PROBLEMATIQUE
Face au turn over des licenciés de boxe française
(54,2% en 1995), nous avons mené une étude destinée
à déterminer les principales causes d'abandon de ce
sport. Même si l'abandon est souvent induit par un faisceau
de causalités, l'enseignant qui se situe au cœur de la
pratique, y joue un rôle important (Patricksson, 1988 ; Skard
et Vaglum, 1989). C'est pourquoi notre recherche a porté une
attention particulière sur l'opinion des personnes qui ont
abandonné la boxe française (BF) concernant leur enseignant
et en particulier ses qualités pédagogiques et relationnelles
dans la gestion du groupe des pratiquants et ses qualités
didactiques d'organisation des contenus.
METHODOLOGIE
Pour déterminer les causes d'abandon de la BF,
nous avons envoyé un questionnaire à 1 020 personnes
ayant cessé sa pratique en 1995 ; 272 retours ont été
exploitables et traités quantitativement. Parmi ces répondants,
87 ont abandonné la BF exclusivement pour des causes exogènes
à sa pratique (maladie, horaires de travail incompatibles,
service militaire,...). Les causes endogènes à la pratique
(parmi lesquelles figurent principalement le décalage entre
les attentes des boxeurs et les réalités de la pratique,
la qualité des relations nouées au sein du groupe de
pratique, la qualité de l'encadrement et des problèmes
d'organisation de la pratique) concernent ainsi 185 sujets qui constituent
la base de notre étude. Pour approfondir nos résultats
statistiques, nous avons sollicité 9 de ces sujets pour répondre
à un entretien semi directif sur lequel nous avons procédé
à une analyse thématique.
RESULTATS ET DISCUSSION
Si nos sujets accordent souvent de nombreuses
qualités
à leur ancien enseignant de BF, il arrive aussi que celui-ci
soit au centre du découragement de certains pratiquants.
Ainsi, 32% des anciens boxeurs que nous
avons interrogés
ont eu des problèmes relationnels avec leur moniteur, le trouvant
antipathique, trop autoritaire ou estimant au contraire qu'il ne
savait
pas se faire respecter.
Rares sont les "abandonnants" qui remettent
directement en cause les qualités didactiques de l'enseignant
(7 seulement, soit 3,8% de l'effectif, disent "qu'il n'expliquait
pas bien"). Le partage de la séance d'entraînement
entre les différents types d'exercices est en revanche
souvent discuté puisque seulement 58 de nos sujets
(soit 31,3% d'entre eux) en sont totalement satisfaits. Les autres
regrettent principalement l'insuffisance du temps imparti aux assouplissements,
aux assauts et aux exercices techniques, et la longueur du temps consacré
à l'échauffement. Néanmoins, si ces regrets entrent
probablement dans un faisceau de causalités qui conduit à
se détourner de la BF, ils ne semblent pas constituer à
eux seuls une cause d'abandon. Ainsi, lorsque les sujets furent sollicités,
par une question ouverte, pour dire à quelles conditions ils
seraient prêts à reprendre la BF, ils n'évoquèrent
jamais un meilleur partage de la séance d'entraînement
(plus d'assauts ou moins d'échauffement par exemple).
Deux reproches majeurs émis à l'encontre
de l'enseignant sont en revanche susceptibles d'amener les pratiquants
à se détourner de l'activité. 7 répondants
dénoncent le manque d'investissement de leur moniteur dans
son rôle d'encadrement de la pratique. Quant au reproche le
plus fréquemment énoncé à l'encontre de
l'enseignant, il concerne le fait qu'il s'occupe davantage de certains
pratiquants (44,3% de nos sujets le pensent). Cette critique devient
une cause d'abandon lorsque l'inégalité de traitement
est vécue comme une véritable mise à l'écart.
Ce sentiment, peu perceptible à travers les informations recueillies
par questionnaire, apparaît en revanche très clairement
en travaillant sur les entretiens. Cette mise à l'écart
est quelquefois ressentie par les débutants lorsque l'attention
du moniteur est retenue par les plus forts ou les plus doués.
Ce sont parfois les pratiquants "loisir" qui se sentent
rejetés lorsque l'enseignant s'occupe quasi exclusivement des
compétiteurs. Enfin, la mise à l'écart touche
parfois les femmes, quel que soit leur niveau.
Il faut noter que parmi les conditions
d'apprentissage critiquées, l'absence de groupe de niveau est souvent dénoncée
et constitue pour 16,7% de nos sujets l'une des causes de leur abandon.
Dans ce cas, cette lacune n'est pas imputée à l'enseignant
mais plutôt aux manques de moyens des clubs qui sont souvent
hébergés dans des salles omnisports et qui n'arrivent
pas à dégager suffisamment de créneaux horaires.
L'hétérogénéité des niveaux au
sein du groupe de pratique est évidemment regrettée
par les plus faibles qui éprouvent des difficultés
d'apprentissage, par les moins puissants (et les femmes notamment)
mais aussi par les
boxeurs de bon niveau qui ont l'impression de ne plus progresser.
CONCLUSION
Se focaliser sur une cause importante
d'abandon, la qualité de l'encadrement, ne revient évidemment pas
à remettre en question les compétences des enseignants
de BF. Car il est certain que si l'on inversait le problème
en s'interrogeant sur les causes de persévérance dans
une activité, on montrerait également l'importance de
leur rôle. Néanmoins, cette étude met en évidence
certains problèmes relatifs à l'encadrement de la pratique
de la BF et devrait permettre par une information et/ou une formation
adaptée d'attirer la vigilance des enseignants sur ces problèmes.
BIBLIOGRAPHIE
Patricksson, G. (1988). Theorical and empirical analyses of drop-outs
from youth sports in Sweden. Scandinavian Journal of Sports Sciences,
vol. 10, l, 29-37.
Skard, O.,& Vaglum P. (1989). The influence of
psychosocial and sport factors on dropout from boy's soccer. Scandinavian
Journal of
Sports Sciences, vol. 11, 2, 65-72.