INTRODUCTION
Outre l'échafaudage terminologique préliminaire,
mais nécessaire pour lever toute ambiguïté quant
à la polysémie de certains termes (violence, agression,
agressivité, déviance, sport de combat, arts martiaux),
cette recherche doctorale se focalise en quelque sorte sur 'le traitement
de la violence par la violence'. A cet effet, nous tenterons de pointer
les principales théories explicatives du problème des
violences chez les jeunes (théories internes, courant béhavioriste
et courant sociologique), tout en insistant sur la réelle ampleur
du phénomène (quantification, localisation, conséquences
sur les jeunes et sur autrui) et de mettre en avant les différentes
approches dites traditionnelles, qui s'avèrent être un
échec dans la perspective de la prise en charge de 'cas-limites'.
Notre étude portera sur l'analyse d'une institution 'marginale',
le Centre d'Activités Sportives de Roubaix. Nous tenterons,
dans une visée évaluative, de comprendre le mode de
fonctionnement d'une telle institution, en relevant le mode d'implantation
et l'évolution du C.A.S ainsi que le profil des 'instructeurs'
et du responsable. L'objet central de la recherche est de répondre
à la question :
Peut-on légitimer le recours à de telles
interventions éducatives, dont l'outil principal reste le corps,
au travers d'activités de combat très peu conventionnelles
?
ASPECT METHODOLOGIQUE
Nous avons, d'une part, opter pour l'observation
participante, afin de pouvoir juger par nous-mêmes des pratiques éducatives
mises en œuvre au sein de cette institution. D'autre part, nous
nous centrerons sur le vécu des premiers concernés,
à savoir les 'usagers'qui sont passés dans cette association
(pour une période comprise entre 3 et 5 ans), en utilisant
pour outil principal d'investigation l'entretien. C'est à l'analyse
du discours que nous nous intéresserons, afin d'évaluer,
autant que faire se peut, les apports et éventuelles modifications
comportementales (positives) dans le sens d'une acquisition de conduites
pro-sociales, inhérentes à cette expérience,
en insistant sur l'aspect d'évaluation participative de cette
population. Dans l'optique d'un enrichissement de la perspective de
cette recherche, nous prendrons également en compte l'avis
d'experts (acteurs sociaux - pratiquants de sports de combat et arts
martiaux). Nous espérons de la sorte dresser une liste d'hypothèses
et de recommandations, garants de la réussite de telles mesures,
somme toute peu 'orthodoxes '.
Anticipation des résultats
A ce jour, l'essentiel du travail reste à fournir,
soit l'analyse de contenu des différents entretiens effectués
(au nombre de 20). Toutefois, quelques axes de réflexion se
dégagent après une première lecture des retranscriptions
effectuées : il apparaît qu'une telle institution trouve
son fondement dans l'attitude très charismatique du responsable
et fondateur du C.A.S, ainsi que dans l'image rassurante renvoyée
par les 'instructeurs' de sports de combat. De nombreux processus
identificatoires semblent être mis en œuvre, aussi bien
au niveau du groupe qu'au niveau des éducateurs.
Les sports de combat, enseignés de façon
peu traditionnelle, avec une multitude de rites d'appartenance à
un groupe à part, semblent être, en plus d'un moyen d'accrochage
et d'ancrage pour ces jeunes en rupture avec la société,
un excellent moyen de réappropriation de valeurs de base, telles
que la ponctualité et le respect.
DISCUSSION
Cette étude se veut être un tremplin pour
des recherches à venir plus approfondies sur la problématique
d'une éventuelle réinsertion sociale par la pratique
des sports de combat et arts martiaux. D'ores et déjà,
l'activité physico-mentale qu'est l'activité de combat,
avec son versant (ré)éducatif, n'est qu'un moyen, un
outil, qui ne se suffit pas à lui-même en matière
de prise en charge des cas-limites. Le message éducatif, qui
renvoie inévitablement à la formation des intervenants,
demeure la véritable fin de l'acte pédagogique. Aller
au-delà du paradoxe apparent du traitement de la violence
par la violence ...