JUDO ET PSYCHANALYSE
(JORRESCAM
2002) - Cet article s'intègre très bien
à l'environnement du Karaté et autres arts martiaux.
Patrick BAUCHE Université du Maine
Résumé :
Peut-on dire encore du judo qu'il est resté un art martial
? Quels sont ses effets sur la santé physique et mentale.
Quelles valeurs véhicule aujourd'hui le judo sportif? Présenté en
1882 par son créateur comme une activité complète,
Jigoro Kano affirmait que le judo est un « principe de vie » et
le combat qu'un moyen pour appliquer, comprendre et développer
ce principe. Or nous savons que le judo moderne a rompu avec certaines
traditions ancestrales sous la pression des idéaux occidentaux.
Au delà des aspects physiques, le judo serait également
un art favorisant une meilleure connaissance de soi. Qu'en est-il
réellement et quelle est la portée de ce travail d'introspection
pour l'individu? Devant certains troubles essentiellement comportementaux,
il est fréquent que le judo soit prescrit par un professionnel
de la santé ou de l'entourage de l'intéressé.
Nous pensons qu'effectivement si le judo peut répondre à des
déséquilibres de la vie quotidienne, les effets positifs
ne peuvent qu'intervenir sur un individu déjà en « bonne
santé » et viendront contribuer à son développement
personnel. En revanche, devant de réels troubles psychiques,
il est préférable de se référer à d'autres
techniques que nous nommerons thérapeutiques. Parmi elles,
est la psychanalyse inventée par Sigmund Freud en 1895. En
quoi, la psychanalyse viendrait-elle répondre là où le
judo ne le peut pas ? Quels en sont les points communs et divergents
? Trois notions sont abordées : le transfert, les effets du
silence et le rôle d'une parole interprétative. Cet
argument met en avant l'importance et analyse de l'Inconscient, la
prise en compte de l'histoire individuelle pour un meilleur accès à la
position subjective de l'être humain.
Mots clés : connaissance de soi - estime de soi - maîtrise
- moi - pulsions.
Thème : psychologie Université du Maine - UFR des Sciences
Département STAPS - Ave Olivier Messiaen 72000 LE MANS
E-Mail patrick.bauche@univ-lemans.fr
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JUDO ET PSYCHANALYSE
INTRODUCTION
Nous voudrions souligner la concomitance d'époque du
créateur du judo et de celui du père de la psychanalyse
: Jigoro Kano né en 1863 meurt en 1938 et Sigmund Freud
né en 1856, meurt en 1939. Kuno invente le judo en 1882,
Freud la psychanalyse en 1895. A noter que ces deux créateurs
sont des Maîtres dans leur domaine.
Aujourd'hui, pratiquer le judo peut relever d'un art de vivre
en référence à l'idéologie des arts
martiaux. Ce qui est visé alors est une recherche de plus
de générosité du pratiquant, plus d'ouverture
aux autres et acquérir plus de maîtrise. Le Judo, "voie
de la non-résistance, de la souplesse" mènerait à
une vie équilibrée en utilisant une méthode
d'éducation physique et mentale basée sur une discipline de
combat à mains nues.
Ainsi, le judo se propose de faire
découvrir et développer à quiconque, ses
aptitudes et de les utiliser dans la vie quotidienne avec un
maximum
d'efficacité. Kano avait défini le judo comme
un "principe" — sous tendant là un "principe
de vie" — dont l'application au combat n'est qu'une
des innombrables possibilités. Le combat n'est
que le moyen d'enseigner le principe, le but du judo, pour
Maître
Jigoro Kano, était la connaissance,
la compréhension du "principe". La victoire
n'était pas le but mais un test écrit Jazarin
. Or depuis, en progressant dans la technique du judo, certains
ont cru qu'il avaient par la même, compris ce
que c'était. Le judo est devenu un sport avec les compétitions
publiques sportives, les succès
et les applaudissements, la griserie des titres et
le côté spectacle dont l'ambiance parfois s'apparente
plus à celle d* "arènes" qu'à celle
d'un Dojo (lieu où l'on étudie la "voie").
Cependant nous pouvons voir en point commun à ces deux
lieux, la représentation de la MORT : réelle
pour le taureau, symbolique pour le judoka compétiteur
lorsqu'il est marqué Ippon et que l'arrêt du combat
est annoncé de
l'arbitre.
EN QUOI LES ARTS MARTIAUX FAVORISENT-ILS UNE MEILLEURE CONNAISSANCE
DE SOI ?
En préalable, je pense qu'il ne faut pas confondre développement
personnel et thérapie. Ces deux domaines d'action se distinguent
par la présence ou l'absence d'une difficulté morale
ou souffrance psychique de nature à empêcher « la
marche en avant » de la personne. En l'absence de trouble réel
de la personne, les arts martiaux rejoignent les moyens tels que
la Gestalt, l'Analyse Transactionnelle ou l'hypnose quand bien même
ces pratiques peuvent-elles avoir parfois une portée thérapeutique.
En revanche, l'existence d'une difficulté ou souffrance psychique
justifie le recours à une cure de type psychanalytique.
Le développement personnel correspond au moyen d'évolution
de la personne "en bonne forme" mentale, c'est à dire
qu'une activité sportive ou artistique convient à ceux
qui souhaitent s'épanouir plus encore. Le développement
personnel n'est donc pas en soi un moyen de traitement de problèmes
; judicieusement appliqué, il permet cependant de résoudre
au quotidien les tensions et déséquilibres ordinaires
que génère la vie courante.
En fait, c'est toute la question de la demande, de sa nature
et de l'indication qui se pose. Pour ce qui concerne
les arts martiaux,
au plan du corps : il s'agit de cultiver le bien être
et la santé en gérant ses énergies.
Pratiquer ne consiste pas en une démarche rationnelle
mais partant des états
internes — c'est à dire du ressenti de l'individu
et non du sujet — c'est tendre vers des objets
et comportements humains modélisés dans
un but d'excellence. Le ressenti physique, l'état
moral éprouvés valent pour
la personne garantie de l'expérience, ce vécu
sera considéré comme solution pleine et
entière à un état
de tension interne chez l'individu (tensions pulsionnelles
qui selon nous est l'expression d'excitations à l'endroit
du Moi du sujet).
VIVRE SON ART consisterait en des tentatives de contrôle des énergies
(pulsionnel) par un mécanisme de défense du Moi, tel
le principe de répétition dans une activité régulière
; la quête de maîtrise des événements externes
et des sensations internes étant primordiale pour prémunir
l'appareil psychique d'un inconfort du Moi dû à l'état
de tension.
1 • JAZARIN J.-L., Le judo, école de vie. Le Pavillon
Roger Maria Editeur. 1974, p. 27. z - JAZARIN J.-L., Le judo, école
de vie, Le Pavillon Roger Maria Editeur. 1974, p. 29.
Quels liens avec la psychanalyse?
Toul d'abord, lu dimension transférentielle dans la relation élève-maître
est prégnante, ce dernier est de faclo positionné et
investi comme sujet supposé savoir. A la différence
du dispositif analytique, cette dimension transférentielle
n'est absolument pas travaillée, pas plus que ne l'est le
contre-transfert et ses effets.
Deuxièmement, si le silence environnemental — tel au
spectacle — est de mise dans l'exécution de certains
exercices, les Kata par exemple (séries de techniques codifiées
successives), les effets recherchés sont une meilleure introspection
du pratiquant pour intensifier le ressenti du corps en mouvement
et tendre vers une plus grande précision du geste d'attaque
ou de défense. En aucune façon, ce silence n'est utilisé pour
résoudre une situation ou état psychique conflictuel,
les exercices d'attaques et de défenses étant connus
des deux judokas et arrangés d'avance. Nous pouvons dire que
l'imprévu et les effets du hasard sont réduits au maximum.
Autre point et qui n'est pas moindre : si la
pratique d'un art martial peut induire la production
par
le cerveau d'ondes
lentes
dites "Alpha" favorisant
l'approche des couches de l'inconscient, celui-ci
ne fait jamais l'objet d'une parole, écoute
et interprétation. Or,
considérer cette instance intra-psychique
a — pour le
psychanalyste — vocation à démasquer
le réel
chez le patient. Aussi, le passé du
sujet, les causes de ses éventuelles
difficultés existentielles au sens large,
ne sont pas centrales dans la pratique d'un
art martial. Ce qui est considéré de
l'individu sont les valeurs qui composent le
grade qu'il porte ou l'importance du titre
sportif « décroché » eu égard
au SHIN (esprit), le GHI (technique) et le
TAï (efficacité),
ces trois instances indissociables pouvant
se compenser les unes aux autres. Ceci n'est
pas sans nous rappeler la notion d'estime
de soi que Freud aborde dans son article "Pour
introduire le narcissisme" et qui exprime
la grandeur du moi, sans qu'entrent en considération
les éléments dont cette grandeur
se compose .
CONCLUSION
Je rappellerai Lacan qui — contrairement au but recherché des
arts martiaux qui visent la maîtrise —, nous dit
: L'idéal
de l'analyse n'est pas la maîtrise de soi complète,
.... C'est de rendre le sujet capable de soutenir le dialogue
analytique. Sans doute est-ce cela ART DE VIVRE si l'activité du
sujet tend vers la création d'œuvres comme support
d'expression d'un idéal de beauté, d'harmonie ;
le tout échappant
au dire et faire rationnel du Conscient faisant ainsi effraction
dans la vie psychique du sujet comme pour le surprendre.
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