Les arts de combat faisant partie des
activités
humaines, dans le registre de la motricité, on peut se poser
les questions suivantes : utilise on les mêmes modes de locomotion
en arts martiaux et en sports de combat que dans la vie courante,
ou en a t-on inventé de nouveaux? Et les a t-on étudiés?
Le besoin de mobilité de l'homme l'a poussé
à développer une grande variété de moyens
artificiels de locomotion, depuis l'utilisation d'animaux jusqu'à
des véhicules artificiels terrestres, aquatiques, aériens
ou spatiaux, mais ceux-ci n'ont pas remplacé ses anciens modes
de locomotion. Ces techniques artificielles ont, par ailleurs, presque
toutes trait au transport à longue distance (sauf à
de rares exceptions, tapis roulant par exemple). On ne discutera que
des moyens naturels de locomotion, bien que des moyens artificiels
aient parfois été développés, comme chez
les ninjas l'utilisation de flotteurs pour se déplacer debout
sur l'eau.
Sur les petites distances, par contre,
et plus particulièrement
les très courtes distances qui sont typiques des déplacements
en arts de combat, nous pouvons observer chez l'être humain
(en fonction de son âge) la gamme entière de mouvements
de locomotion typiques de notre espèce. Il v a de nombreuses
variantes locales, en fonction des différentes cultures et
des différences individuelles. Suivant le découpage
des comportements locomoteurs qu'il fera, par exemple sur des critères
biomécaniques ou éthologiques, l'observateur en classifiera
plus ou moins. Bien que de nombreux auteurs se soit intéressé
à la locomotion avant lui, on peut dater le début de
l'étude scientifique des modes de locomotion aux travaux de
Marey, et celui ci, en 1873, a tenté de classer les différents
modes de locomotion et en distingué 7, en fonction du milieu
et de la force d'appui exercée.
Cette description en fonction du milieu
a été
reprise par les 3 pistes d'André-Thomas (1940): on a chez l'homme
l'utilisation de la piste terrestre surtout, aquatique (nageur de
combat) et aérienne (peu, pendant les sauts). On peut y rajouter
une quatrième, la piste spatiale, plus récente, intéressant
fortement les militaires, mais pas encore, sauf dans les mangas et
la SF, les arts de combat. Bien qu'une utilisation d'un mode de déplacement
assez proche soit fait parfois en gymnastique ou en entraînement
militaire, nous laisserons de coté la locomotion arboricole
(Sème piste), où la préhension par les mains
est aussi importante que celle des pieds. Un autre type de classification
en trois catégories est aussi possible en tenant compte seulement
du nombre de membres porteurs (un, deux ou quatre), jusqu'à,
en adoptant une démarche éthologique, une classification
en 20 (Morris, 1992) ou plus (jusqu'à 36) manières fondamentales
pour les individus de mouvoir l'ensemble du corps d'un point à
un autre, sans l'aide de moyens artificiels. Ces différentes
classes peuvent en fait se réduire en un plus petit nombre
de catégories : Se traîner et ramper; La marche; La course,
dont le trot et le sprint; Le saut, dont le sautillement sur une jambe,
et le petit saut (la gambade) par sautillement alterné d'un
pied à l'autre; L'escalade; Le balancement à bout de
bras; Les nages; Les acrobaties : la roue, la galipette, marche sur
les mains...
Sans entrer dans les détails techniques biomécaniques
ou physiologiques, les éléments essentiels de la marche
humaine sont les suivants : à chaque pas, le pied est placé
sur le sol, talon d'abord. Puis, tandis jusqu'à ce que la pression
soit supportée par la plante du pied, juste derrière
le gros orteil. Le talon a maintenant quitté le sol et ce pied
est prêt pour le dernier mouvement des orteils qui repoussent
le sol. Mais ce mouvement n'a lieu que lorsque l'autre pied a touché
le sol. Pendant la marche, il y a sans cesse un ou deux pieds sur
le sol en même temps. Le marcheur ne passe jamais par une phase
où les 2 pieds n'ont plus de contact avec le sol. C'est la
différence essentielle entre la marche et la course et aussi
le saut. La marche peut se subdiviser en de multiples sous-classes,
comme le pas de promenade, le pas traînant, le pas rapide, la
marche sur la pointe des pieds, le pas militaire, le pas de l'oie,
la balade, le pas tranquille, le pas du lambin, le dos courbé,
le dandinement, le clopinement, le vacillement ou chancellement, la
claudication : allure asymétrique (boiter), le pas du rôdeur,
les petits pas : marcher à pas rapides mais très courts,
les petits pas glissés, le pas élastique, le pas avec
effets de torse, le pas du fanfaron : léger mouvement de balancement,
le roulis : marcheur qui se balance, le pas gymnastique, le pas lourd,
le pas bondissant, le pas honteux, le tortillement des hanches, le
pas précipité, le pas laborieux, le pas pressé,
le pas affairé, le pas pétulant.
Si nous considérons toutes ces formes de locomotion,
il est clair que l'homme, tout en gardant la marche comme mode dominant,
se déplace de façon très variée, même
en dehors de techniques particulières aux arts de combat, utilisant
des changements de postures spécifiques (comme la fente avant
ou la posture du chat) qui ont rajouté encore plus de diversité.
En fait, depuis Marey, des moyens d'études variés ont
été développés, tel l'utilisation d'EMG,
de plates-formes de force ou de système d'analyse du mouvement,
et de très nombreuses études ont été effectuées
sur la marche du sujet normal et dans quelques pathologies particulières,
ainsi que sur la course. Malheureusement, très peu d'études
expérimentales ont été consacrées aux
modes de déplacement spécifiques aux arts de combat.
On pourra citer un exemple de travail descriptif (Courtomie, 1994)
se situant au niveau de l'anatomie fonctionnelle des muscles impliqués
dans les déplacements de karaté; sinon on trouve seulement
des descriptions qualitatives de la bonne façon de se déplacer.
En conclusion, une analyse scientifique
détaillée
de toutes les nuances dans la démarche individuelle reste à
faire. Comme très peu a été fait dans l'étude
scientifique des différentes démarches existantes en
arts de combat, un champ d'investigation important s'ouvre encore
aux chercheurs. Les résultats de ces études pourraient
avoir une grande importance non seulement pour les praticiens des
arts de combat, mais aussi pour les retombées qu'elles pourraient
avoir comme applications en rééducation fonctionnelle,
par exemple l'utilisation d'une technique dérivée du
pas glissé des judokas chez des personnes chuteuses.
Bibliographie
André-Thomas A.S. (1940). Équilibre et équilibration.
Paris: Masson et Cie. (Eds.). 567 p. Courtone C. (1994). Anatomie du
karaté. La connaissance du corps. Chiron, Paris, 199 p. Marey
J. (1873). La machine animale. Rééditions Revue E.P.S.
(1993) Paris. 299 p. Morris D. (1992). La clé des gestes. Grasset
(Paris). 320 p.