Introduction du mouvement lent en rééducation psychomotrice de la personne âgée par la pratique du Qi-Qong
(JORRESCAM 1998)Olivier GORGY - CNRS 31 chemin Joseph Aiguier 13402 Marseille cedex 20.
Mots clés : QI-Qong, posture, proprioception, personne âgée, économie du geste, psychomotricité.
INTRODUCTION:
Le Qi-Qong (QI = énergie, Qong = discipline), activité martiale qui serait datée sous le règne de l'Empereur Jaune Huang Di entre 2o90-2590 av JC, a traversé les âges, les civilisations et les cultures. Cet art fut utilisé surtout dans 4 domaines
l. la médecine, qui chercha le traitement des maladies.
2. le confucianisme, qui focalisa son approche du Qi-Qong sur l'étude de l'être humain en société et qui prétend optimiser sa fonction sociale.
3. la philosophie bouddhiste, qui s'intéresse à la libération par l'Eveil des souffrances de l'existence. La méthode est basée sur la méditation immobile.
4. la philosophie taoïste, qui eut comme mobile originel le retrait de la société afin d'atteindre la perfection de soi et "l'immortalité".
Le Qi-Qong est placé ici sous l'aspect de la psychomotricité. Il a fallu, par souci de traduction, dégager les aspects neurophysiologiques et neuropsychologiques propre à cette pratique. Des mécanismes très complexes sous-tendent l'activité posturale et d'équilibre essentielle en QI-Qong. Il est important de réaliser que "la référence posturale est utilisée par le système nerveux pour calculer la trajectoire du mouvement volontaire dans l'espace péricorporel" (Biguer et al., 1988). La posture et l'équilibre sont des référents autour desquels s'organisent les réactions anti-gravitaires, axio-proximodistales et l'organisation posturale de la tête et des segments. Il y a 4 éléments principaux qui sous tendent le maintien de l'équilibre (Mansion, 1993):
Le contrôle de la projection au sol du centre de gravité dans le polygone de sustentation,
Les signaux détecteurs d'erreurs ou réafférences sensorielles,
Les diverses régulations lors du mouvement ou coordinations entre posture et mouvement (réactions posturales anticipatoires ou non) lors de coordinations entre posture et respiration, et de coordinations entre mouvement et respiration,
Le schéma corporel postural.
Le Qi-Qong exploite ces mécanismes au travers de la pratique de 3 classes de postures (assise, couchée et debout) et tente d'amener le pratiquant vers un travail interne de régulation tonique, de relaxation, de respiration, de connaissances tactilokinesthésiques et topographiques du corps, de connaissances spatiales, de connaissances des propriétés statiques et dynamiques du corps, en vue d'optimiser les diverses coordinations amenant au mouvement adapté.
Le QI-Qong se situe dans une pratique du mouvement lent. II y a ici un contrôle prédominant par réafférences proprioceptives et ceci permet de corriger les erreurs à chaque instant. Suivant les théories d'Adams (1971) et de Schmidt (1975) le sujet comparerait son acte présent à un modèle interne ou mémoire de référence du geste.
MÉTHODES: C'est dans le cadre de la rééducation psychomotrice de la personne âgée qu'a été engagé un protocole expérimental visant à vérifier si le Qi-Qong pouvait améliorer les performances des sujets. Deux groupes de 5 sujets chacun ont été évalués à un moment TO par le test du Lincoln-Oseretski adapté à la personne âgée et composé de 4 groupes moteurs:
G1: équilibre (tenir sur un pied yeux ouverts et fermés,...).
G2: coordination dynamique (marche à reculons; taper un rythme avec pieds et doigts;...).
G3: motricité fine (mettre des pièces et allumettes dans une boîte;...).
G4: neurologique ( test doigt-nez; taper des pieds et faire des cercles avec les doigts;...).
Chaque groupe a suivi 3 heures de rééducation psychomotrice par semaine. Les séances étaient semblables dans leur contenu rééducatif pour les 2 groupes, mais le groupe test a profité d'une pratique du Qi-Qong d'1/2 heure à 3/4 d'heure à chaque séance (temps pris sur la séance de 3 heures), ceci reflétant une durée totale de 40 à 50 heures de Qi-Qong étalée sur une période de 8 mois.
RÉSULTATS:
L'étude statistique effectuée par analyse de variance montre que la différence des résultats entre test TO et retest T1 était hautement significative pour le groupe QI-Qong (p< 0,0004) et significative pour le groupe contrôle (p< 0,041), ceci allant dans le sens d'un effet de l'entraînement pour les 2 groupes. Par ailleurs, la comparaison des 2 groupes montre que l'écart entre les résultats au test n'est pas différent (p< 0,3), par contre au retest il y a une différence (p< 0,019), ce qui va dans le sens de meilleurs résultats dans le groupe QI-Qong. L'étude de l'interaction montre une différence significative entre l'évolution des résultats obtenus entre situations test et retest pour le groupe QI-Qong comparé à celle du groupe contrôle (p< 0,04).
CONCLUSION:
Dire que le Qi-Qong a une efficacité thérapeutique en psychomotricité semble probable mais il faudrait s'en réassurer par une autre étude portant sur un échantillon de sujets plus important. Il faudrait aussi se poser la question de savoir si la pratique du mouvement lent (faisant appel à des mécanismes de contrôle et de réalisation distincts du mouvement rapide) peut réellement apporter une meilleur gestion de la rapidité, par exemple en sport de combat et en arts martiaux, ou une meilleure gestion des actes quotidiens. Lé travail du mouvement lent fait appel à la qualité et à la précision du geste. Par la gestion permanente de l'effort et de l'équilibre, le mouvement lent permet un travail d'économie du geste qui se révèle essentielle chez la personne âgée entre autre pour la maîtrise des chutes.
BIBLIOGRAPHIE
Adams J.A. (1984). Learning of movement sequences. Psychological Bulletin, 96, 1, 3-28.
Biguer B., Donaldson I. M., Hein A., & Jeannerod M. (1988). Neck muscle vibration modifies the representation of visual motion and direction in man. Brain, 111, 14051424.
Massion J. (1993). Grandes relations anatomo-fonctionnelles dans le cervelet. Rev. Neurol., 149, 11, 600-606.
Schmidt R.A.(1993). Apprentissage et performance. Paris : Vigot.









