Enseigner la B.F. : Interaction entre les représentations sociales et les contenus de formation (Résumé simplifié
JORRESCAM 1996)Christian DORVILLE, Jean-Marc SKALECKI - F.S.S.E.P., 9 rue de l'Université 59790 RONCHIN
Représentation sociale / Enseignement / Influence réciproque / Boxe
Introduction
Malgré un regain d'intérêt dans le milieu scolaire (nombreux articles dans les revues E.P.S. d'auteurs tels que Loudcher, 1989 ; Terrisse, 1991 ; Bresciani, 1992 ; Hiegel, 1994 ; Terrisse et al. 1995...), un certain nombre d'enquêtes fait apparaître une faible programmation des sports de combat de percussion dans les établissements du second degré (Derlon, 1988 ; Ray et Rimet, 1990 ; Béraud, 1992...).
Parmi les raisons susceptibles d'expliquer les réticences des parents, des enseignants et des élèves pour la pratique de la boxe, nous allons isoler les représentations sociales de cette activité.
Après avoir identifié ces représentations, nous faisons l'hypothèse que leur analyse transforme les conditions d'apprentissage et que, réciproquement, les contenus de formation modifient les représentations initiales.
Cadre théorique
Les représentations sociales sont des modalités de pensée pratique orientés vers la communication, la compréhension et la maîtrise de l'environnement social, matériel et idéel.
Avec MOSCOVICI, 1976 ; ABRIC, 1984 ; DOISE, 1994 ;... la représentation sociale peut être analysée à travers trois dimensions : l'information, l'attitude et le champ. Si elle est un corpus organisé de connaissances, elle est aussi un processus psychique, une construction étayée à partir de l'objectivation et de l'ancrage. Modèle d'interprétation des réalités et guide pour l'action, les représentations sont donc importantes pour toute mise en oeuvre pédagogique.
Les représentations de la boxe
"Héritière de la mauvaise image de la boxe anglaise, l'activité de combat de percussion est perçue comme dangereuse par la plupart des parents et des enseignants" BERAUD, 1992.
La boxe anglaise, peu pratiquée en tant que sport est très médiatisée et véhicule principalement des images de violence des coups.
RAUCH, 1992, analyse la mise en scène de la violence produite par les journalistes, qui se polarisent sur le spectacle des combats professionnels, sans oublier le matraquage télévisuel de certains dessins animés et de feuilletons de conception japonaise...
La boxe apparaît donc comme synonyme de violence associée à la force, de sport dangereux, de stigmates liés à la pratique, d'exaltation des vertus viriles...
La prise en compte des représentations initiales et des attitudes qui en découlent nous semblent un pré-requis incontournable pour toute mise en oeuvre pédagogique.
Méthodologie
Nous avons proposé un cycle de sept séances de boxe française à une classe de seconde (n=32). En ce qui concerne l'étude de leurs représentations de la boxe, nous avons construit un différenciateur sémantique (OSGOOD, 1971) à partir d'associations verbales au mot "Boxe", afin de situer la valeur connotative que les élèves attachent à cet objet d'enseignement et ce, à partir des trois dimensions : activité, évaluation et puissance.
En ce qui concerne l'analyse des comportements moteurs, et dans la perspective d'un "enseignement dialectique" (TERRISSE, 1991), nous avons élaboré une grille de niveaux de comportement des élèves avec cinq critères centraux le critère d'opportunité, de maîtrise des distances, de variété technico-tactique, de déplacement et d'espace. Notre démarche pédagogique qui prend en compte la spécificité l'assaut-combat qui est "un couple en interaction dans un rapport de force" (TERRISSE, 1989) s'articule autour de quatre points : instauration d'une éthique du respect (partenaire, règlement...), dédramatisation de l'activité (apprentissage expérientiel, modification de l'enjeu...), organisation d'une dynamique de groupe (tiers-médian, variabilité des rôles...), gestion du couple duo-duel (de la coopération à l'opposition).
Analyse des résultats
La comparaison des moyennes selon les élèves au différentiateur sémantique entre le début et la fin du cycle, grâce à un T de Student pour échantillons appareillés montre qu'une évolution dans les représentations de la boxe s'est produit entre t1 et t2. Les différences significatives concernent surtout des items appartenant à la catégorie évaluation : codifié/ludique, dangereux/sans risque, énergétique/informationnel, simple/complexe...
Le jugement des élèves a évolué de façon positive et la Boxe Française est maintenant perçue comme "un jeu intelligent au risque limité".
Par rapport à la grille de niveaux, on note un progrès indéniable surtout au niveau de la maîtrise de l'opportunité et des déplacements adaptés avec un passage du premier niveau au troisième niveau pour la majorité des élèves.
Discussion
Nous avons essayé de mettre en évidence la liaison entre les représentations et les tâches motrices à réaliser. Les représentations, qu'ont les élèves de l'activité combat influent sur leurs comportements. Réciproquement, l'action influence leurs représentations.
La prudence épistémologique nous incite â pointer quelques limites à ce travail :
l'absence de groupe contrôle ne nous permet pas de tirer de conclusions formelles quant à l'influence de la démarche pédagogique employée.
Nous nous sommes appuyés sur les représentations sociales de la Boxe Anglaise et nous avons postulé que les élèves assimilaient ce sport de combat avec la Boxe Française. Est-ce toujours le cas ?
Nous avons homogénéisé les élèves en ne retenant que la moyenne de la classe. La prise en compte des variables différentielles telles que le sexe, l'âge, le type d'établissement ... permettrait de nuancer les résultats.
La faiblesse de l'échantillon rend toute généralisation abusive.
Conclusion
Nous avons avance l'idée de l'existence d'un système en interaction : représentation - action.
La prise en compte des représentations initiales, de leurs évolutions éventuelles pour une A.P.S. donnée peut être envisagée comme un point d'appui servant de cadre aux apprentissages mais aussi comme pouvant être un obstacle.
Faire surgir les représentations finales de l'activité proposée peut faire modifier un programme d'enseignement et la manière d'aborder cette activité.
C'est l'une des conditions de la mise en place d'un apprentissage à long terme.
Bibliographie
Beraud P., (1992) Boxe et apprentissage, Université d'Aix-Marseille II
Bresciani R (1992) - La boxe éducative anglaise, EPS n° 237
Doise W., (1994) Clemence A., Lorenn F. - Représentations sociales et analyses des données, P.U.G.
Hiegel PH. (1994) Boxe Française Savate, gestion de l'opposition, EPS n° 250
Jodelet D. (1984) Représentation sociale : phénomène, concept et théorie, in Psychologie sociale, P.U. F.
Rauch A. 1992 Boxe, violence du XX siècle, Aubier - Histoire
Terrisse A. (1991) Pour un enseignement dialectique du combat, EPS n° 229
Terrisse A., Quesada Y., Sauvegrain J.P., Hiegel PH. (1995) Le savoir combattre : essai d'élucidation, EPS 252









