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Sommaire sciences et arts martiaux

 

Réflexions sur un apport possible de la Psychologie Expérimentale à la pratique et à l'enseignement des sports de combat et des arts martiaux de percussion


(JORRESCAM 1992)

Michel AUDIFFREN - Unité de Neurosciences Cognitives, CNRS-LNF, BP 71- 13402 Marseille CEDEX 09

Ces réflexions n'ont pas la prétention de mettre en évidence de nouvelles tactiques spécifiques aux activités de combat de percussion, ni de faire le tour de l'ensemble exhaustif des tactiques utilisées dans le monde des sports de combat et des arts martiaux. Les tactiques qui sont ici présentées ont certainement déjà été utilisées abondamment par de nombreux combattants et enseignants. Elles n'ont pas la prétention d'être généralisables à tous les types d'adversaires, ni à toutes les situations qui peuvent se présenter au cours d'un combat. Le but de ces réflexions consiste plutôt à mettre en relation un ensemble de connaissances sur les propriétés fonctionnelles du système de traitement de l'information, développées par la psychologie expérimentale, avec un ensemble de principes tactiques utilisés dans la pratique et l'enseignement des activités de combat de percussion. L'analyse de ces principes tactiques, en prenant pour cadre de référence certains modèles de la psychologie expérimentale, peut suggérer l'élaboration de situations d'apprentissage ayant pour but le développement systématique de potentialités technico-tactiques particulières.

Tout au long de ces réflexions, le combattant sera uniquement considéré comme un système qui traite de l'information sensori-motrice. Nous ne prendrons pas ici en compte ses autres caractéristiques, telles que la capacité et la puissance des différentes voies énergétiques, la flexibilité des différentes articulations mécaniques, la capacité à résister aux coups, ..., en étant tout à fait conscient qu'elles jouent également un rôle fondamental dans le choix de tactiques adaptées pour vaincre des adversaires très divers.

La psychologie expérimentale considère que le sujet humain s'adapte aux situations de l'environnement grâce à son système de traitement de l'information sensori-motrice. Une somme considérable de données expérimentales ont ainsi permis de préciser les propriétés structurales et fonctionnelles de ce système de traitement.

 

1.- Les capacités limitées du système de traitement

1.1.- La théorie du canal unique et la période réfractaire psychologique

Certains auteurs, tel que Welford (1952 considèrent le système de traitement comme un canal unique à capacité limitée qui ne peut traiter qu'une seule information à la fois. La procédure de la double stimulation a ainsi permis de mettre en évidence que si un signal S1 est en train d'être traité, le traitement d'un signal S2 est sérieusement ralenti ou complètement stoppé tant que celui de S1 n'est pas achevé. La période pendant laquelle le traitement de S2 est perturbé ou empêché est appelé période réfractaire psychologique. Les conséquences de cette propriété du système suggère d'adopter la tactique offensive suivante.

L'enchaînement rapide de plusieurs attaques peut permettre de dépasser les capacités limitées de traitement de l'adversaire en le mettant en situation de période réfractaire psychologique.

Ainsi, si un combattant A réalise une succession d'attaques rapidement enchaînées, son adversaire B réagira de plus en plus tardivement, tant et si bien qu'après quelques attaques B ne pourra plus faire face aux attaques subséquentes de A. Il est important de remarquer que ce principe suppose que le combattant en situation défensive tente de répondre à toutes les attaques qui lui sont destinées. Ceci peut ne pas se produire, dans les cas où le défenseur choisit par exemple d'encaisser les coups.

Deux tactiques défensives permettent d'enrayer efficacement ce processus. Elles consistent à empêcher l'attaquant d'enchaîner : soit en ripostant dès le début ou au cours de l'enchaînement, soit en accentuant sa mobilité de façon à ne pas rester en ligne et à rompre la distance.

Ce principe tactique offensif sous-tend également l'insertion, dans l'enchaînement, d'attaques leurres qui surchargent le canal de traitement, ou d'attaques esquissées non-puissantes qui contraignent l'adversaire à engager une réponse qui affaiblit sa défense par ailleurs.

 

1.2.- La théorie de l'allocation des ressources attentionnelles

D'autres auteurs, tels que Navon et Gopher (1979) considèrent que le sujet humain possède une quantité finie de ressources attentionnelles qu'il peut partager entre plusieurs tâches. Toutefois, si deux tâches sont réalisées simultanément et que le sujet divise ses ressources sur les deux tâches, celles-ci ne pourront pas être réalisées de façon optimale. On peut donc inférer le deuxième principe tactique suivant

La réalisation simultanée d'attaques différentes oblige l'adversaire à diviser ses ressources attentionnelles.

Ainsi l'exécution d'une attaque double, par exemple un balayage de la jambe de l'adversaire exécuté simultanément à un coup de poing niveau haut, augmente les chances que l'une au moins de ces deux attaques atteigne son objectif.

La mise en oeuvre des deux tactiques énoncées ci-dessus supposent cependant que l'attaquant a préalablement mémorisé un ensemble d'enchaînements d'attaques et/ou d'attaques simultanées durant ses entraînements. Par ailleurs, il est bien évident que la combinaison de ces deux tactiques est possible et conseillée par exemple enchaîner rapidement des attaques simultanées des membres supérieurs et des membres inférieurs.

 

2.- Propriétés du système face à la pression temporelle

Pour s'adapter aux événements de l'environnement, l'homme possède deux modes de fonctionnement : le réactif et le prédictif. Dans un environnement où le moment d'occurrence et la nature des événements sont incertains, le réactif consiste à déclencher sa réponse après avoir détecté et identifié un événement, puis sélectionné et programmé une réponse adaptée ; par exemple, déclencher une esquive par rotation du buste après avoir identifié une attaque directe du poing. Le prédictif consiste, quant à lui, à réaliser des prédictions sur la nature des événements qui vont suivre et sur leur moment d'occurrence. Ces prédictions permettent au système de traitement de l'information de réaliser à l'avance certaines opérations spécifiques qui seront obligatoirement requises si la prédiction s'avère exacte. Le temps total requis par la réalisation de ces opérations est à déduire du temps de réaction que l'on aurait observé si le sujet avait fonctionné en réactif. Par ailleurs, l'anticipation du moment d'occurrence d'un événement permet de faire coïncider le déclenchement de la réponse avec le moment d'occurrence de cet événement. Ainsi, en combat de percussion, la prédiction d'une attaque particulière de l'adversaire peut conduire à préparer une contre-attaque appropriée que l'on déclenchera au moment même où l'adversaire déclenche son attaque. Dans les activités de combat de percussion, les deux modes de fonctionnement peuvent s'avérer très efficients, toutefois ils possèdent également leurs faiblesses. Dans ce type d'activités, on peut assimiler le segment corporel ou l'arme qui va percuter l'adversaire à un projectile. Fonctionner en réactif, lorsqu'on est en phase défensive, signifie réagir dès que l'attaque est lancée. En effet, une fois le projectile lancé, le défenseur peut identifier la technique utilisée (par exemple un coup de pied fouetté niveau bas) en fonction du segment projeté et de sa trajectoire ; il peut également évaluer le temps avant l'impact théorique en fonction de la vitesse du projectile et de la distance qui le sépare du projectile. Le temps de mouvement de l'attaque depuis le départ du projectile jusqu'au moment de l'impact théorique constitue une pression temporelle plus ou moins importante. Ainsi, dans le cas où les deux adversaires sont proches et que le mouvement d'attaque est très rapide, le temps de mouvement est généralement compris entre 150 et 250 ms ; c'est souvent le cas en combat rapproché avec les poings. Dans d'autres cas, où les adversaires sont plus distants, et que le mouvement d'attaque est quelque peu retardé par un manque de maîtrise technique, le temps de mouvement peut durer plus de 300 ms; c'est le cas par exemple lorsqu'un pratiquant débutant tente de réaliser un coup de pied techniquement difficile à réaliser.

Un combat peut être assimilé à une situation de TR de choix à plus de deux éventualités. En boxe anglaise, par exemple, le boxeur peut frapper de ses deux poings, il existe par ailleurs trois techniques (direct, crochet, uppercut) et on peut distinguer au moins deux niveaux d'attaque (buste et tête), ce qui fait au minimum 12 éventualités. Les temps de réaction simple à des stimulations visuelles sont de l'ordre de 170 à 180 ms. Le temps de réaction augmente ensuite selon le logarithme à la base 2 du nombre d'éventualités: TR = a + b.log2 N, où "a" est le TR simple visuel, "b" un réel positif non nul qui représente la vitesse de traitement en ms/bit, et "N" le nombre d'éventualités. Ainsi, on observe des TR de plus de 600 ms pour des situations de choix à 10 éventualités. Il faut préciser que dans ce type d'études, le sujet ne pouvait pas se préparer spécifiquement à un événement comme c'est certainement le cas en situation de combat. Dans le cas d'un combat rapproché, le combattant en situation défensive dispose de la durée de l'attaque de l'adversaire pour déclencher et réaliser sa parade. Le temps de déclenchement de la parade, c'est à dire le temps de réaction est au moins supérieur à 200 ms (TR simple visuel), quant au temps de mouvement nécessaire pour réaliser la parade il est au moins supérieur à 100 ms, ce qui amène à un total de 300 ms, or comme nous l'avons vu le temps imparti n'est que de 250 ms. Dans ce cas précis le combattant sur la défensive est donc sûrement touché. Le mode réactif ne permet pas ici de faire face à la situation. Pour parer l'attaque, le combattant doit obligatoirement fonctionner en prédictif en déclenchant son mouvement de parade avant ou en coïncidence avec le déclenchement de l'attaque de l'adversaire, ou diminuer la pression temporelle en jouant sur la distance qui le sépare de son adversaire : venir au corps à corps pour minimiser la puissance des coups de l'adversaire, ou s'éloigner pour être hors de portée. Par contre, dès que le temps de mouvement de l'attaque de l'adversaire dépasse les 300 ms, cela laisse la possibilité de fonctionner en mode réactif. On peut donc formuler le principe tactique suivant.

Il est important d'évaluer la distance qui me sépare de mon adversaire de façon à ne pas me trouver dans une situation où la pression temporelle, qui dépend de la rapidité et de la portée des attaques de l'adversaire, dépasse mes capacités de rapidité de réaction et d'exécution.

Le chapitre suivant nous permettra de comprendre sur quelles bases un combattant identifie et prédit les événements.

 

3.- Propriétés du système face à l'incertitude

Lorsqu'un organisme vivant, doté d'un système nerveux, est mis dans un environnement nouveau, il prélève généralement des informations sur cet environnement afin de s'y familiariser et de mieux s'y adapter. L'environnement se caractérise par un ensemble d'événements qui se produisent simultanément ou séquentiellement. La familiarisation consiste à apprendre les relations synchroniques ou diachroniques qui existent entre ces événements. L'homme possède un système de traitement de l'information très sensible à la coprésence, à la covariance et aux dépendances séquentielles des événements qui caractérisent les situations environnementales. La connaissance d'une relation synchronique permet d'identifier plus rapidement et plus facilement les situations : si une situation X se caractérise par la coprésence de deux événements A et B, alors la seule perception de l'événement A ou de l'événement B peut suffire à identifier la situation X. Ceci est particulièrement important dans les situations où l'organisme doit prendre une décision en temps limité sur l'identité d'une situation. La pression temporelle l'empêche de sélectionner l'ensemble exhaustif des événements pertinents parmi un ensemble très important d'événements non informatifs qui constituent du bruit. Dans ce cas, l'organisme doit généralement se contenter d'un ensemble réduits d'indices qui suffisent cependant pour identifier la situation. Par ailleurs, la connaissance d'une relation diachronique permet de prédire les événements à venir : si la situation X se caractérise par la succession ordonnée des événements A puis B, alors la seule perception de A suggère que B va suivre. Dans les activités de combat de percussion, les combattants recherchent en permanence des invariants synchroniques ou diachroniques dans le comportement de l'adversaire. L'extraction de ces invariants est la base de réactions rapides et d'actions bien synchronisées avec les événements de l'environnement. Ce processus de recherche de relations entre les événements est appelé apprentissage perceptif.

 

3.1.- Effet du nombre d'éventualités

Dans les tâches de temps de réaction de choix utilisées en psychologie expérimentale, on apparie un ensemble de stimuli à un ensemble de réponses. Dans les activité de combat de percussion, la situation n'est pas si simple : à chaque attaque correspond au moins une parade, mais dans la plupart des cas il existe plusieurs parades pour une même attaque. Quoiqu'il en soit, plus la taille de l'ensemble des stimuli est grand, plus la probabilité qu'un événement de cet ensemble survienne est faible. Dans la mesure où la taille de l'ensemble des stimuli est égale à la taille de l'ensemble des réponses, la probabilité qu'une réponse de cet ensemble soit requise est tout aussi faible. De nombreux auteurs (Hick, 1952 ; Hyman, 1953 ; Crossman, 1953) ont montré que le temps de réaction était une fonction croissante du nombre d'éventualités. Plusieurs explications peuvent être avancées pour rendre compte de cette observation:

1) dans le cas où il n'y a aucun recouvrement dimensionnel entre les stimuli et les réponses ou lorsque la relation entre les stimuli et les réponses est arbitraire, le sujet doit réaliser un balayage en mémoire de l'ensemble des couples S-R appariés. Plus la taille de l'ensemble des couples S-R est importante plus le temps de balayage est long

2) en supposant que le sujet peut répartir ces ressources préparatoires sur l'ensemble des éventualités, plus le nombre d'éventualités est important, plus le montant de ressources préparatoires alloué à chaque éventualité est faible. En tenant compte de ces observations et du fait que le sujet humain essaye en permanence d'extraire des invariants de l'environnement, on peut donc déduire les principes tactiques suivants :

- L'utilisation d'un large répertoire d'attaques sur le plan offensif, et d'un large répertoire de déplacements sur le plan défensif, au sein d'un même combat, devrait augmenter le temps de réaction moyen de l'adversaire et rendre plus difficile voire quasiment impossible le processus d'apprentissage perceptif.

- De façon complémentaire, la redondance d'un même comportement au cours d'un combat est à éviter car elle permet à l'adversaire d'anticiper.

 

L'application de ces deux principes tactiques suppose que le combattant possède un large répertoire d'attaques et de déplacements. Une des tâches de l'enseignant consistera donc à enrichir le répertoire technique de ses élèves. Afin de minimiser le nombre d'invariants détectables par l'adversaire, l'enseignant doit aussi en permanence être attentif aux redondances comportementales inutiles qui s'installe chez un pratiquant ; il doit lui en faire prendre conscience avant qu'elles ne deviennent des habitudes dont il sera difficile de se défaire une fois celles-ci automatisées. Pour faciliter l'apprentissage perceptif, un certain nombre de combattants de haut niveau étudie le comportement de leur adversaire au cours de différents combats qui ont été enregistrés sur bande vidéo.

 

3.2.- Effet de la fréquence relative des événements

Si dans une séquence d'événements, un événement particulier se répète plus souvent que les autres événements, le temps de réaction à cet événement sera plus court que le TR aux autres événements. Là aussi, plusieurs explications peuvent rendre compte de cette observation :

1) augmenter la fréquence relative d'un événement c'est augmenter sa probabilité d'occurrence, ce qui peut inciter le sujet a investir davantage de ressources préparatoires pour cet événement ;

2) si un couple S-R est plus fréquent, et que le sujet doit réaliser un balayage en mémoire de l'ensemble des couples S-R apparies, il peut être enclin à placer le couple S-R plus fréquent en tête de liste. Par ailleurs, plus une séquence d'événements se reproduit, plus il est facile pour le sujet d'extraire des invariants qui caractérisent cette séquence.

On peut donc formuler le principe tactique suivant :

Quelle que soit l'étendue du répertoire d'attaques ou du répertoire de déplacements, l'utilisation équitable des différentes attaques et des différents déplacements est préférable à l'utilisation accrue d'un ou plusieurs éléments particuliers du répertoire.

Ce principe permet d'éviter un apprentissage perceptif rapide de l'adversaire qui peut, à la longue, prévoir plus efficacement les attaques sur la base d'un prélèvement d'indices fiables. Dans certains cas cependant il est préférable de réutiliser plusieurs fois la même attaque lorsqu'elle possède un fort pourcentage de réussite. Cela se produit généralement contre des combattants débutants. Cela permet au combattant chevronné de ne pas dévoiler toutes ses potentialités, qu'il garde pour des combats futurs contre des adversaires plus redoutables.

 

3.3.- Effet des amorces invalides

Comme nous l'avons vu plus haut, le sujet humain tente en permanence d'extraire de l'environnement des indices qui lui permettent de prévoir les événements qui vont suivre. Sur la base de ces prédictions, il investit ses ressources préparatoires sur les réponses les plus probables. Si l'événement prévu est identique à l'événement qui se produit réellement, la performance est optimale, par contre, si l'événement attendu est différent de l'événement qui survient, la performance se caractérise par une réponse trop longue ou une erreur. On peut donc formuler les deux principes tactique suivants :

L'utilisation d'attitudes trompeuses, qui suggèrent l'occurrence d'attaques particulières, permet de déclencher des processus préparatoires spécifiques chez l'adversaire. L'utilisation subséquente d'une attaque tout à fait inattendue permet de prendre l'adversaire en défaut.

L'utilisation d'attitudes qui permettent à l'adversaire de prédire facilement l'attaque ou le déplacement qui va suivre effectivement est à éviter. Il est important, au contraire, de dissimuler ses intentions, en noyant le signal pertinent dans du bruit, c'est à dire d'insérer une attaque dans un enchaînement de feintes.

 

3.4.- Propriétés du système face à l'incertitude temporelle

Le temps de réaction d'un sujet peut être allongé en augmentant l'incertitude temporelle, c'est à dire, par exemple, en variant la durée de la période préparatoire. La période préparatoire correspond à l'intervalle qui sépare le moment d'occurrence d'un indice préparatoire et le moment d'occurrence d'un signal d'exécution. Au cours d'un combat, les indices préparatoires correspondent à des attitudes de l'adversaire qui donne des informations sur la nature et le moment d'occurrence des attitudes à venir. Les signaux d'exécution, quant à eux, correspondent à des attitudes de l'adversaire qui exigent le déclenchement immédiat d'une réponse. En général, un sujet confronté à une tâche de TR tente de faire coïncider son niveau optimum de préparation ou le déclenchement de sa réponse avec l'occurrence d'un signal d'exécution. On peut donc inférer le principe tactique suivant :

On peut rendre plus difficile l'estimation du moment d'occurrence des attaques que l'on réalise en changeant le rythme des déplacements et la fréquence gestuelle des enchaînements d'attaques et de feintes.

 

4.- Propriétés du système face à la répétition à court terme des événements

Dans une séquence où les événements sont équiprobables, c'est à dire qu'ils apparaissent autant de fois chacun, si un même événement se reproduit plusieurs fois de suite très rapidement, il se produit une facilitation du traitement de l'information qui provoque une diminution des temps de réaction aux événements répétés. Cette facilitation repose sur une disponibilité accrue en mémoire à court terme de l'information qui a été traité précédemment. On peut donc formuler le cinquième principe tactique suivant :

Lorsqu'on enchaîne très rapidement des attaques, l'utilisation en alternance de différentes attaques est préférable à l'utilisation répétée de la même attaque, ceci afin de ne pas faciliter le traitement de l'information de l'adversaire.

 

5.- Le contrôle des mouvements et le conflit vitesse-précision

Dans les sports de combat de percussion, les attaques peuvent être assimilées soit à des tâches de pointage, soit à des tâches d'anticipation-coïncidence. La tâche de pointage correspond aux attaques directes qui se réalisent sur un adversaire immobile ou très peu mobile ; la tâche d'anticipation coïncidence correspond aux attaques très variées qui se réalisent sur un adversaire en mouvement. Dans ces deux types de tâche, le mouvement a pour but de percuter une cible avec un segment corporel (poing, pied, coude, genou, tête, ...) ou une arme (bâton, fleuret, épée, canne, sabre, ... ). De nombreuses études ont montré que l'homme possède deux moyens de contrôler la précision de son mouvement. Premièrement, un contrôle en boucle ouverte, qui se réalise avant le déclenchement de l'action et qui consiste a charger le programme moteur correspondant à une famille de mouvement, tel que le coup de poing direct par exemple, puis à spécifier les paramètres de ce programme en fonction de la localisation de la cible. Si la cible est immobile, les paramètres spatiaux du mouvement seront directement calculés à partir des coordonnées spatiales de la cible. Par contre, si la cible est mobile, le système doit faire appel à un processus prédictif qui calcule la position à venir de la cible à partir de sa vitesse et de sa trajectoire, puis qui détermine la vitesse et la direction du mouvement qui permettra de percuter la cible à un moment ou un endroit particulier. Deuxièmement, un contrôle en boucle fermée, qui se réalise pendant l'exécution du mouvement, et qui consiste à modifier les paramètres du mouvement sur la base de signaux d'erreurs basés essentiellement sur les réafférences visuelles et également sur les réafférences proprioceptives. Le premier système de contrôle est toujours mis en jeu, quelle que soit la vitesse du mouvement utilisé. Le second système de contrôle, ne peut être utilisé, quant à lui, que si le mouvement est relativement lent (temps de mouvement supérieur à 200 ms) et que si le sujet a la possibilité d'utiliser des réafférences. On comprend bien alors le dilemme du boxeur : fonctionner en boucle ouverte avec des mouvements très rapides mais dont la précision n'est pas optimale, ou fonctionner en boucle fermée avec des mouvements très précis mais dont la lenteur diminue la pression temporelle qui contraint l'adversaire à s'adapter rapidement. Le plus important, au cours d'un combat de percussion, étant de prendre l'adversaire de vitesse, on peut formuler le principe tactique suivant :

Les mouvements d'attaques doivent être exécutés avec la rapidité maximale de façon à minimiser le temps accordé à l'adversaire pour traiter les informations et exécuter sa parade. La précision du mouvement dépend donc essentiellement de la spécification proactive des paramètres du mouvement.

Afin d'améliorer la précision des attaques en boucle ouverte, il est primordial, au cours des entraînements, de faire travailler les mouvements dans des situations variées quant à la nature des cibles (taille, hauteur, poids, consistance, ...) et quant aux mouvements de ces cibles (vitesse, trajectoire, ...). Cela permet d'augmenter les marges de flexibilité des programmes moteurs et la fiabilité du système dans la spécification des paramètres spatiaux et temporels du programme moteur en fonction de la situation.

Sur le plan défensif, on peut également déduire un principe tactique

La spécification des paramètres du mouvement d'attaque étant plus difficile à réaliser dans le cas d'une cible mobile que dans le cas d'une cible fixe, il est préférable, au cours d'un combat, d'être en permanence en mouvement plutôt que de rester immobile.

Chacun des principes tactiques commentés ci-dessus doit faire l'objet d'un travail spécifique au cours des séances d'entraînement. Ce travail spécifique repose premièrement sur l'acquisition de moyens techniques et énergétiques indispensables pour la mise en oeuvre des principes tactiques : enrichissement du répertoire technique, apprentissage et répétition de combinaisons de techniques, augmentation de la fréquence gestuelle et de la rapidité des mouvements, ..., et deuxièmement sur la mise en pratique des principes tactiques dans des situations aménagées, telles que les assauts à thème, afin de les assimiler et de pouvoir les utiliser à volonté.


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