L'observation des réactions comportementales
du Karatéka montre que celui-ci acquiert, au cours de son apprentissage
et de son perfectionnement, un meilleur contrôle de soi à
travers le mouvement corporel (TOKITSU, 1979). La maîtrise de
la peur, face à un contexte antagonique tel que rixe, combat
ludique ou action induisant la peur, engendre des modifications psycho-physiologiques
objectivables. La marche sur le feu est d'origine ascétique
et poly-culturelle. Les travaux de BLAIVE (1968), WALKER (1977), LEMAIRE
et DE SIKE (1990), montrent que celle-ci est sans danger réel.
Les marches que nous avons réalisées, en contrôlant
différents paramètres physiques (stabilité, dimensions,
températures), ont permis d'éviter l'hyperémie
cutanée et de confirmer les conclusions des travaux précédents.
La marche sur le feu constitue donc une épreuve permettant
de mettre en évidence l'influence de l'accoutumance au duel
induite par l'entraînement de Karaté, sur l'appréhension
naturelle.
Deux groupes de sujets volontaires,
n'ayant jamais marché
sur la braise, ont participé à l'expérimentation.
L'un était composé de 16 personnes ne pratiquant aucun
sport de combat et, pour la plupart, enseignants dans un Institut
Supérieur de Formation Commerciale. L'autre était composé
de 20 pratiquants de Karaté depuis au moins 3 ans, et issus
de diverses catégories sociales. Pour chaque groupe, une réunion
d'information d'une heure précédait la marche. Les conditions
expérimentales étaient semblables: - combustible: bois
de chauffage; -dimensions du lit de braises: 8 x 1,5 x 0,05m.; - températures
approximatives: après stabilisation et en profondeur au bout
de 5 minutes 800°C, pour une pose de 2 secondes en surface et
au centre 38°C, en profondeur 85°C. Aucune brûlure n'a
été décelée. Nombre de refus, temps de
décision, description et renouvellement de la marche, constituent
les critères mesurés.
Parmi les 16 personnes du groupe de
non pratiquants: 4 se sont abstenues de parcourir l'allée, au dernier instant.
Parmi les 12 marcheurs, 7, au visage crispé, ont montré
une marche incertaine, accélérée, parfois effectuée
sur la tranche ou sur la pointe des pieds; 8 ont eu un temps de décision
supérieur à 2 minutes avant de marcher. Les 4 autres
ont parcouru l'allée sans hésitation apparente et une
personne a effectué un 2ème passage. Parmi les 20 personnes
du groupe de karatéka: aucune ne s'est abstenue. Cependant,
un marcheur a quitté l'allée après quatre pas
(sur la pointe des pieds) et 2 marcheurs ont observé un temps
de décision supérieur à 2 minutes. les 17 autres
n'ont pas exprimé d'hésitation et parmi eux, 11 ont
effectué un 2ème passage dont 4 un aller-retour.
Ces résultats montrent que l'entraînement
de Karaté semble favoriser la détermination et l'aptitude
à l'affrontement (aucun refus), l'augmentation du contrôle
de la peur par une prise de décision rapide (temps de décision
inférieur ou égal à 2 minutes) et une meilleure
confiance en soi (marche franche et renouvelée).
Nous remercions l'ISFC d'Alençon et le Karaté-Club
d'Evreux pour leur efficacité et leur aide dans la réalisation
de cette étude.