Ces réflexions n'ont pas la prétention
de mettre en évidence de nouvelles tactiques spécifiques
aux activités de combat de percussion, ni de faire le tour
de l'ensemble exhaustif des tactiques utilisées dans le monde
des sports de combat et des arts martiaux. Les tactiques qui sont
ici présentées ont certainement déjà été
utilisées abondamment par de nombreux combattants et enseignants.
Elles n'ont pas la prétention d'être généralisables
à tous les types d'adversaires, ni à toutes les situations
qui peuvent se présenter au cours d'un combat. Le but de ces
réflexions consiste plutôt à mettre en relation
un ensemble de connaissances sur les propriétés fonctionnelles
du système de traitement de l'information, développées
par la psychologie expérimentale, avec un ensemble de principes
tactiques utilisés dans la pratique et l'enseignement des activités
de combat de percussion. L'analyse de ces principes tactiques, en
prenant pour cadre de référence certains modèles
de la psychologie expérimentale, peut suggérer l'élaboration
de situations d'apprentissage ayant pour but le développement
systématique de potentialités technico-tactiques particulières.
Tout au long de ces réflexions, le combattant
sera uniquement considéré comme un système qui
traite de l'information sensori-motrice. Nous ne prendrons pas ici
en compte ses autres caractéristiques, telles que la capacité
et la puissance des différentes voies énergétiques,
la flexibilité des différentes articulations mécaniques,
la capacité à résister aux coups, ..., en étant
tout à fait conscient qu'elles jouent également un rôle
fondamental dans le choix de tactiques adaptées pour vaincre
des adversaires très divers.
La psychologie expérimentale considère
que le sujet humain s'adapte aux situations de l'environnement grâce
à son système de traitement de l'information sensori-motrice.
Une somme considérable de données expérimentales
ont ainsi permis de préciser les propriétés structurales
et fonctionnelles de ce système de traitement.
1.- Les capacités limitées du système
de traitement
1.1.- La théorie du canal unique et la période
réfractaire psychologique
Certains auteurs, tel que Welford (1952
considèrent
le système de traitement comme un canal unique à capacité
limitée qui ne peut traiter qu'une seule information à
la fois. La procédure de la double stimulation a ainsi permis
de mettre en évidence que si un signal S1 est en train d'être
traité, le traitement d'un signal S2 est sérieusement
ralenti ou complètement stoppé tant que celui de S1
n'est pas achevé. La période pendant laquelle le traitement
de S2 est perturbé ou empêché est appelé
période réfractaire psychologique. Les conséquences
de cette propriété du système suggère
d'adopter la tactique offensive suivante.
L'enchaînement rapide de plusieurs attaques peut
permettre de dépasser les capacités limitées
de traitement de l'adversaire en le mettant en situation de période
réfractaire psychologique.
Ainsi, si un combattant A réalise une succession
d'attaques rapidement enchaînées, son adversaire B réagira
de plus en plus tardivement, tant et si bien qu'après quelques
attaques B ne pourra plus faire face aux attaques subséquentes
de A. Il est important de remarquer que ce principe suppose que le
combattant en situation défensive tente de répondre
à toutes les attaques qui lui sont destinées. Ceci peut
ne pas se produire, dans les cas où le défenseur choisit
par exemple d'encaisser les coups.
Deux tactiques défensives permettent d'enrayer
efficacement ce processus. Elles consistent à empêcher
l'attaquant d'enchaîner : soit en ripostant dès le début
ou au cours de l'enchaînement, soit en accentuant sa mobilité
de façon à ne pas rester en ligne et à rompre
la distance.
Ce principe tactique offensif sous-tend également
l'insertion, dans l'enchaînement, d'attaques leurres qui surchargent
le canal de traitement, ou d'attaques esquissées non-puissantes
qui contraignent l'adversaire à engager une réponse
qui affaiblit sa défense par ailleurs.
1.2.- La théorie de l'allocation
des ressources attentionnelles
D'autres auteurs, tels que Navon et
Gopher (1979) considèrent
que le sujet humain possède une quantité finie de ressources
attentionnelles qu'il peut partager entre plusieurs tâches.
Toutefois, si deux tâches sont réalisées simultanément
et que le sujet divise ses ressources sur les deux tâches, celles-ci
ne pourront pas être réalisées de façon
optimale. On peut donc inférer le deuxième principe
tactique suivant
La réalisation simultanée d'attaques différentes
oblige l'adversaire à diviser ses ressources attentionnelles.
Ainsi l'exécution d'une attaque double, par exemple
un balayage de la jambe de l'adversaire exécuté simultanément
à un coup de poing niveau haut, augmente les chances que l'une
au moins de ces deux attaques atteigne son objectif.
La mise en oeuvre des deux tactiques énoncées
ci-dessus supposent cependant que l'attaquant a préalablement
mémorisé un ensemble d'enchaînements d'attaques
et/ou d'attaques simultanées durant ses entraînements.
Par ailleurs, il est bien évident que la combinaison de ces
deux tactiques est possible et conseillée par exemple enchaîner
rapidement des attaques simultanées des membres supérieurs
et des membres inférieurs.
2.- Propriétés du système face
à la pression temporelle
Pour s'adapter aux événements de l'environnement,
l'homme possède deux modes de fonctionnement : le réactif
et le prédictif. Dans un environnement où le moment
d'occurrence et la nature des événements sont incertains,
le réactif consiste à déclencher sa réponse
après avoir détecté et identifié un événement,
puis sélectionné et programmé une réponse
adaptée ; par exemple, déclencher une esquive par rotation
du buste après avoir identifié une attaque directe du
poing. Le prédictif consiste, quant à lui, à
réaliser des prédictions sur la nature des événements
qui vont suivre et sur leur moment d'occurrence. Ces prédictions
permettent au système de traitement de l'information de réaliser
à l'avance certaines opérations spécifiques qui
seront obligatoirement requises si la prédiction s'avère
exacte. Le temps total requis par la réalisation de ces opérations
est à déduire du temps de réaction que l'on aurait
observé si le sujet avait fonctionné en réactif.
Par ailleurs, l'anticipation du moment d'occurrence d'un événement
permet de faire coïncider le déclenchement de la réponse
avec le moment d'occurrence de cet événement. Ainsi,
en combat de percussion, la prédiction d'une attaque particulière
de l'adversaire peut conduire à préparer une contre-attaque
appropriée que l'on déclenchera au moment même
où l'adversaire déclenche son attaque. Dans les activités
de combat de percussion, les deux modes de fonctionnement peuvent
s'avérer très efficients, toutefois ils possèdent
également leurs faiblesses. Dans ce type d'activités,
on peut assimiler le segment corporel ou l'arme qui va percuter l'adversaire
à un projectile. Fonctionner en réactif, lorsqu'on est
en phase défensive, signifie réagir dès que l'attaque
est lancée. En effet, une fois le projectile lancé,
le défenseur peut identifier la technique utilisée (par
exemple un coup de pied fouetté niveau bas) en fonction du
segment projeté et de sa trajectoire ; il peut également
évaluer le temps avant l'impact théorique en fonction
de la vitesse du projectile et de la distance qui le sépare
du projectile. Le temps de mouvement de l'attaque depuis le départ
du projectile jusqu'au moment de l'impact théorique constitue
une pression temporelle plus ou moins importante. Ainsi, dans le cas
où les deux adversaires sont proches et que le mouvement d'attaque
est très rapide, le temps de mouvement est généralement
compris entre 150 et 250 ms ; c'est souvent le cas en combat rapproché
avec les poings. Dans d'autres cas, où les adversaires sont
plus distants, et que le mouvement d'attaque est quelque peu retardé
par un manque de maîtrise technique, le temps de mouvement peut
durer plus de 300 ms; c'est le cas par exemple lorsqu'un pratiquant
débutant tente de réaliser un coup de pied techniquement
difficile à réaliser.
Un combat peut être assimilé à une
situation de TR de choix à plus de deux éventualités.
En boxe anglaise, par exemple, le boxeur peut frapper de ses deux
poings, il existe par ailleurs trois techniques (direct, crochet,
uppercut) et on peut distinguer au moins deux niveaux d'attaque (buste
et tête), ce qui fait au minimum 12 éventualités.
Les temps de réaction simple à des stimulations visuelles
sont de l'ordre de 170 à 180 ms. Le temps de réaction
augmente ensuite selon le logarithme à la base 2 du nombre
d'éventualités: TR = a + b.log2 N, où "a"
est le TR simple visuel, "b" un réel positif non
nul qui représente la vitesse de traitement en ms/bit, et "N"
le nombre d'éventualités. Ainsi, on observe des TR de
plus de 600 ms pour des situations de choix à 10 éventualités.
Il faut préciser que dans ce type d'études, le sujet
ne pouvait pas se préparer spécifiquement à un
événement comme c'est certainement le cas en situation
de combat. Dans le cas d'un combat rapproché, le combattant
en situation défensive dispose de la durée de l'attaque
de l'adversaire pour déclencher et réaliser sa parade.
Le temps de déclenchement de la parade, c'est à dire
le temps de réaction est au moins supérieur à
200 ms (TR simple visuel), quant au temps de mouvement nécessaire
pour réaliser la parade il est au moins supérieur à
100 ms, ce qui amène à un total de 300 ms, or comme
nous l'avons vu le temps imparti n'est que de 250 ms. Dans ce cas
précis le combattant sur la défensive est donc sûrement
touché. Le mode réactif ne permet pas ici de faire face
à la situation. Pour parer l'attaque, le combattant doit obligatoirement
fonctionner en prédictif en déclenchant son mouvement
de parade avant ou en coïncidence avec le déclenchement
de l'attaque de l'adversaire, ou diminuer la pression temporelle en
jouant sur la distance qui le sépare de son adversaire : venir
au corps à corps pour minimiser la puissance des coups de l'adversaire,
ou s'éloigner pour être hors de portée. Par contre,
dès que le temps de mouvement de l'attaque de l'adversaire
dépasse les 300 ms, cela laisse la possibilité de fonctionner
en mode réactif. On peut donc formuler le principe tactique
suivant.
Il est important d'évaluer la distance qui me
sépare de mon adversaire de façon à ne pas me
trouver dans une situation où la pression temporelle, qui dépend
de la rapidité et de la portée des attaques de l'adversaire,
dépasse mes capacités de rapidité de réaction
et d'exécution.
Le chapitre suivant nous permettra de
comprendre sur quelles bases un combattant identifie et prédit les événements.
3.- Propriétés du système face
à l'incertitude
Lorsqu'un organisme vivant, doté d'un système
nerveux, est mis dans un environnement nouveau, il prélève
généralement des informations sur cet environnement
afin de s'y familiariser et de mieux s'y adapter. L'environnement
se caractérise par un ensemble d'événements qui
se produisent simultanément ou séquentiellement. La
familiarisation consiste à apprendre les relations synchroniques
ou diachroniques qui existent entre ces événements.
L'homme possède un système de traitement de l'information
très sensible à la coprésence, à la covariance
et aux dépendances séquentielles des événements
qui caractérisent les situations environnementales. La connaissance
d'une relation synchronique permet d'identifier plus rapidement et
plus facilement les situations : si une situation X se caractérise
par la coprésence de deux événements A et B,
alors la seule perception de l'événement A ou de l'événement
B peut suffire à identifier la situation X. Ceci est particulièrement
important dans les situations où l'organisme doit prendre une
décision en temps limité sur l'identité d'une
situation. La pression temporelle l'empêche de sélectionner
l'ensemble exhaustif des événements pertinents parmi
un ensemble très important d'événements non informatifs
qui constituent du bruit. Dans ce cas, l'organisme doit généralement
se contenter d'un ensemble réduits d'indices qui suffisent
cependant pour identifier la situation. Par ailleurs, la connaissance
d'une relation diachronique permet de prédire les événements
à venir : si la situation X se caractérise par la succession
ordonnée des événements A puis B, alors la seule
perception de A suggère que B va suivre. Dans les activités
de combat de percussion, les combattants recherchent en permanence
des invariants synchroniques ou diachroniques dans le comportement
de l'adversaire. L'extraction de ces invariants est la base de réactions
rapides et d'actions bien synchronisées avec les événements
de l'environnement. Ce processus de recherche de relations entre les
événements est appelé apprentissage perceptif.
3.1.- Effet du nombre d'éventualités
Dans les tâches de temps de réaction de
choix utilisées en psychologie expérimentale, on apparie
un ensemble de stimuli à un ensemble de réponses. Dans
les activité de combat de percussion, la situation n'est pas
si simple : à chaque attaque correspond au moins une parade,
mais dans la plupart des cas il existe plusieurs parades pour une
même attaque. Quoiqu'il en soit, plus la taille de l'ensemble
des stimuli est grand, plus la probabilité qu'un événement
de cet ensemble survienne est faible. Dans la mesure où la
taille de l'ensemble des stimuli est égale à la taille
de l'ensemble des réponses, la probabilité qu'une réponse
de cet ensemble soit requise est tout aussi faible. De nombreux auteurs
(Hick, 1952 ; Hyman, 1953 ; Crossman, 1953) ont montré que
le temps de réaction était une fonction croissante du
nombre d'éventualités. Plusieurs explications peuvent
être avancées pour rendre compte de cette observation:
1) dans le cas où il n'y a aucun recouvrement
dimensionnel entre les stimuli et les réponses ou lorsque la
relation entre les stimuli et les réponses est arbitraire,
le sujet doit réaliser un balayage en mémoire de l'ensemble
des couples S-R appariés. Plus la taille de l'ensemble des
couples S-R est importante plus le temps de balayage est long
2) en supposant que le sujet peut répartir ces
ressources préparatoires sur l'ensemble des éventualités,
plus le nombre d'éventualités est important, plus le
montant de ressources préparatoires alloué à
chaque éventualité est faible. En tenant compte de ces
observations et du fait que le sujet humain essaye en permanence d'extraire
des invariants de l'environnement, on peut donc déduire les
principes tactiques suivants :
- L'utilisation d'un large répertoire d'attaques
sur le plan offensif, et d'un large répertoire de déplacements
sur le plan défensif, au sein d'un même combat, devrait
augmenter le temps de réaction moyen de l'adversaire et rendre
plus difficile voire quasiment impossible le processus d'apprentissage
perceptif.
- De façon complémentaire, la redondance
d'un même comportement au cours d'un combat est à éviter
car elle permet à l'adversaire d'anticiper.
L'application de ces deux principes
tactiques suppose que le combattant possède un large répertoire d'attaques
et de déplacements. Une des tâches de l'enseignant consistera
donc à enrichir le répertoire technique de ses élèves.
Afin de minimiser le nombre d'invariants détectables par l'adversaire,
l'enseignant doit aussi en permanence être attentif aux redondances
comportementales inutiles qui s'installe chez un pratiquant ; il doit
lui en faire prendre conscience avant qu'elles ne deviennent des habitudes
dont il sera difficile de se défaire une fois celles-ci automatisées.
Pour faciliter l'apprentissage perceptif, un certain nombre de combattants
de haut niveau étudie le comportement de leur adversaire au
cours de différents combats qui ont été enregistrés
sur bande vidéo.
3.2.- Effet de la fréquence relative des événements
Si dans une séquence d'événements,
un événement particulier se répète plus
souvent que les autres événements, le temps de réaction
à cet événement sera plus court que le TR aux
autres événements. Là aussi, plusieurs explications
peuvent rendre compte de cette observation :
1) augmenter la fréquence relative d'un événement
c'est augmenter sa probabilité d'occurrence, ce qui peut inciter
le sujet a investir davantage de ressources préparatoires pour
cet événement ;
2) si un couple S-R est plus fréquent, et que
le sujet doit réaliser un balayage en mémoire de l'ensemble
des couples S-R apparies, il peut être enclin à placer
le couple S-R plus fréquent en tête de liste. Par ailleurs,
plus une séquence d'événements se reproduit,
plus il est facile pour le sujet d'extraire des invariants qui caractérisent
cette séquence.
On peut donc formuler le principe tactique suivant :
Quelle que soit l'étendue du répertoire
d'attaques ou du répertoire de déplacements, l'utilisation
équitable des différentes attaques et des différents
déplacements est préférable à l'utilisation
accrue d'un ou plusieurs éléments particuliers du répertoire.
Ce principe permet d'éviter un apprentissage
perceptif rapide de l'adversaire qui peut, à la longue, prévoir
plus efficacement les attaques sur la base d'un prélèvement
d'indices fiables. Dans certains cas cependant il est préférable
de réutiliser plusieurs fois la même attaque lorsqu'elle
possède un fort pourcentage de réussite. Cela se produit
généralement contre des combattants débutants.
Cela permet au combattant chevronné de ne pas dévoiler
toutes ses potentialités, qu'il garde pour des combats futurs
contre des adversaires plus redoutables.
3.3.- Effet des amorces invalides
Comme nous l'avons vu plus haut, le
sujet humain tente en permanence d'extraire de l'environnement
des indices qui lui permettent
de prévoir les événements qui vont suivre. Sur
la base de ces prédictions, il investit ses ressources préparatoires
sur les réponses les plus probables. Si l'événement
prévu est identique à l'événement qui
se produit réellement, la performance est optimale, par contre,
si l'événement attendu est différent de l'événement
qui survient, la performance se caractérise par une réponse
trop longue ou une erreur. On peut donc formuler les deux principes
tactique suivants :
L'utilisation d'attitudes trompeuses,
qui suggèrent
l'occurrence d'attaques particulières, permet de déclencher
des processus préparatoires spécifiques chez l'adversaire.
L'utilisation subséquente d'une attaque tout à fait
inattendue permet de prendre l'adversaire en défaut.
L'utilisation d'attitudes qui permettent à l'adversaire
de prédire facilement l'attaque ou le déplacement qui
va suivre effectivement est à éviter. Il est important,
au contraire, de dissimuler ses intentions, en noyant le signal pertinent
dans du bruit, c'est à dire d'insérer une attaque dans
un enchaînement de feintes.
3.4.- Propriétés du système face
à l'incertitude temporelle
Le temps de réaction d'un sujet peut être
allongé en augmentant l'incertitude temporelle, c'est à
dire, par exemple, en variant la durée de la période
préparatoire. La période préparatoire correspond
à l'intervalle qui sépare le moment d'occurrence d'un
indice préparatoire et le moment d'occurrence d'un signal d'exécution.
Au cours d'un combat, les indices préparatoires correspondent
à des attitudes de l'adversaire qui donne des informations
sur la nature et le moment d'occurrence des attitudes à venir.
Les signaux d'exécution, quant à eux, correspondent
à des attitudes de l'adversaire qui exigent le déclenchement
immédiat d'une réponse. En général, un
sujet confronté à une tâche de TR tente de faire
coïncider son niveau optimum de préparation ou le déclenchement
de sa réponse avec l'occurrence d'un signal d'exécution.
On peut donc inférer le principe tactique suivant :
On peut rendre plus difficile l'estimation
du moment d'occurrence des attaques que l'on réalise en changeant le
rythme des déplacements et la fréquence gestuelle des
enchaînements d'attaques et de feintes.
4.- Propriétés du système face
à la répétition à court terme des événements
Dans une séquence où les événements
sont équiprobables, c'est à dire qu'ils apparaissent
autant de fois chacun, si un même événement se
reproduit plusieurs fois de suite très rapidement, il se produit
une facilitation du traitement de l'information qui provoque une diminution
des temps de réaction aux événements répétés.
Cette facilitation repose sur une disponibilité accrue en mémoire
à court terme de l'information qui a été traité
précédemment. On peut donc formuler le cinquième
principe tactique suivant :
Lorsqu'on enchaîne très rapidement des
attaques, l'utilisation en alternance de différentes attaques
est préférable à l'utilisation répétée
de la même attaque, ceci afin de ne pas faciliter le traitement
de l'information de l'adversaire.
5.- Le contrôle des mouvements et le conflit vitesse-précision
Dans les sports de combat de percussion,
les attaques peuvent être assimilées soit à des tâches
de pointage, soit à des tâches d'anticipation-coïncidence.
La tâche de pointage correspond aux attaques directes qui se
réalisent sur un adversaire immobile ou très peu mobile
; la tâche d'anticipation coïncidence correspond aux attaques
très variées qui se réalisent sur un adversaire
en mouvement. Dans ces deux types de tâche, le mouvement a pour
but de percuter une cible avec un segment corporel (poing, pied, coude,
genou, tête, ...) ou une arme (bâton, fleuret, épée,
canne, sabre, ... ). De nombreuses études ont montré
que l'homme possède deux moyens de contrôler la précision
de son mouvement. Premièrement, un contrôle en boucle
ouverte, qui se réalise avant le déclenchement de l'action
et qui consiste a charger le programme moteur correspondant à
une famille de mouvement, tel que le coup de poing direct par exemple,
puis à spécifier les paramètres de ce programme
en fonction de la localisation de la cible. Si la cible est immobile,
les paramètres spatiaux du mouvement seront directement calculés
à partir des coordonnées spatiales de la cible. Par
contre, si la cible est mobile, le système doit faire appel
à un processus prédictif qui calcule la position à
venir de la cible à partir de sa vitesse et de sa trajectoire,
puis qui détermine la vitesse et la direction du mouvement
qui permettra de percuter la cible à un moment ou un endroit
particulier. Deuxièmement, un contrôle en boucle fermée,
qui se réalise pendant l'exécution du mouvement, et
qui consiste à modifier les paramètres du mouvement
sur la base de signaux d'erreurs basés essentiellement sur
les réafférences visuelles et également sur les
réafférences proprioceptives. Le premier système
de contrôle est toujours mis en jeu, quelle que soit la vitesse
du mouvement utilisé. Le second système de contrôle,
ne peut être utilisé, quant à lui, que si le mouvement
est relativement lent (temps de mouvement supérieur à
200 ms) et que si le sujet a la possibilité d'utiliser des
réafférences. On comprend bien alors le dilemme du boxeur
: fonctionner en boucle ouverte avec des mouvements très rapides
mais dont la précision n'est pas optimale, ou fonctionner en
boucle fermée avec des mouvements très précis
mais dont la lenteur diminue la pression temporelle qui contraint
l'adversaire à s'adapter rapidement. Le plus important, au
cours d'un combat de percussion, étant de prendre l'adversaire
de vitesse, on peut formuler le principe tactique suivant :
Les mouvements d'attaques doivent être exécutés
avec la rapidité maximale de façon à minimiser
le temps accordé à l'adversaire pour traiter les informations
et exécuter sa parade. La précision du mouvement dépend
donc essentiellement de la spécification proactive des paramètres
du mouvement.
Afin d'améliorer la précision des attaques
en boucle ouverte, il est primordial, au cours des entraînements,
de faire travailler les mouvements dans des situations variées
quant à la nature des cibles (taille, hauteur, poids, consistance,
...) et quant aux mouvements de ces cibles (vitesse, trajectoire,
...). Cela permet d'augmenter les marges de flexibilité des
programmes moteurs et la fiabilité du système dans la
spécification des paramètres spatiaux et temporels
du programme moteur en fonction de la situation.
Sur le plan défensif, on peut également
déduire un principe tactique
La spécification des paramètres du mouvement
d'attaque étant plus difficile à réaliser dans
le cas d'une cible mobile que dans le cas d'une cible fixe, il est
préférable, au cours d'un combat, d'être en permanence
en mouvement plutôt que de rester immobile.
Chacun des principes tactiques commentés ci-dessus
doit faire l'objet d'un travail spécifique au cours des séances
d'entraînement. Ce travail spécifique repose premièrement
sur l'acquisition de moyens techniques et énergétiques
indispensables pour la mise en oeuvre des principes tactiques : enrichissement
du répertoire technique, apprentissage et répétition
de combinaisons de techniques, augmentation de la fréquence
gestuelle et de la rapidité des mouvements, ..., et deuxièmement
sur la mise en pratique des principes tactiques dans des situations
aménagées, telles que les assauts à thème,
afin de les assimiler et de pouvoir les utiliser à volonté.