La capoeira en France : vers une normalisation ?
(JORRESCAM 2002 - Poster)
Héas S., Bodin I). \ Kabwa .1. U.F.R.STA.P.S. de Rennes
La capoeira est un art martial-danse brésilienne créée par les esclaves d'origine africaine (notamment angolaise) autour du 17ème siècle pour se révolter face au régime colonialiste. Cette véritable préparation au combat était pratiquée et dissimulée en danse sur un fond de musique et de chant. Elle fut longtemps interdite mais toujours pratiquée en cachette. Son autorisation officielle ne lui fut accordée que dans les années 1930 grâce A l'invention d'un style par maître Bimba (1894-1971) : la capoeira régionale qui intègre des mouvements d'autres arts de combat notamment le batuque (lutte angolaise) pour la rendre plus efficace. Il a aussi procédé à un abandon d'une partie de l'héritage traditionnel qui convenait selon lui a des esclaves mais pas a des hommes libres (le jeu au raz du sol entre autres, la façon d'entrer dans la ronde, la musique). Bimba souhaitait ouvrir la capoeira a des classes sociales plus élevées. Ce style se joue davantage en position debout, plus martial et technique... moins théâtral que la capoeira angola du maître Pastinha (1889-1981).
Les premières fédérations de capoeira, celle de l'Etal de Sao Paulo, de Panama et de Rio de Janeiro furent intégrées à la "confédération brésilienne de Pugilisme ". Le développement des fédérations a permis la création en 1993 d'une organisation propre à la capoeira, la " confédération brésilienne de Capoeira" qui peut se préoccuper librement de la musique et des règles traditionnelles qui étaient négligées dans une confédération de sport de combat où l'accent étaient mis sur l'aspect compétitif et sportif.La capoeira s'est exportée aux Etats-Unis tout d'abord à la fin des années 1970 puis en Europe par le biais de maîtres, contremaîtres, moniteurs, instructeurs et élèves formés brésiliens. Elle a connu un essor assez rapide et maintenant la question de se fédérer en France se pose. Seuls les angoleiros c'est à dire les capoeiristes ne pratiquant qu'exclusivement la capoeira angola refusent de se joindre à toute fédération quelle qu'elle soit, que ce soit au Brésil ou ailleurs.
Quelle est la situation en France ? Notre enquête par entretiens et observation participante tentera d'apporter quelques éléments de réponse.En effet, le souhait ou non de se fédéraliser varie en fonction de la philosophie, et donc du" type" de capoeira pratiqué: les angoleiro sont contre le fait de se fédérer pour garder un des aspect ancestral, son coté marginal, non institutionnalisé et non compétitif, les autres (ceux qui pratiquent exclusivement en régionale, ou a la fois de la régionale et de l'angola, en réalisant un jeu tressé ou éloigné, vouée au spectacle, au combat ou à la formation) sont pour, mais pour diverses raisons et pas à n'importe quel prix. La fédéralisation représente des avantages tant au niveau économique que social, mais elle implique également un rapport de force entre " l'auto-institulionnalisation " préexistante dans la communauté respectée de tous et le système français des sports qui souhaite contrôler le développement de cet art en visant l'uniformisation de sa pratique.
Mots clefs : capoeira, institutionnalisation, légitimité sociale, sociologie.









