Extension de la fonction guerrière des arts martiaux
(JORRESCAM 1996)Bernard BRONCHART - F.F. SAMBO, C.I.F, 53 rue Roger Lemaire, 93600 Aulnay sous bois.
Art martial / autres formes de combat / fonction secondaire / transfert
En préliminaire, nous nous situons dans un contexte social et historique d'ensemble. Si la labélisation "art martial" mérite un élargissement, nous limitons classiquement le champ de nos investigations, à l'origine asiatique, principalement japonaise des arts martiaux. Ces derniers s'envisageront avant tout, comme des activités humaines faisant à la base appel à une nécessité, un goût, des facultés pour la lutte. Les arts martiaux renvoient ainsi à la réflexion d'André GIDE à propos de l'art en général, qui "naît de contrainte, vit de lutte, meurt de liberté". Nous voilà d'emblée plongés à la racine d'une constante dans l'évolution de l'homme et des civilisations. Que nous indique cette constante? Elle montre que tout acte de création est précédé d'une conquête. L'histoire des hommes a prouvé qu'il ne peut y avoir stabilisation d'un état, d'un statut sans un combat préalable, fut-il symbolique. Le combat est partout, dans les rivalités politiques, le monde médical, sur les marchés économiques, dans l'affrontement séculaire qui oppose les religions. Pour qui veut traiter de la genèse des arts martiaux, le champ d'investigation s'élargit à la démesure des conflits d'intérêt qui ont et continuent d'animer notre planète au quotidien. Nous ne prétendons pas bien évidemment, dans le cadre de notre intervention, englober la totalité des implications. C'est pourquoi, le choix du sujet de réflexion qu'il nous est donné d'examiner au travers de "l'extension de la fonction guerrière des arts martiaux", s'attache à inclure se que l'on pourrait qualifier de destinée des Arts Martiaux.
Dès lors, nous nous référons à la genèse de pratiques de combat a priori fatales, qui sont nées de l'opposition de castes traditionnelles et ont emprunté avec l'évolution sociale, le cheminement de formes agonales plus subtiles, à qualifier de "formes guerrières secondaires". Nous décrirons justement, l'évolution d'une mutation quasi organique des arts martiaux, témoignant de la survivance instrumentale d'une tentation hégémonique ancestrale. Nous verrons notamment, à partir de l'exemple d'un art martial représentatif, une des facettes du rayonnement culturel et social du Japon et son évolution circonstancielle, à l'intersection du mythe initial et des aléas conjoncturels. Si la vocation belliciste des arts martiaux semble "aller de soi" en des temps anciens, on envisagera également l'univers quotidien des pratiques de combat, à l'aune du développement de disciplines à prétention martiale d'origine ou d'inspiration extrême orientale. Nous insisterons sur certains leviers institutionnels favorables à l'expansion des arts martiaux asiatiques en terre des gaules, pays de la lutte bretonne, de la boxe française, de la lutte gréco-romaine à connotation hellénique, mais initialement codifiée dans l'hexagone. Des styles de combat "à la française", aujourd'hui en voie de "dépréciation", ou "stabilisé", selon les termes de M. GOURIOT, à quelques 10 000 licenciés, depuis de nombreuses années. A l'évidence, pour être en phase avec notre exposé, sur ce marché déjà, les sports de combat occidentaux ont perdu pied face aux arts martiaux asiatiques. Afin d'analyser cette synergie, ou tout au moins avancer sur une piste érudisante, nous allons tenter de dépasser ce que l'on explique souvent par la seule adhésion mythique aux arts martiaux. Ceux-ci ont en effet acquis par le mythe, une dimension spirituelle et une image d'invincibilité. Le mythe alimente la rêverie, fait croire, déforme inévitablement ce qui sans cela serait banal. En un mot, il captive l'auditoire. L'art martial mythifié revêt dés lors une fonction de déification, qu'il conviendra d'étudier pour ses ramifications stigmatisantes. En actualisant l'extension guerrière des arts martiaux apparaîtra une face cachée ou occultée. Nous réveillerons à cette occasion les brûlures d'une histoire parfois insupportable au commun ou à "l'ordre établi".
N'est-ce pas là le propre des sciences, en des lieux de pratique martiale où habituellement la réalité s'efface devant le rituel ? Les faits sont là pour nous rappeler au monde des sciences et à ses applications. C'est peut-être, ce qui au bout du compte distinguera les sports de combat des arts martiaux. Le sujet abordé va à la rencontre d'une certaine désacralisation. I1 s'agit d'apprécier d'une part, l'image porteuse de l'art martial et son influence dans le domaine des représentations; à divulguer d'autre part, au travers de l'histoire de disciplines fortement implantées en France, une forme de postulatum largement admis, qui ne restitue pas un aspect moins connu, touchant au transfert contemporain de la fonction antagoniste primitive des arts martiaux. Encore faudra t'il élargir le concept guerrier aux représentations actuelles plus enfouies, moins apparentes qu'il n'y parait. Les déterminants une fois posés, on envisagera la question du deuil de l'illusion martiale, plutôt comme une forme de passation de "l'estampe" (japonaise) authentique, au "cliché" de surface plus actuel, mais indissociable de la révélation du "négatif'.











