Il devient revolu le temps où le Maître était
"Omniscient".
C'est au début des années 90 que le terme de pédagogie
fait son entrée dans le discours des enseignants de karaté.
G.Chemama dans son ouvrage de vulgarisation de la méthode traditionnelle
reste encore une référence pour bon nombre de candidats
au DIF, BEES 1 et BEES2.
Mais de quelle pédagogie
parle-t-on?
En somme, il est important de comprendre
que si le terme de pédagogie
est récent dans le lexique des arts martiaux, il ne l'est pas
dans sa définition.
Actuellement, le terme de pédagogie dans le domaine du
karaté est de plus en plus cuisiné et cela à toutes
les sauces. Il semble de bonne publicité d'afficher par exemple,
un stage en employant les termes "d'éducatifs", "d'exercices
pédagogiques", "préparation physique",
etc. Finalement cela commence à faire autant recette que d'employer
des formules ésotériques de type : expert 10ème
dan disciple de maître 50 grand templier du monastère
shaolin.
Pourquoi cette tendance?
L'une des hypothèses les plus sérieuses est l'avénement
du courant sportif. La politique d'intégration au sens général.
Cad l'ouverture de la pratique aux plus jeunes par exemple et la nécessité
de les concerver. Sur ce point la concurrence est de plus en plus rude
et s'inscrit parallélement dans un processus de professionalisation
des filières du sport. Les filières de formation sont
de nos jours de vraies filières d'intégration sociales
et professionnelles dans lesquelles nos champions s'engouffrent comme
tant d'autres le font ou l'ont fait dans d'autres disciplines (Le karaté suit
le mouvement).
BEES 1 et 2 vous avez dit ? A ce
stade ce ne sont pas les traditionnalistes qui dictent les programmes
de formation,
mais le ministère du
sport. Arrivez devant un jury, parlez de pédagogie du soleil
levant durant le moyen âge et je vous promets que vous pouvez
retourner vous coucher.
L'ère traditionnelle laissera-t-elle réellement
la place à de nouvelles formes d'enseignement ? Cependant,
une approche plus "pédagogique" de l'enseignement fragilisera-t-elle
la nature même du karaté, en justifiant l'abandon des "compétences
traditionnelles" par la nécessité institutionnelle
de formation des enseignants? Une question digne d'un professorat de
sport (avis aux candidats). De nos jours, ce n'est plus le grade qui
fait la qualité de l'enseignant (ce qui est en partie une bonne
chose). Ce qui était vrai dans l'environnement de la méthode
traditionnelle ne l'est plus devant un jury de brevet d'état.
Les "savoirs ancestraux" si sélectifs, vont-il se
perdre au profit des adaptations "pédagogiques" des
enseignements visant l'intégartion de la masse. Les compétences
vont-elles se disperser ou gagner en qualité ? Même si
chacun ne sera jamais le Maître omniscient dont nous avons tous
entendu parler, demain, "tout le monde" (ou presque) pourra
devenir le spécialiste de l'enseignement du kata éducatif,
du combat rythmique, du kihon acrobatique, du karaté artistique,
etc, etc. Finalement, un karaté plus riche dans sa globalité
(dans les choix), dans la prise en compte des caractéristiques
des publics certainement mais peut-être moins complexe sur le
plan des connaissances techniques et stratégies initiales.
Le karaté s'enseignera-t-il à travers
:
-
Une méthode visant la formation de l'individu sur le plan
moteur, psychologique et social (Approche didactique ---> scolaire)
-
un assemblage d'exercices "renouvellés" et ajustés
aux outils de la méthode traditionnelle. C'est à dire
de Kihon plus attractifs, de kata plus ludiques, de Kumité
plus thématiques, histoire de ne pas rompre avec un modèle
d'enseignement que l'on associe par convention à la nature
même du Karaté.
-
Un peu des 2
En somme, quelque soit les choix "pédagogiques"
des futurs enseignants, l'introduction de nouvelles formes d'enseignement
dans un domaine d'activité qui s'exprime depuis des décénnies
à travers le modéle traditionnel que nous connaissons
(Kihon, Kata, Assauts conventionnels), revient à introduire
une nouvelle séquence dans un gène: Les effets ne
sont pas immédiats mais au bout d'un certain temps c'est
l'organisme tout entier qui se met à réagir différemment.
Et l'orgamisme dans notre cas, ce n'est pas le "corps" des
enseignants, ni des dirigeants mais celui des pratiquants.