Didactique et karaté scolaire > Le karaté scolaire
- Exemple du primaire
L'intérêt de cet article est relatif à une évolution
progressive de notre discipline en dehors de son lieu d'enseignement
traditionnel. Nombreux sont les enseignants qui suite à l'acquisition
d'un brevet d'état 1er ou 2è degré, tentent
de monter des projets pour une initiation en milieu scolaire.
Cependant, l'EPS ne ressemble pas à une progression
d'entraînements
tels que nous les connaissons selon le principe traditionnel, à
savoir : Un assemblage d'outils définit dans le temps, que
nous connaissons sous les termes suivants :
| Kihon |
Kata |
Assauts
Conventionnels |
Combat
libre |
------------------------------------------------------------------------------------------------------------->
Cette progression caractérise la méthode
traditionnelle d'enseignement du karaté enfants, ados et adultes
telle que les Japonais nous l'ont transmis lorsque le Karaté
est arrivé en France dans les années 50. (Lire l'article
sur les limites de la méthode traditionnelle d'enseignement du karaté).
Le karaté : discipline
d'enseignement en milieu scolaire?
Cependant, que vaut cette méthode d'enseignement
en milieu scolaire, ou plutôt, comment une APS (Activité
physique et sportive) est-elle enseignée en milieu scolaire?
Prenons l'exemple du milieu primaire.
La pratique des activités physiques et sportives
dans les écoles primaires de France s'organise en 3 cycles
: Cycle 1 pour les maternelles, Cycle 2 pour le CP, CE1 et CE2 et
Cycle 3 pour les CM. A chaque cycles, ses compétences que voici
:
L’Ecole
Maternelle ( Cycle 1 ) |
GS,
CP et CE1 ( Cycle 2) |
CE2,
CM1 et CM2 ( Cycle 3) |
L’action est un élément essentiel
de développement de l’enfant. Il explore l’espace
qui l’entoure, il manipule des objets familiers. Ce faisant
il apprend à mettre en jeu son corps tout entier, à
mobiliser telle ou telle de ses fonctions ( celle de locomotion,
celle de préhension...). Il acquiert des compétences
sensorielles et motrices qui étendent toujours plus loin
le champ de ses expériences. C’est en rencontrant
des obstacles que, aidés par l’adulte, l’enfant
construit de nouveaux ajustements au monde qui l’entoure.
En offrant à l’enfant le moyen de prolonger ses activités
dans des environnements plus complexes ou plus étrangers,
le maître accompagne les progrès de sa croissance
et de son habileté. Par ses exigences , l’adulte
permet aussi à l’enfant d’apprendre à
se représenter les actions dans lesquelles il est engagé,
à en prévoir ses résultats et, donc, à
les conduire.
Progressivement, des apprentissages plus techniques, mettant
en jeu des conduites réglées, deviennent possibles
dans les activités à visée esthétique,
sportive ou dans celles qui requièrent l’usage
d’outils ou d’instruments familiers. Le maître
facilite puis organise l’activité de l’enfant
en lui donnant l’occasion et les moyens de s’exprimer.
En premier lieu, l’enfant doit pouvoir exercer, dans la
plus grande liberté de mouvement et d’action, et
en toute sécurité, ses facultés d’exploration
motrice Il le fait d’abord dans des environnements familiers
puis progressivement dans des environnements qui posent des
problèmes spécifiques.... Il ajuste de mieux en
mieux ses actions en fonction des buts qu’il vise. Son
activité concourt à une découverte puis
à une connaissance de plus en plus juste de soi, des
autres, des objets et des matériels, des repères
qui jalonnent l’espace et le temps des ses actions.
NATURE et CONTENU des ACTIVITES :
....
- Découverte des ses possibilités
corporelles ;
- Action globale à base de locomotion ; exercice
des capacités motrices dans des situations nombreuse
et diverses, incluant la rencontre et l’utilisation
d’obstacles matériels : marcher,
courir, sauter, lancer, glisser, tirer, pousser, se tenir en
équilibre, se suspendre, évoluer dans l’eau,
sur la glace ou la neige.... ;
- Adaptation des conduites motrices,
en vue de l’efficacité et de la précision du
geste, ajustement global des actions en fonction des trajectoires
d’objets en mouvement ;
- Prise de repères dans l’espace
et dans le temps, appréciation des distances, réaction
à un signal....;
- Participation à des actions
en commun, acceptation et respect
des règles de jeux, individuels et collectifs
;
...
- Dépassement de soi en mesurant
les risques et en modulant son énergie ;
...
|
...l’Education Physique et Sportive, discipline d’enseignement,
doit permettre à l’élève au Cycle 2
:
- s’approprier les habiletés caractéristiques
de la motricité de l’enfant ( courir, sauter, nager....)
- d’adapter ses efforts suivant la nature de actions motrices
effectuées
- de s’initier aux règles de l’action collective
- de dominer ses appréhensions et d’exprimer ses
sentiments.
A l’issue du cycle, l’élève doit
être capable :
- de réaliser des actions plus complexes que celles de
la vie quotidienne, telles que courir et sauter par dessus un
ou plusieurs obstacles, de courir et lancer, ou d’autres
combinaisons élémentaires
- d’appréhender, dans la réalisation de
ces actions, les notions de déplacement, de durée,
de vitesse ;
-d’apprécier l’intensité des efforts
et leurs effets sur l’organisme, en prenant conscience
de ses limites ;
- d’agir en fonction d’un risque reconnu et apprécié,
et de la difficulté de la tâche ;
- d’agir en fonction des autres selon les règles
et de tenir divers rôles dans une équipe ;
- de s’engager dans une action individuelle et collective
visant à communiquer aux autres un sentiment ou, une
émotion.
LES ACTIVITES
Le maître choisira pour développer ces capacités,
des activités physiques et sportives ayant du sens pour
les enfants et relevant de domaines d’actions constitutifs
de la motricité de l’enfant. Ce sont
- les activités athlétiques
...
- les jeux traditionnels, les jeux sportifs
et les jeux collectifs, les
jeux de raquettes, qui facilitent l’approche
des rôles de partenaires et d’adversaires ;
...
Une pratique régulière et suffisante de l’EPS
permet de développer les différentes capacités
motrices visées au Cycle 2 et contribue à équilibrer
l’activité des enfants.
|
Au Cycle 3 l’éducation physique et sportive
contribue au développement des enfants et à l’équilibre
de ses rythmes de vie. Elle permet à l’enfant par
une pratique régulière
- d’acquérir de habiletés identifiables,
donnant accès aux activités sportives et d’expression
-d’utiliser ses ressources mises en oeuvre pour organiser
sa vie physique ;
-de constituer des savoirs, contribuant à mettre en oeuvre
des principes de sécurité, individuelle et collective
et d’une façon générale à
préserver sa santé.
A la fin du Cycle l’enfant sera capable
- de manifester une plus grande aisance dans ses actions, par
affinement des habiletés acquises antérieurement
;
- d’utiliser ses savoirs et connaissances de manière
efficace dans la pratique d’activités sportives
et d’expression ;
-de participer à des activités collectives en
y tenant de rôles différents et en respectant les
règles ;
-de s’inscrire dans un projet individuel ou, collectifs
visant à; la meilleure performance et d’apprécier
son niveau de pratique.
LES ACTIVITES
Les activités qui l’aideront à acquérir
es différentes compétences visées seront
choisis dans les différents domaines d’actions
:
- les activités athlétiques
- les activités de type gymnique,
- les activités comme la danse, la gymnastique rythmique
et sportive
- les activités d’opposition
à 2 dans les actions de contact ou à distance
par l’intermédiaire d’un engin, telles que
les sports de combat, les sports de raquettes ( tennis,
tennis de table, badminton ) aident l’élève
à développer des stratégies et à
anticiper les réponses de l’adversaire ;
- les activités collectives
- les activités de pleine nature
L’efficacité dans les comportements, la sécurité
dans les pratiques, le contrôle de soi, la lucidité
dans l’observation trouveront dans les activités
de tous ces domaines d’actions, les moyens de leur développement
; l’élève apprendra à toute occasion
favorable, organisée par le maître :
- à utiliser ses ressources et à gérer
ses efforts ;
- à contrôler les risques
qu’il prend et qu’il fait prendre ;
- à aider les autres à résoudre les difficultés
liées aux tâches d’apprentissage ;
- à maîtriser ses pulsions
et son agressivité.
|
|
"Le maître
choisira pour développer ces capacités, des activités
physiques et sportives ayant du sens pour les enfants et relevant
de domaines d’actions constitutifs de la motricité
de l’enfant." |
Voici très certainement, ce qui fait toute la
différence entre une pratique en club et une approche sportive
du karaté en milieu scolaire. Il faut bien comprendre qu'en
club, l'objectif principal est le perfectionnement technique alors
qu'en milieu scolaire, l'EPS est au service du développement
de l'enfant. Le choix de l'activité dépend d'abord
des compétences qu'elle contribue à développer
chez les enfants.
Pour exister en milieu scolaire, le karaté doit
justifier sa place en tant qu'APS. Le projet pédagogique
EPS est l'outil qui permet d'interpréter et de cautionner
ce choix par l'équipe enseignante. Les compétences
des enseignants, les orientations éducatives propres à chaque
groupe classe, les moyens, etc, sont autant d'arguments qui peuvent
décider
du choix de la pratique du karaté. Les conditions matérielles
(un dojo et un BE) à elles seules ne suffisent théoriquement
pas.
Comprendre en quoi le karaté peut être
une matière d'enseignement, c'est s'intérroger sur
les compétences
qu'il permet de développer au regard des textes officiels
qui régissent
l'EPS en milieu primaire.
|
Compétences développées
en milieu sportif |
Compétences à
développer en milieu scolaire |
- Les savoirs-faire techniques
- la rigueur et le goût de l'effort
- la concentration
- La maîtrise de soi
- Respect des autres, des règles de sécurité...
- etc..
|
- Réaliser des actions plus complexes que celles de
la vie quotidienne, telles que courir et sauter par dessus
un ou plusieurs obstacles, de courir et lancer, ou d’autres
combinaisons élémentaires
- Maîtriser ses pulsions et son agressivité
- Contrôler les risques qu’il prend et qu’il
fait prendre
- Etc... (Voir tableau ci-dessus)
|
Comme vous le constatez certaines compétences
sont compatibles et d'autres moins. Cependant, une fois cette reflexion
engagée,
il reste à traduire ces compétences en objectifs -
Exemple : Maîtriser ses pulsions et son agressivité peut
se traduire par "Accepter le contact ou l'affrontement avec
ses partenaires". Développer
une logique d'enseignement qui ne vise pas seulement un apprentissage
technique comme en club devient dès lors la 3ème étape.
Ce n'est pas en répétant
un geste technique dans le vide (Kihon) qu'un enfant apprend
à maîtriser son agressivité.
|
En milieu scolaire, l'objectif n'est donc pas la simple
pratique d'une activité. Ce sont les intentions éducatives
qui priment. Même si le simple fait de faire faire du karaté
à des enfants participe implicitement au développement
de leur motricité (qui est aussi une compétence de cycle).
La pratique du Kihon et du kata par exemple n'est pas forcément
d'une pertinence démontrée lorsque le but de l'enseignant
est de faire vivre des expériences visant à aider
l'élève à développer des stratégies
et à anticiper les réponses de l’adversaire.
(cycle 3).
| Les
outils d'enseignement traditionnel du karaté ne sont
pas forcément les outils d'enseignement les plus appropriés
dans une démarche éducative en milieu scolaire. |
Le karaté comme outil d'éducation
Méthodes traditionnelles et méthodes globales
ne s'opposent pas mais se complètent.
Les méthodes globales ou actives s'appuient sur
les caractéristiques de l'élève afin de faire
évoluer ses capacités physiques certes, mais aussi intellectuelles
et affectives. Même si l'acquisition d'un geste technique devient
à un moment ou à un autre un élèment du
cours, ce n'est pas tant l'acquisition du geste lui même qui
comptera mais les intentions éducatives de l'enseignant (Au
regard des textes).
| Méthode
traditionnelle |
Méthode
globale |
Objectif = Connaissance technique
Les caractéristiques du publics sont ignorées.
|
Objectif = Développement de l'individu
Ce sont les caractéristiques du public
qui déterminent les objectifs à atteindre |
Prenons un exemple :
Compétence recherchée entrant dans le cadre du éveloppement
psychomoteur global de l'enfant : l'équilibre.
Si l'exercice des coups de pied semble tout indiqué
pour développer cette compétence, ce n'est pas à
travers la réalisation du geste selon ses critères de
réalisation purement technique que l'enseignant doit orienter
les contenus de son cours. Des situations variées et un aménagement
matériel spécifique permettra par exemple, à
l'élève d'évoluer dans un milieu ou le meilleur
moyen de frapper un bouteille en plastique placée sur un banc
avec le dessous des orteils s'appellera certes, Maï Géri
mais sur le plan des intentions éducative obligera l'élève
à gérer ou à développer sa capacité
à maintenir son équilibre sur un pied, avant, pendant
et après une percussion sécurisée (bouteille
en plastique et support en mousse par exemple).
En fait, la recherche d'une seule forme d'équilibre
qui ne sert que les intérêts d'une seule technique,
n'a qu'une portée éducative limitée. Par la
mise en place d'une situation dite "problème",
l'enseignant favorise le tâtonnement, cad une phase d'exploration
ou échecs
et réussites enrichissent l'expérience, et donc le
vécu
de l'enfant (réaliser des actions
plus complexes que celles de la vie quotidienne - Cycle2).
En somme, c'est le tâtonnement qui devient éducatif.
La méthode traditionnelle n'aborde pas cette phase puisqu'elle
impose d'emblée la solution à répéter.
Le Kihon est normalement un outil qui doit servir à fixer (à
répéter) ce qui a été découvert.
En d'autres termes, le Kihon ne devrait être qu'une deuxième
étape entrant dans le cadre des apprentissages techniques par
exemple, de cycle3. Cependant si l'on parle vraiment de cycle EPS,
il ne faut pas oublier qu'un cycle d'enseignement en milieu scolaire
est beaucoup plus cours qu'une saison sportive en club : 10 à
20h dans le meilleur des cas -> Parce qu'il y a tout un panel de
compétences à développer en milieu scolaire,
le karaté n'est pas l'activité la plus appropriée
pour toutes les développer.
En terme d'évaluation, ce n'est pas le respect
des critères de bonne réalisation technique du coup
de pied qui sera noté mais bien "Etre capable de maintenir
un équilibre stable" (la compétence).
La mise en
situation des élèves à travers une progression
d'éducatifs, certes spécifiques au karaté n'aura
servi qu'à participer au développement de cette compétence.
| Le
karaté peut être une discipline d'enseignement en
milieu scolaire. |
* Accéder aux
programmes EPS au primaire (Fichier pdf)
En conclusion, je vous renvois aux
autres articles présents dans ce site, ainsi qu'aux
quelques 21
ateliers pédagogiques
régulièrement mises en ligne et plus particulièrement
aux 3 DVD pédagogie enfants qui proposent justement des
progressions d'enseignement 100% compatibles avec
le milieu scolaire.
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100% Compatible Karaté
scolaire |
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