Adaptation des arts martiaux en piscine, intérêt et limites pour les patients de rééducation
(JORRESCAM 1998)SULTANA R.', CRÉMIEUX J.2, MESURE S.2, HEURLEY G.'.
1Centre de rééducation fonctionnelle Pomponiana - BP 41, 83407 Hyeres CEDEX
2 CNRS_ NBM, BP 71, 13402 Marseille CEDEX 20
Mots clés : rééducation, arts martiaux, piscine, motricité.
INTRODUCTION
Pour certains patients de rééducation, des exercices inspirés des arts martiaux et réalisés en piscine constituent une activité ludique et sportive parfaitement adaptée à leur handicap. Il s'agit non seulement d'exercices dérivés des arts martiaux externes (type karaté) ou internes (type Tai chi chuan), mais aussi de prises spécifiquement aquatiques et utilisées pour le sauvetage des personnes ne sachant pas nager et se débattant dans l'eau.
Cependant, à cause de la spécificité relative de chaque habileté motrice, ces pratiques ne prétendent pas remplacer les exercices d'indépendance fonctionnelle (apprentissage de la marche, des escaliers, des chutes, de l'habillage, de la toilette, des repas ...) qui restent incontournables. Un sur apprentissage est même indispensable pour optimiser ces autonomies.
LA FACILITATION DE L'ÉQUILIBRE ET DE LA COORDINATION EN PISCINE.
En piscine, la motricité des patients présentant des troubles d'équilibre et de coordination (par exemple à cause d'un syndrome cérébelleux) s'améliore de manière spectaculaire pour plusieurs raisons. Nous évoquerons ici les trois plus connues
1 - La résistance de l'eau freine les titubations, les tremblements et les pertes d'équilibre (Sultana, 1981).
2 - Grâce au support apporté par l'eau par la poussée d'Archimède, la contrainte due au poids est diminuée.
3 - La force résultante de la composition des forces parallèles et de sens contraire que constituent la pesanteur et la poussée d'Archimède a son point d'application beaucoup plus haut que le centre de gravité du sujet debout. Il en résulte une augmentation du temps de réaction en cas de perte d'équilibre, car le bras de levier du pendule inversé auquel on peut comparer le corps humain s'en trouve augmenté. Cela facilite l'équilibration du patient.
La station debout, la marche et tous les gestes coordonnés sont donc facilités. De ce fait, il est fréquent de constater, qu'une activité impossible pour ces patients "à sec", devienne possible en piscine. Les exercices inspirés par les arts martiaux internes et externes (Sultana et coll., 1997) n'échappent pas à cette règle.
Exemple 1 : Un jeune cérébelleux peut exécuter en piscine un enchaînement d'exercices et de coup de pied inspiré par les "Katas" de karaté, sans perdre l'équilibre;
Exemple 2 : un ataxique, plus âgé, peut apprendre à exécuter en piscine, une série d'exercices inspirée par le Tai-chi-chuan, sans perte d'équilibre.
En progression, on peut effectuer les mêmes exercices avec une immersion moins importante.
LA COMPENSATION DE LA FAIBLESSE MUSCULAIRE PAR LA POUSSÉE D'ARCHIMEDE. En piscine, les mêmes exercices deviennent accessibles aux patients présentant une faiblesse musculaire (parésie).
Exemple : Utilisation dans les myopathies et dans certaines formes d'Ataxie de Friedreich.
L'AMÉLIORATION SPECTACULAIRE DES ALGIES RHUMATOLOGIQUES EN PISCINE.
Les pathologies douloureuses aggravées par l'action de la pesanteur (arthroses, sciatalgies etc.) sont particulièrement soulagées par
- L'apesanteur relative qui règne en piscine.
- De plus, chaque mouvement en piscine entraîne un véritable massage entre la peau qui possède une certaine rugosité et la viscosité de l'eau.
- L'adaptation de la circulation sanguine à la température de l'eau est le plus souvent bénéfique à ces pathologies (la température d'une piscine de rééducation est d'environ 34 degrés).
De ce fait, les exercices inspirés des arts martiaux, qui déclencheraient à coup sûr une douleur s'ils étaient réalisés à sec, deviennent souvent antalgiques, lorsqu'ils sont effectués en immersion axillaire.
EN PISCINE, LES DÉFORMATIONS ORTHOPÉDIQUES NE CONSTITUENT PLUS UNE CONTRE-INDICATION
- La pratique des arts martiaux et de toutes les activités en position debout est contre indiquée lorsqu'il existe des déformations orthopédiques (exemple : pieds plats, genu-valgum, etc.).
Cette contre-indication n'existe plus en piscine car la pesanteur ne risque plus d'aggraver ces problèmes.
CONCLUSION.
L'utilisation de techniques dérivées d'arts martiaux en piscine constitue un apport important à la palette d'exercices utilisés en rééducation fonctionnelle.
BIBLIOGRAPHIE
Sultana, R. (1981). La rééducation de l'équilibre et de la coordination en kinébalnéothérapie. Ann. Kinésithér., 8, 341-352.
Sultana, R., Crémieux, J. et Heurley, G. (1997). Arts martiaux pour ataxiques et cérébelleux : intérêt et limites. In : Les Entretiens de Bichat : Rééducation 1997, Expansion Scientifique Française, Paris, pp. 222-224.









