours d'un combat de percussion,
un pugiliste sur la défensive doit, en fonction du comportement de son adversaire,
décider très rapidement quelle action entreprendre pour
éviter, dévier ou stopper le poing ou le pied lancé
par l'adversaire. Le temps qui lui est accordé pour, planifier
et réaliser sa réponse, une fois le coup parti, dépend
de la distance qui le sépare de son adversaire, ainsi que de
la vitesse du projectile qui tente de l'atteindre. Dans le cas de
la boxe anglaise, notre étude chrono-photographique nous indique
que les trois attaques fondamentales de cette activité (direct,
crochet et uppercut) ont des temps de mouvement d'environ 280 ms.
Les temps de réaction de choix habituellement enregistrés
étant généralement supérieurs à
cette durée, les boxeurs sur la défensive doivent préparer
leur parade afin de réduire le nombre ou la durée des
opérations qui se déroulent après la détection
de l'attaque adverse. Les processus préparatoires qui se déroulent
avant le départ du coup semble reposer sur la recherche d'un
ensemble d'indices ou invariants comportementaux observés durant
la phase préparatoire du lancement de l'attaque adverse (Bard,
1982).
Afin de montrer l'importance du contexte
dans l'anticipation des attaques adverses et dans la préparation des parades correspondantes,
nous avons entrepris une étude chronométrique où
le sujet devait répondre le plus rapidement possible, soit
à une attaque isolée, soit à la deuxième
attaque d'un enchaînement de deux attaques. Les attaques de
poings, qui constituaient les stimulus, n'étaient pas réelles
mais présentées sur un écran de télévision
placé devant le sujet. Elles étaient exécutées
face à la caméra par des boxeurs figurants de niveau
régional ou national, de façon à ce que le sujet
se trouve dans une situation très similaire à celle
d'un combat. Le sujet devait répondre en actionnant un levier
avec la main droite dans l'une des quatre directions possibles. Les
réponses correspondant aux attaques présentées
ont été choisies en fonction des caractéristiques
directionnelles des gestes de parade réellement utilisées
en combat de manière à ce que la compatibilité
stimulus-réponse soit maximum pour des boxeurs experts. Les
variables étudiées étaient le temps de réaction
et le pourcentage de bonne réponses.
Les résultats obtenus avec 3 boxeurs experts
et un boxeur débutant montrent :
Que qu'elles que soient les conditions
expérimentales,
les Temps de réaction sont supérieurs à la durée
du mouvement de l'adversaire (280 ms). Ce premier résultat
signifie que les sujets ne parviendraient pas à parer l'attaque
dans les conditions expérimentales utilisées,
Que les TR obtenus dans la condition
où deux
attaques s'enchaînent sont plus courts que ceux obtenus dans
la condition où une seule attaque présentée.
Ce deuxième résultat étayent l'hypothèse
d'une anticipation et d'une préparation basée sur la
prise d'indices comportementaux préalables au départ
d'un coup de poing
Que les sujets font un plus grand nombre
d'erreurs lorsqu'on leur présente un direct ou un crochet ; il semble ainsi très
difficile de discriminer ces deux attaques lorsque la trajectoire
du poing s'effectue sur un écran de télévision
face au sujet.