1 - ETAT DE LA QUESTION EN 1996
Quelle est la place des accidents musculaires
dans la traumatologie des arts martiaux ? Cela semble difficile à dire
car aucune étude chiffrée n'a encore été
faites dans ce domaine. Si les accidents musculaires ne constituent
pas apparemment une pathologie fréquente des sports de combat,
cependant, les séquelles invalidantes d'accidents musculaires
affectent de nombreux pratiquants d'arts martiaux et de sports de
combat. Les récidives ne sont pas rares, surtout lorsque l'accident
initial a été mal évalué et mal soigné
et la réponse sportive prématurée. Certains ont
même été conduit à abandonner leur pratique
en raison du handicap provoqué.
Or, cette question n'a jamais fait l'objet
d'une véritable
étude pour en évaluer son importance et ses conséquences.
Les statistiques concernant les lésions musculaires
dans les sports de combat sont inexistantes. Dans la thèse
de Poirier datant de 1990, sur la traumatologie du karaté en
compétition, les lésions musculaires sont traitées
en une demi-page. On y mentionne la survenue en compétition
de contusions, hématomes et déchirures, mais sans précision
sur leur fréquence. on relève que le siège de
ces accidents est le plus souvent le cuisse, en particulier les loges
postérieure (coups de pieds dans le vide) et externe (béquille).
Dans le thèse de Dupré, sur la traumatologie de la boxe
française, les données sont un peu plus fournies puisqu'elles
intéressent une page entière. Mais, là aussi,
les statistiques font défaut. Les claquages et ruptures musculaires
en cours d'assaut sont relevés, mais l'auteur signale la difficulté
d'un diagnostic précis en cours de compétition. Les
hématomes musculaires des cuisses et des bras, sont pour lui,
de survenue très fréquente en combat.
Quant aux accidents musculaires de l'entraînement
en club, ils n'ont jamais, à ma connaissance, fait l'objet
d'une étude systématisée. Nous sommes donc conduit
à une estimation à partir des consultations de traumatologie.
Une étude sur la souplesse et les accidents musculaires
a été faite auprès des membres de l'équipe
de France de Karaté, poursuivie sur trois championnats du monde,
entre 1984 et 1990. Elle a donné les résultats suivants
:
BILAN DE SOUPLESSE
Groupe 1 : sujets très souples (souplesse de
" danseuse ") : 25% de l'équipe,
Groupe 2 : sujets souples (souplesse " normale
" des arts martiaux) : 45% de l'équipe,
Groupe 3 : sujets raides (souplesse
de " footballeur
") : 30% de l'équipe.
ACCIDENTS 1MUSCULAIRES
Groupe 1 : sujets très souples (souplesse de
" danseuse ") : 45% des atteintes recensées,
Groupe 2 : sujets souples (souplesse " normale
" des arts martiaux) : 20% des atteintes recensées,
Groupe 3 : sujets raides (souplesse
de " footballeur
") : 35% des atteintes recensées.
La méthode d'évaluation de la souplesse
utilisée a pris en compte l'extensibilité des ischio-jambier
et du quadriceps.
A noter que de ce groupe d'une vingtaine de combattants,
cinq sont devenus champions du monde, dont trois du groupe 2 et deux
du groupe 3.
Aucun garçon du groupe 1, le
plus souple, n'est devenu champion du monde.
2- DIFFERENTES LESIONS MUSCULAIRES
Nomenclature de terrain
I1 existe pour caractériser les lésions
musculaires, une nomenclature de " terrain " utilisée
par les sportifs et les entraîneurs. On utilise les termes de
béquille, de claquage en même temps que ceux de crampe,
courbatures et contractures. Cette nomenclature, si elle est bien
pratique pour illustrer l'état du combattant ne suffit pas
cependant pour établir une véritable échelle
de gravité des lésions.
Nomenclature médicale
Andrivet a classé les accidents musculaires en
lésions de stade de gravité variable :
- crampe,
- contracture,
- courbatures,
- élongations,
- rupture partielle,
- rupture totale.
La nomenclature médicale a pour elle la précision
des différentes atteintes. Cependant, elle requiert des examens
spécialisés pour un diagnostic histologique précis.
Pour cette raison, les médecins utilisent souvent sur le terrain,
les mêmes catégories de lésions pour évaluer
l'atteinte, que les combattants et l'encadrement sportif.
Les incidents et accidents musculaires
se répartissent
en deux groupes :
A) atteintes sans lésion musculaire
- crampe
- courbature
- contracture
B) atteintes avec lésion musculaire
- contusion musculaire (béquille)
- élongation musculaire
- rupture partielle ou totale (claquage)
Nous n'aborderons ici que les accidents
musculaires s'accompagnant d'une lésion musculaire, laissant de côté les
crampes, les contractures et les accidents tendineux.
3 - ATTEINTES MUSCULAIRES DES SPORTS I)E COMBAT
L'analyse des lésions constatées met en
évidence deux caractères particuliers : d'une part,
les lésions musculaires des sports de combat pieds-poings ont
des localisations préférentielles, et, d'autre part,
les lésions chez les vétérans sont différentes
de celles des juniors et seniors.
Muscles les plus souvent atteints :
La localisation des claquage est presque
toujours aux membres inférieurs. Et concernant les atteintes musculaires,
on doit distinguer deux groupes de pratiquants : les sujets de moins
de trente, trente-cinq et ceux qui sont plus âgés. Chez
le pratiquant jeune : les zones atteintes avec prédilection
sont le droit antérieur, les ischio-jambier et les adducteurs.
Chez le pratiquant vétéran, en plus des accidents précédents
toujours possibles on note que les zones atteintes sont le triceps
sural et le biceps brachial.
Les circonstances de survenue de la
lésion musculaire
:
Chez le pratiquant jeune, la lésion musculaire
est un accident de l'entraînement plus que de la compétition.
C'est la pratique des assouplissement qui est en cause le plus souvent.
L'accident survient lors de la mise en étirement passif extrême
du muscle.
Chez le pratiquant vétéran, la lésion
musculaire est plus volontiers un accident en cours d'action : exécution
de techniques à l'entraînement, combat souple ou compétition.
Enfin, la lésion musculaire peut résulter d'un choc
direct (béquille) sur le muscle en tension.
Critères de gravité de
l'accident musculaire :
Une impotence immédiate très marquée
ne signifie pas toujours des conséquences graves. En fait,
il faut s'attacher plus à l'évaluation à moyen
terme et à long terme qu'à l'importance de la lésion
initiale. Un accident initial très sévère, bien
soigné, laisse moins de séquelles qu'un accident mineur
négligé. Les accidents itératifs sont de très
mauvais pronostics. Les séquelles peuvent être très
invalidantes, avec perte d'amplitude d'une articulation (séquelle
de lésion du biceps sur le grand écart) .
Le bilan de gravité :
Fondamental pour la prise en charge
ultérieure.
L'évaluation de l'accident doit être très soigneuse
pour proposer la thérapeutique la mieux adaptée. La
persistance d'un hématome dans le foyer de lésion est
toujours un facteur de mauvaise cicatrisation laissant un point faible
dans le muscle. La désinsertion musculaire sur l'os est un
accident musculo-tendineux particulièrement long à guérir.
L'échographie musculaire est l'examen clé pour apprécier
l'étendue de la lésion et rechercher un hématome
qu'il peut être nécessaire de ponctionner.
4 - LES FACTEURS FAVORISANT L'ACCIDENT MUSCULAIRE
Par ordre d'importance :
- la fatigue musculaire,
- le vieillissement musculaire (sujets de plus de trente-cinq
ans),
- le " piégeage " du
muscle (claquage du muscle surpris),
- le manque d'échauffement,
Contrairement à une croyance communément
répandue, le risque de claquage musculaire est plus grand en
fin de séance d'arts martiaux qu'au début.
5 - LES TRAITEMENTS
La reprise prématurée représente
la première source d'échec du traitement. La reprise
de la pratique martiale ne peut se faire, en bonne logique, qu'après
des tests cliniques, analytiques, permettant une évaluation
soigneuse de la récupération musculaire.
A) Le traitement sur le terrain peut être le fait
du médecin, du kinésithérapeute, de l'entraîneur,
voire du pratiquant lui-même. Un mot résume le traitement
d'urgence : G.R.E.C.
Glaçage, Repos, Elévation,
Contention.
B) Le traitement de fond est médical et kinésithérapique.
C) Le traitement des séquelles et des lésions
musculaires. Leur prise en charge relève du spécialiste.
On ne devrait pas garder de séquelles d'un accident musculaire.
Et, il est toujours possible d'améliorer l'état musculaire
par des techniques spécifiques de récupération.
6 - CONCLUSION
Prévention : que faire ?
Dupré, dans sa thèse, propose d'informer
les tireurs en boxe française sur la prévention des
accidents musculaires. Les facteurs favorisants qu'il identifie sont
par ordre d'importance : le manque d'échauffement, un entraînement
conduit, une fatigue locale, un manque d'hygiène sportive.
Ces notions sont tout à fait classiques et sont
celles le plus souvent utilisées pour l'information des pratiquants.
Or, à la lumière des constatations faites lors de cette
étude, il faut désormais changer l'ordre de la hiérarchie
des facteurs de risque.
Idées-Force sur le muscle
Premier principe : les accidents musculaires
en sport de combat ne surviennent pas de façon prédominante
chez les sujets les plus raides. C'est au contraire, les sujets
souples,
qui en sont souvent victimes.
Deuxième principe : ce n'est pas le manque d'échauffement
qui est responsable le plus souvent des accidents musculaires,
c'est
la fatigue.
Troisième principe : c'est l'entraînement
le principal pourvoyeur de lésions musculaires. Les accidents
musculaires graves sont rares, voire exceptionnels, en compétition.
Quatrième principe = les séquelles musculaires
résultent presque toujours d'une prise en charge inadéquate
sur le plan médical ou kinésithérapique de l'accident
musculaire initial.
Prise en charge médicale : ces principes reposent
sur les délais de cicatrisation du tissus conjonctifs.
Prise en charge kinésithérapique : ces
principes reposent sur l'étirement et le renforcement du tissus
musculaire .
Cinquième principe : le sportif est la personne
la moins compétente pour apprécier la gravité
de son état et établir la conduite à tenir devant
un accident musculaire. Lors de l'accident, il n'a pas su interpréter
les signes avant-coureurs. Puis, la disparition rapide de la douleur
lui fait croire faussement à une guérison ou à
une absence de gravité.