Depuis une dizaine d'années, notre attention
a été attirée par des effets probables de la
dominance oculaire sur les performances dans la pratique des sports
d'opposition duelle (ONO et BARBEITO, 1982; AZEMAR, 1988). D'une part,
des enquêtes sur la latéralisation des sportifs de haut
niveau ont montré la fréquence exceptionnelle des formules
de la latéralité oeil-main croisées (DG et GD)
dans l'élite de certaines disciplines (escrime, tennis de
table, boxe, etc...)
D'autre part, des mesures de TR dans
des tâches
de détection en vision périphérique ont révélé
que les performances comparées des deux mains n'étaient
'pas liées à la prévalence manuelle mais dépendaient
de la dominance oculaire : les meilleurs TR revenaient à la
main contralatérale à l'œil dominant.
Dans d'autres conditions expérimentales, il est
apparu que le TR est plus court dans l'un des hémichamps latéraux,
en relation avec la dominance oculaire. Il s'agit, selon les conditions
expérimentales, soit de l'hémichamp ipsilatéral,
soit de l'hémichamp contralatéral.
Plus récemment, nous avons eu recours à
des situations expérimentales imposant aux sujets des réponses
par pointé de l'index sur l'une ou l'autre de deux cibles situées
à 12° à gauche et à droite du point de fixation
du regard. Le stimulus impératif apparaît au centre de
chaque cible. Dans 1 cas sur 5, ce stimulus survient sans présignal.
Le présignal (flèche en direction d'une cible) est valide
dans 80 % des cas et erroné pour 20 % d'entre eux. Le délai
entre présignal et signal varie de 50 à 600 ms (SOA).
Sont comparés les TR, TM, précision et nombre d'erreurs
en fonction des conditions d'information (sans présignal ;
présignal valide ou erroné ), de la SOA, de l'hémichamp
où survient le signal, de la dominance oculaire, de la main
de réponse, et de la prévalence manuelle des sujets.
Il apparaît, comme prévu, que la prévalence
manuelle exerce un effet dès lors qu'intervient un mouvement
du membre supérieur vers une cible, mais on retrouve encore
des effets de la dominance oculaire en fonction de l'hémichamp
visuel.
Cet ensemble de résultats nous conduit à
un modèle interprétatif s'appuyant sur les processus
centraux qui contrôlent les réactions visuo-manuelles.
Un tel modèle semble en accord avec les constatations
de terrain au plus haut niveau de la compétition sportive.
Références :
ONO H, BARBEITO R. (1982). The cyclopean eye vs. the sighting-dominant
eye as the center of visual direction. Percept. Psychophys., 32, 201-210.
AZEMAR G. (1988) Asymétries fonctionnelles et
performances visuo-motrices. In: Neurosciences du Sport. H. Ripoll
et G. Azemar (Eds.) Paris, INSEP.