Les enjeux de l'enseignement du Karaté
L'enseignant doit-il s'investir pour faire progresser ses élèves ou seulement injecter un savoir qui sélectionnera naturellement les quelques rares, voir très rares élus qui pourront un jour prétendre au moins au 1er dan?
Apologie d'une culture de l'échec
Les statistiques ci-dessus sont une extrapolation faite à partir de données fédérales non communiquées officiellement mais accéssibles à partir de la base de données du site de la FFKaraté. Plus pécisémment voici ce que l'on peut y reccueillir :
Effectif fédéral 1er dan 2ème dan 3ème dan 4ème dan 5ème dan 6ème dan 7ème dan 8ème dan 9ème dan +- 195 000 +- 24 700 6 765 2 255 1 014 479 121 44 111
Analyse
Si vous calculez la proportion de 1er dan par rapport à l'effectif total, vous obtenez une valeur approximative de 12%, ce qui en soit est faible puisque ceci veut dire qu'au regard de l'effectif moyen des clubs français, c'est à dire 20.1 adhérents, seuls 2 élèves deviendront 1er dan et 18 abandonneront avant. Or en réalité, cette proportion est encore plus faible parce que les statistiques ci-dessus totalisent non pas la quantité de gradés de la saison en cours, mais l'ensemble des pratiquants ayant obtenus un "Dan" même si ceux-ci ne sont plus licenciés (J'ai fait le test avec d'anciens élèves). Difficile de dire avec exactitude l'ancienneté de ce rescencement, mais une chose est sûre, elle a plus de 6 ans et plus probablement beaucoup plus.
La proportion de gradés (de Dan) doit en conséquence, être rapportée à un plus grand nombre de pratiquants. Pour cela, j'ai actualisé le calcul en spéculant sur la quantité total de licenciés qui ont fréquenté la fédération durant ces 6 dernières années sachant que le taux d'abandon (le turn over) des licences avoisinent les 40% à 50% (Les 60% selon les catégories d'âges sont même évoqués).
Pour résumer : Un taux optimiste de 3% d'accès à un "Dan" extrait du graph ci-dessus, représente une probabilté plus proche des faits. Soit moins de 1 élève en moyenne pour un club de 20 licenciés.
Des statistiques certes mais des exemples explicites aussi : En juin 2007, lors du passage de grade organisé par la Ligue du limousin de Karaté, environ 70% des candidats au 1er dan ont été recalés (Ils étaient au total environ 35 - cf/Stat de Ligue). Sur les 30% d'admis. Seuls une quantité négligeable ont en réalité satisfait à l'examen du premier coup.
* Exemple des statistiques officielles de la fédération Française de Judo - Source : Dojo Info n° 34 - juillet 2003
objectif, limiter le turn-over
des licenciés
Le pourcentage de perte
de licenciés est presque identique
quel que soit l’âgeSur l’ensemble de la population judo, le taux moyen de renouvellement des licenciés
d’une saison à l’autre est de 40 %. Ainsi, chaque année, plus d’un tiers des pratiquants
quittent l’activité et sont remplacés par des nouveaux venus.
En effectuant une analyse plus fine, on s’aperçoit que cette moyenne cache en réalité
une grande diversité selon les clubs.
D’une saison à l’autre, la grande majorité des clubs conservent entre 45 et 80 % de
leurs adhérents.
À noter que dans certains cas estimés particuliers, la population des clubs peut
changer en quasi totalité tous les ans (c’est le cas par exemple des clubs d’entreprise),
soit conservent tous leurs licenciés (clubs regroupant uniquement des équipes de
compétiteurs).
Objectif à atteindre: si chaque club parvient à augmenter de 20 % son taux de réinscription,
la population totale compterait environ 100 000 licenciés supplémentaires.
Et si un jour l’ensemble des clubs pouvait conserver la totalité de ses adhérents tout
en accueillant de nouveaux pratiquants, en 10 ans, le nombre total de licenciés judo
atteindrait 2,5 millions !
Vie du club, ambiance conviviale, enseignement de qualité, accueil chaleureux des
enfants et de leurs parents, « esprit club », ce sont autant d’ingrédients qui encourageront
les pratiquants à rester dans leur club.Nous avons effectué un suivi individuel des licenciés sur 3 saisons.
A la lecture du premier graphique, il apparaît a priori que
la perte la plus importante de licenciés est constatée chez les
jeunes. Mais si ce constat est vrai en terme de masse, il ne se
vérifie pas en terme de pourcentage (2e graphique). On observe
en effet que la perte est quasiment uniforme selon les
âges. La proportion d’abandon est située entre 48 % pour les
très jeunes et 38 % pour les plus anciens. Proportionnellement,
il y a donc pratiquement autant de jeunes licenciés qui quittent
le judo que d’anciens.
Par ailleurs, lorsqu’on isole la population féminine, on ne
remarque pas de différence notable par rapport à la totalité des
licenciés : la courbe suit quasiment le même type d’évolution.Source : Dojo Info n° 34 - juillet 2003
Quel intérêt y-a-t-il à connaître ce pourcentage?
La réponse est évidente : Que ce passe-t-il pour les 97% restant si seulement à peine 3% des licenciés de la FFKaraté arrivent au grade de 1er Dan?
Il est admis qu'au regard de la nature de l'activité Karaté, tout enseignant est amené à un moment ou à un autre à faire passer des grades à ses élèves (Ceinture de couleur). La ceinture noire (Le "Dan"), à défaut d'être pour les enseignants une intention à court, moyen ou long terme selon les publics, reste quoiqu'il en soit, l'enjeu de formation implicite de leurs enseignements.
Plus les élèves acquierent de l'ancienneté, plus cet enjeu devient explicite.
Autant dire que la stratégie qui consiste à former ses élèves en espérant qu'ils acquierent leur 1er "Dan", est voué à l'échec parce que quoique vous fassiez en tant qu'enseignant, quelque soit votre énergie à stimuler vos troupes, à réfléchir à la meilleure démarche pour former vos élèves, seul 1 sur 33 a de réeles chances de réussir. Les 32 autres finiront par abandonner avant de pouvoir atteindre cet objectif parce qu'ils n'atteindront jamais les compétences attendues et finiront par ne plus progresser (Plus ou moins rapidement).
Dans ce contexte, la compétence minimale d'un enseignant de Karaté ne se réduit-elle pas à un simple rôle de répétiteur de ses acquis de pratiquant? Le principe Maître-disciple semble se perpétuer malgré une méthode dite traditionnelle, c'est à dire destinée à former les masses (Selon G. Funakoshi).
Comprenez bien, d'un coté, il y a une volonté institutionnelle de réglementer les passges de grade et d'un autre, les réalités de terrain, celle à laquelle l'enseignant est confronté en permanence : Le trop grand écart entre le potentiel moyen des adhérents et les exigences attendues en termes de de "Dan".
Quelles solutions?
Historiquement, depuis un peu plus d'1 décénie, c'est le yoyo réglementaire.
Vers le milieu des années 90, alors que les effectifs de la Fédération Française de Karaté, Taekwon Do et arts martiaux affinitaires grimpaient en flèche (Entrée massive des enfants dans l'environnement fédéral), le programme des Dan a été brusquement alourdie par l'ajout de 3 Kata supplémentaires appartenant jusqu'alors à la liste du 2ème Dan. (Seuls les 5 Kata de base étaient éxigés pour le Shodan. Les Bassaï Daï, Koso ou Kankudaï et Tekki ou Naifanshi Shodan appartenaient à la liste du Nidan).
Quant au shodan minime, apparu au début des année 2000 : "Etre 1er dan à 14 ans". Une cerise sur un gâteau que peu peuvent goûter.
En 2006, La fédération revoit la liste des Kata du 1er Dan à la baisse (5 kata de base + Tekki ou Naifanshi Shodan), mais le Kyon reste "Japonnisé" (Les gammes à réaliser sont dictées en japonnais : La hantise des candidats). Le passage de grade, devenu examen d'état est désormais morcelé en UF que l'on peut acquéir indépendamment et définitivement, la moyenne pour réussir passe de 12/20 à 10/20 (Donnée qui reste cependant très abstraite).
En 2006-2007, certains membres du comité directeur fédéral vont jusqu'à émettre l'idée d'un shodan accessible à l'échellon du club. Mais le "Dan" est protégé et doit être évalué par une commission spécialisée. Seule nouveauté pour 2007-2008, le kyhon redevient "Français" (Les annonces du jury ne sont plus faites seulement en japonnais)
En somme sur le plan fédérale, on observe une volonté de réduire une fracture qui se serait aggravée au fil des années mais des resistances persistent.
Quelles autres solutions ou hypothèses?
Sonder ceux qui abandonnent ? Pour cela, nous pouvons avancer des hypothèses. L'article qui suit a été réalisé au sein de la fédération Française de Boxe Française : L'implication de l'enseignant dans l'abandon de la boxe française (JORRESCAM 1998 - Rubrique Sciences et Arts Martiaux). Les conclusions sont intéressantes.
Mettre en place un outil de formation explicite de type "progression d'enseignement par grade"? L'idée a depuis les années 80 fait son chemin au sein de la Fédération Française de Judo. Elle est devenue un repère indispensable pour tous les enseignants de Judo.
Ramener les exigences du 1er Dan a ce qu'elles étaient au debut des années 90. Personnellement, je pense que le mieux serait de commencer par là.
A suivre...
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