En préliminaire, nous nous situons dans un contexte
social et historique d'ensemble. Si la labélisation "art
martial" mérite un élargissement, nous limitons
classiquement le champ de nos investigations, à l'origine asiatique,
principalement japonaise des arts martiaux. Ces derniers s'envisageront
avant tout, comme des activités humaines faisant à la
base appel à une nécessité, un goût, des
facultés pour la lutte. Les arts martiaux renvoient ainsi à
la réflexion d'André GIDE à propos de l'art en
général, qui "naît de contrainte, vit de
lutte, meurt de liberté". Nous voilà d'emblée
plongés à la racine d'une constante dans l'évolution
de l'homme et des civilisations. Que nous indique cette constante?
Elle montre que tout acte de création est précédé
d'une conquête. L'histoire des hommes a prouvé qu'il
ne peut y avoir stabilisation d'un état, d'un statut sans un
combat préalable, fut-il symbolique. Le combat est partout,
dans les rivalités politiques, le monde médical, sur
les marchés économiques, dans l'affrontement séculaire
qui oppose les religions. Pour qui veut traiter de la genèse
des arts martiaux, le champ d'investigation s'élargit à
la démesure des conflits d'intérêt qui ont et
continuent d'animer notre planète au quotidien. Nous ne prétendons
pas bien évidemment, dans le cadre de notre intervention, englober
la totalité des implications. C'est pourquoi, le choix du sujet
de réflexion qu'il nous est donné d'examiner au travers
de "l'extension de la fonction guerrière des arts martiaux",
s'attache à inclure se que l'on pourrait qualifier de destinée
des Arts Martiaux.
Dès lors, nous nous référons à
la genèse de pratiques de combat a priori fatales, qui sont
nées de l'opposition de castes traditionnelles et ont emprunté
avec l'évolution sociale, le cheminement de formes agonales
plus subtiles, à qualifier de "formes guerrières
secondaires". Nous décrirons justement, l'évolution
d'une mutation quasi organique des arts martiaux, témoignant
de la survivance instrumentale d'une tentation hégémonique
ancestrale. Nous verrons notamment, à partir de l'exemple d'un
art martial représentatif, une des facettes du rayonnement
culturel et social du Japon et son évolution circonstancielle,
à l'intersection du mythe initial et des aléas conjoncturels.
Si la vocation belliciste des arts martiaux semble "aller de
soi" en des temps anciens, on envisagera également l'univers
quotidien des pratiques de combat, à l'aune du développement
de disciplines à prétention martiale d'origine ou d'inspiration
extrême orientale. Nous insisterons sur certains leviers institutionnels
favorables à l'expansion des arts martiaux asiatiques en terre
des gaules, pays de la lutte bretonne, de la boxe française,
de la lutte gréco-romaine à connotation hellénique,
mais initialement codifiée dans l'hexagone. Des styles de combat
"à la française", aujourd'hui en voie de "dépréciation",
ou "stabilisé", selon les termes de M. GOURIOT, à
quelques 10 000 licenciés, depuis de nombreuses années.
A l'évidence, pour être en phase avec notre exposé,
sur ce marché déjà, les sports de combat occidentaux
ont perdu pied face aux arts martiaux asiatiques. Afin d'analyser
cette synergie, ou tout au moins avancer sur une piste érudisante,
nous allons tenter de dépasser ce que l'on explique souvent
par la seule adhésion mythique aux arts martiaux. Ceux-ci ont
en effet acquis par le mythe, une dimension spirituelle et une image
d'invincibilité. Le mythe alimente la rêverie, fait croire,
déforme inévitablement ce qui sans cela serait banal.
En un mot, il captive l'auditoire. L'art martial mythifié revêt
dés lors une fonction de déification, qu'il conviendra
d'étudier pour ses ramifications stigmatisantes. En actualisant
l'extension guerrière des arts martiaux apparaîtra une
face cachée ou occultée. Nous réveillerons à
cette occasion les brûlures d'une histoire parfois insupportable
au commun ou à "l'ordre établi".
N'est-ce pas là le propre des sciences, en des
lieux de pratique martiale où habituellement la réalité
s'efface devant le rituel ? Les faits sont là pour nous rappeler
au monde des sciences et à ses applications. C'est peut-être,
ce qui au bout du compte distinguera les sports de combat des arts
martiaux. Le sujet abordé va à la rencontre d'une certaine
désacralisation. I1 s'agit d'apprécier d'une part, l'image
porteuse de l'art martial et son influence dans le domaine des représentations;
à divulguer d'autre part, au travers de l'histoire de disciplines
fortement implantées en France, une forme de postulatum largement
admis, qui ne restitue pas un aspect moins connu, touchant au transfert
contemporain de la fonction antagoniste primitive des arts martiaux.
Encore faudra t'il élargir le concept guerrier aux représentations
actuelles plus enfouies, moins apparentes qu'il n'y parait. Les déterminants
une fois posés, on envisagera la question du deuil de l'illusion
martiale, plutôt comme une forme de passation de "l'estampe"
(japonaise) authentique, au "cliché" de surface plus
actuel, mais indissociable de la révélation du "négatif'.