Arts martiaux et muscle. le point sur les atteintes musculaires
(JORRESCAM 1996)
Hubert TISAL - INSEP, II avenue du Tremblay, 75012 PARISTel : 374. 11.21 Fax : 417.44.88
1 - ETAT DE LA QUESTION EN 1996
Quelle est la place des accidents musculaires dans la traumatologie des arts martiaux ? Cela semble difficile à dire car aucune étude chiffrée n'a encore été faites dans ce domaine. Si les accidents musculaires ne constituent pas apparemment une pathologie fréquente des sports de combat, cependant, les séquelles invalidantes d'accidents musculaires affectent de nombreux pratiquants d'arts martiaux et de sports de combat. Les récidives ne sont pas rares, surtout lorsque l'accident initial a été mal évalué et mal soigné et la réponse sportive prématurée. Certains ont même été conduit à abandonner leur pratique en raison du handicap provoqué.
Or, cette question n'a jamais fait l'objet d'une véritable étude pour en évaluer son importance et ses conséquences.
Les statistiques concernant les lésions musculaires dans les sports de combat sont inexistantes. Dans la thèse de Poirier datant de 1990, sur la traumatologie du karaté en compétition, les lésions musculaires sont traitées en une demi-page. On y mentionne la survenue en compétition de contusions, hématomes et déchirures, mais sans précision sur leur fréquence. on relève que le siège de ces accidents est le plus souvent le cuisse, en particulier les loges postérieure (coups de pieds dans le vide) et externe (béquille). Dans le thèse de Dupré, sur la traumatologie de la boxe française, les données sont un peu plus fournies puisqu'elles intéressent une page entière. Mais, là aussi, les statistiques font défaut. Les claquages et ruptures musculaires en cours d'assaut sont relevés, mais l'auteur signale la difficulté d'un diagnostic précis en cours de compétition. Les hématomes musculaires des cuisses et des bras, sont pour lui, de survenue très fréquente en combat.
Quant aux accidents musculaires de l'entraînement en club, ils n'ont jamais, à ma connaissance, fait l'objet d'une étude systématisée. Nous sommes donc conduit à une estimation à partir des consultations de traumatologie.
Une étude sur la souplesse et les accidents musculaires a été faite auprès des membres de l'équipe de France de Karaté, poursuivie sur trois championnats du monde, entre 1984 et 1990. Elle a donné les résultats suivants :
BILAN DE SOUPLESSE
Groupe 1 : sujets très souples (souplesse de " danseuse ") : 25% de l'équipe,
Groupe 2 : sujets souples (souplesse " normale " des arts martiaux) : 45% de l'équipe,
Groupe 3 : sujets raides (souplesse de " footballeur ") : 30% de l'équipe.
ACCIDENTS 1MUSCULAIRES
Groupe 1 : sujets très souples (souplesse de " danseuse ") : 45% des atteintes recensées,
Groupe 2 : sujets souples (souplesse " normale " des arts martiaux) : 20% des atteintes recensées,
Groupe 3 : sujets raides (souplesse de " footballeur ") : 35% des atteintes recensées.
La méthode d'évaluation de la souplesse utilisée a pris en compte l'extensibilité des ischio-jambier et du quadriceps.
A noter que de ce groupe d'une vingtaine de combattants, cinq sont devenus champions du monde, dont trois du groupe 2 et deux du groupe 3.
Aucun garçon du groupe 1, le plus souple, n'est devenu champion du monde.
2- DIFFERENTES LESIONS MUSCULAIRES
Nomenclature de terrain
I1 existe pour caractériser les lésions musculaires, une nomenclature de " terrain " utilisée par les sportifs et les entraîneurs. On utilise les termes de béquille, de claquage en même temps que ceux de crampe, courbatures et contractures. Cette nomenclature, si elle est bien pratique pour illustrer l'état du combattant ne suffit pas cependant pour établir une véritable échelle de gravité des lésions.
Nomenclature médicale
Andrivet a classé les accidents musculaires en lésions de stade de gravité variable :
- crampe,
- contracture,
- courbatures,
- élongations,
- rupture partielle,
- rupture totale.
La nomenclature médicale a pour elle la précision des différentes atteintes. Cependant, elle requiert des examens spécialisés pour un diagnostic histologique précis. Pour cette raison, les médecins utilisent souvent sur le terrain, les mêmes catégories de lésions pour évaluer l'atteinte, que les combattants et l'encadrement sportif.
Les incidents et accidents musculaires se répartissent en deux groupes :
A) atteintes sans lésion musculaire
- crampe
- courbature
- contracture
B) atteintes avec lésion musculaire
- contusion musculaire (béquille)
- élongation musculaire
- rupture partielle ou totale (claquage)
Nous n'aborderons ici que les accidents musculaires s'accompagnant d'une lésion musculaire, laissant de côté les crampes, les contractures et les accidents tendineux.
3 - ATTEINTES MUSCULAIRES DES SPORTS I)E COMBAT
L'analyse des lésions constatées met en évidence deux caractères particuliers : d'une part, les lésions musculaires des sports de combat pieds-poings ont des localisations préférentielles, et, d'autre part, les lésions chez les vétérans sont différentes de celles des juniors et seniors.
Muscles les plus souvent atteints :
La localisation des claquage est presque toujours aux membres inférieurs. Et concernant les atteintes musculaires, on doit distinguer deux groupes de pratiquants : les sujets de moins de trente, trente-cinq et ceux qui sont plus âgés. Chez le pratiquant jeune : les zones atteintes avec prédilection sont le droit antérieur, les ischio-jambier et les adducteurs. Chez le pratiquant vétéran, en plus des accidents précédents toujours possibles on note que les zones atteintes sont le triceps sural et le biceps brachial.
Les circonstances de survenue de la lésion musculaire :
Chez le pratiquant jeune, la lésion musculaire est un accident de l'entraînement plus que de la compétition. C'est la pratique des assouplissement qui est en cause le plus souvent. L'accident survient lors de la mise en étirement passif extrême du muscle.
Chez le pratiquant vétéran, la lésion musculaire est plus volontiers un accident en cours d'action : exécution de techniques à l'entraînement, combat souple ou compétition. Enfin, la lésion musculaire peut résulter d'un choc direct (béquille) sur le muscle en tension.
Critères de gravité de l'accident musculaire :
Une impotence immédiate très marquée ne signifie pas toujours des conséquences graves. En fait, il faut s'attacher plus à l'évaluation à moyen terme et à long terme qu'à l'importance de la lésion initiale. Un accident initial très sévère, bien soigné, laisse moins de séquelles qu'un accident mineur négligé. Les accidents itératifs sont de très mauvais pronostics. Les séquelles peuvent être très invalidantes, avec perte d'amplitude d'une articulation (séquelle de lésion du biceps sur le grand écart) .
Le bilan de gravité :
Fondamental pour la prise en charge ultérieure. L'évaluation de l'accident doit être très soigneuse pour proposer la thérapeutique la mieux adaptée. La persistance d'un hématome dans le foyer de lésion est toujours un facteur de mauvaise cicatrisation laissant un point faible dans le muscle. La désinsertion musculaire sur l'os est un accident musculo-tendineux particulièrement long à guérir. L'échographie musculaire est l'examen clé pour apprécier l'étendue de la lésion et rechercher un hématome qu'il peut être nécessaire de ponctionner.
4 - LES FACTEURS FAVORISANT L'ACCIDENT MUSCULAIRE
Par ordre d'importance :
- la fatigue musculaire,
- le vieillissement musculaire (sujets de plus de trente-cinq ans),
- le " piégeage " du muscle (claquage du muscle surpris),
- le manque d'échauffement,
Contrairement à une croyance communément répandue, le risque de claquage musculaire est plus grand en fin de séance d'arts martiaux qu'au début.
5 - LES TRAITEMENTS
La reprise prématurée représente la première source d'échec du traitement. La reprise de la pratique martiale ne peut se faire, en bonne logique, qu'après des tests cliniques, analytiques, permettant une évaluation soigneuse de la récupération musculaire.
A) Le traitement sur le terrain peut être le fait du médecin, du kinésithérapeute, de l'entraîneur, voire du pratiquant lui-même. Un mot résume le traitement d'urgence : G.R.E.C.
Glaçage, Repos, Elévation, Contention.
B) Le traitement de fond est médical et kinésithérapique.
C) Le traitement des séquelles et des lésions musculaires. Leur prise en charge relève du spécialiste. On ne devrait pas garder de séquelles d'un accident musculaire. Et, il est toujours possible d'améliorer l'état musculaire par des techniques spécifiques de récupération.
6 - CONCLUSION
Prévention : que faire ?
Dupré, dans sa thèse, propose d'informer les tireurs en boxe française sur la prévention des accidents musculaires. Les facteurs favorisants qu'il identifie sont par ordre d'importance : le manque d'échauffement, un entraînement conduit, une fatigue locale, un manque d'hygiène sportive.
Ces notions sont tout à fait classiques et sont celles le plus souvent utilisées pour l'information des pratiquants. Or, à la lumière des constatations faites lors de cette étude, il faut désormais changer l'ordre de la hiérarchie des facteurs de risque.
Idées-Force sur le muscle
Premier principe : les accidents musculaires en sport de combat ne surviennent pas de façon prédominante chez les sujets les plus raides. C'est au contraire, les sujets souples, qui en sont souvent victimes.
Deuxième principe : ce n'est pas le manque d'échauffement qui est responsable le plus souvent des accidents musculaires, c'est la fatigue.
Troisième principe : c'est l'entraînement le principal pourvoyeur de lésions musculaires. Les accidents musculaires graves sont rares, voire exceptionnels, en compétition.
Quatrième principe = les séquelles musculaires résultent presque toujours d'une prise en charge inadéquate sur le plan médical ou kinésithérapique de l'accident musculaire initial.
Prise en charge médicale : ces principes reposent sur les délais de cicatrisation du tissus conjonctifs.
Prise en charge kinésithérapique : ces principes reposent sur l'étirement et le renforcement du tissus musculaire .
Cinquième principe : le sportif est la personne la moins compétente pour apprécier la gravité de son état et établir la conduite à tenir devant un accident musculaire. Lors de l'accident, il n'a pas su interpréter les signes avant-coureurs. Puis, la disparition rapide de la douleur lui fait croire faussement à une guérison ou à une absence de gravité.









