INTRODUCTION:
Le Qi-Qong (QI = énergie, Qong = discipline),
activité martiale qui serait datée sous le règne
de l'Empereur Jaune Huang Di entre 2o90-2590 av JC, a traversé
les âges, les civilisations et les cultures. Cet art fut utilisé surtout
dans 4 domaines
l. la médecine, qui chercha le
traitement des maladies.
2. le confucianisme, qui focalisa son
approche du Qi-Qong sur l'étude de l'être humain en société
et qui prétend optimiser sa fonction sociale.
3. la philosophie bouddhiste, qui s'intéresse
à la libération par l'Eveil des souffrances de l'existence.
La méthode est basée sur la méditation immobile.
4. la philosophie taoïste, qui eut comme mobile
originel le retrait de la société afin d'atteindre la
perfection de soi et "l'immortalité".
Le Qi-Qong est placé ici sous l'aspect de la
psychomotricité. Il a fallu, par souci de traduction, dégager
les aspects neurophysiologiques et neuropsychologiques propre à
cette pratique. Des mécanismes très complexes sous-tendent
l'activité posturale et d'équilibre essentielle en QI-Qong.
Il est important de réaliser que "la référence
posturale est utilisée par le système nerveux pour calculer
la trajectoire du mouvement volontaire dans l'espace péricorporel"
(Biguer et al., 1988). La posture et l'équilibre sont des référents
autour desquels s'organisent les réactions anti-gravitaires,
axio-proximodistales et l'organisation posturale de la tête
et des segments. Il y a 4 éléments principaux qui sous
tendent le maintien de l'équilibre (Mansion, 1993):
Le contrôle de la projection au sol du centre
de gravité dans le polygone de sustentation,
Les signaux détecteurs d'erreurs ou réafférences
sensorielles,
Les diverses régulations lors du mouvement ou
coordinations entre posture et mouvement (réactions posturales
anticipatoires ou non) lors de coordinations entre posture et respiration,
et de coordinations entre mouvement et respiration,
Le schéma corporel postural.
Le Qi-Qong exploite ces mécanismes au travers
de la pratique de 3 classes de postures (assise, couchée et
debout) et tente d'amener le pratiquant vers un travail interne de
régulation tonique, de relaxation, de respiration, de connaissances
tactilokinesthésiques et topographiques du corps, de connaissances
spatiales, de connaissances des propriétés statiques
et dynamiques du corps, en vue d'optimiser les diverses coordinations
amenant au mouvement adapté.
Le QI-Qong se situe dans une pratique
du mouvement lent. II y a ici un contrôle prédominant par réafférences
proprioceptives et ceci permet de corriger les erreurs à chaque
instant. Suivant les théories d'Adams (1971) et de Schmidt
(1975) le sujet comparerait son acte présent à un modèle
interne ou mémoire de référence du geste.
MÉTHODES: C'est dans le cadre de la rééducation
psychomotrice de la personne âgée qu'a été
engagé un protocole expérimental visant à vérifier
si le Qi-Qong pouvait améliorer les performances des sujets.
Deux groupes de 5 sujets chacun ont été évalués
à un moment TO par le test du Lincoln-Oseretski adapté
à la personne âgée et composé de 4 groupes
moteurs:
G1: équilibre (tenir sur un pied yeux ouverts
et fermés,...).
G2: coordination dynamique (marche à reculons;
taper un rythme avec pieds et doigts;...).
G3: motricité fine (mettre des pièces
et allumettes dans une boîte;...).
G4: neurologique ( test doigt-nez; taper des pieds et
faire des cercles avec les doigts;...).
Chaque groupe a suivi 3 heures de rééducation
psychomotrice par semaine. Les séances étaient semblables
dans leur contenu rééducatif pour les 2 groupes, mais
le groupe test a profité d'une pratique du Qi-Qong d'1/2 heure
à 3/4 d'heure à chaque séance (temps pris sur
la séance de 3 heures), ceci reflétant une durée
totale de 40 à 50 heures de Qi-Qong étalée sur
une période de 8 mois.
RÉSULTATS:
L'étude statistique effectuée par analyse
de variance montre que la différence des résultats entre
test TO et retest T1 était hautement significative pour le
groupe QI-Qong (p< 0,0004) et significative pour le groupe contrôle
(p< 0,041), ceci allant dans le sens d'un effet de l'entraînement
pour les 2 groupes. Par ailleurs, la comparaison des 2 groupes montre
que l'écart entre les résultats au test n'est pas différent
(p< 0,3), par contre au retest il y a une différence (p<
0,019), ce qui va dans le sens de meilleurs résultats dans
le groupe QI-Qong. L'étude de l'interaction montre une différence
significative entre l'évolution des résultats obtenus
entre situations test et retest pour le groupe QI-Qong comparé
à celle du groupe contrôle (p< 0,04).
CONCLUSION:
Dire que le Qi-Qong a une efficacité thérapeutique
en psychomotricité semble probable mais il faudrait s'en réassurer
par une autre étude portant sur un échantillon de sujets
plus important. Il faudrait aussi se poser la question de savoir si
la pratique du mouvement lent (faisant appel à des mécanismes
de contrôle et de réalisation distincts du mouvement
rapide) peut réellement apporter une meilleur gestion de la
rapidité, par exemple en sport de combat et en arts martiaux,
ou une meilleure gestion des actes quotidiens. Lé travail du
mouvement lent fait appel à la qualité et à la
précision du geste. Par la gestion permanente de l'effort et
de l'équilibre, le mouvement lent permet un travail d'économie
du geste qui se révèle essentielle chez la personne
âgée entre autre pour la maîtrise des chutes.
BIBLIOGRAPHIE
Adams J.A. (1984). Learning of movement sequences. Psychological Bulletin,
96, 1, 3-28.
Biguer B., Donaldson I. M., Hein A., & Jeannerod
M. (1988). Neck muscle vibration modifies the representation of visual
motion and direction
in man. Brain, 111, 14051424.
Massion J. (1993). Grandes relations anatomo-fonctionnelles dans le
cervelet. Rev. Neurol., 149, 11, 600-606.
Schmidt R.A.(1993). Apprentissage et performance. Paris : Vigot.