Didactique et karaté scolaire > Enseigner le karaté au collège
Cet article est une présentation de la stratégie
de formation employée lors du stage de formation continue des
professeurs d'éducation physique et sportive (26 et 27 janvier
2006) dans le cadre du Plan de Formation de l'académie de Limoges.
(25 enseignants d'EPS ont participés à ce stage).
Les enjeux : Développer
une approche didactisée de l'activité en rapport aux programmes
régissant l' EPS au collège.
L'objectif du stage :
Ouvrir le domaine d'activité "COMBAT" à d'autres
APS que le judo (sol et debout) et la BF.
Stratégie de formation
: Réduire au maximum la connaissance technique propre
à l'activité afin de favoriser son exploitation par tous
les enseignants.
Le Thème de formation
: Le Karaté au collège - Construire un cycle d'enseignement.
Il faut savoir avant toute chose que l'EPS en collège
est régit par des programmes mettant en évidence des compétences
à développer et non des contenus à proposer de
type : Séance 1 : faire faire ceci, séance 2 : faire faire
cela... Le choix des activités est inhérent à plusieurs
facteurs (Matériels, humains, financiers...) que cerne le projet
pédagogique d'EPS (Ensemble articulé d'objectifs et de
moyens destinés à les réaliser). D'une façon
générale les activités physiques et sportives (APS),
support de l'EPS, sont regroupées en domaines d'activités
:
Voici un extrait des programmes pour les classes de 6ème
:
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COMPETENCES PROPRES A DIFFERENTS
GROUPES D'ACTIVITES POUR LES CLASSES DE 6ème.
Ce programme présente, selon les appellations habituellement
utilisées en éducation physique et sportive, les compétences
propres à des groupes d'activités. Je ne vous présente
ici que les compétences propres à développer en
rapport au domaine combat, les autres étant simplement nommées
afin de comprendre l'environnement de l'EPS au collège.
- Activités athlétiques...
- Activités aquatiques...
- Activités physiques
artistiques...
- Activités physiques
de combat...
. projeter en contrôlant la chute de l'adversaire
-> Judo
. au sol, amener l'adversaire sur le dos et le
maintenir en choisissant les placements et déplacements
favorables, -> Judo
. utiliser les déplacements de l'adversaire,
pour des attaques directes sur tirades ou poussées de
l'adversaire, -> Judo
. accepter l'affrontement, maîtriser ses
émotions.
Commentaire : en classe de sixième, une attention particulière
peut être accordée au sports de combat de préhension
-> Judo. Dans ce cas, dans un
souci de sécurité, l'expérience de l'affrontement
debout ne peut être envisageable avant que l'élève
ne sache à la fois chuter et faire chuter sans risques.
-> Judo
- Activités d'opposition
duelle : sports de raquettes...
- Activités de coopération
et d'opposition : sports collectifs...
- Activités physiques
de pleine nature...
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Remarque : Depuis
le début des années 80, la fédération Française
de judo a menée une large "campagne" de sensibilisation
et de formation des enseignants (dans les universités et la formation
continue des enseignants d'EPS en poste), au point de réduire
le domaine d'activité COMBAT pratiquement exclusivement au Judo.
Même si les activités de type boxe Française ou
lutte (souvent associée pour ce dernier au judo au sol) existent
ça et là, le judo occupe en grande partie le terrain de
l'EPS. Le Judo à lui seul se substitue donc à tout le
domaine d'activité COMBAT -> Surtout en 6ème (Alors
qu'en sport co par exemple, il y a le Basket, le Hand, le Volley, le
rugby, le football, etc...pour le seul domaine d'activité de
coopération et d'opposition).
Pourquoi une telle "perçée"? Parce
que le judo et surtout le judo au sol tel qu'on le pratique en 6è
et 5è par exemple, ne nécessite pas de compétences
plus techniques que n'importe quelle autre activité pratiquée
en EPS (Les compétences sont avant tout comportementales). En
d'autres termes, l'EPS n'a pas pour objectif de former des techniciens
(comme en club), mais d'exploiter les situations
sportives pour former des élèves en pleine évolution
sur le plan des aptitudes physiques, intellectuelles et affectives (puberté)
: CAD, Extraire les richesses éducatives des APS.
Continuons ce tour d'horizon des programmes EPS au collège
avec les compétences pour lesquelles l'équipe EPS (cf/
Projet pédagogique) peut opter pour les classes de 5è
et 4è (cycle dit "central" et pour le domaine COMBAT
uniquement (les autres domaines étant eux aussi déclinés
en comptences propres) :
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Activités physiques de combat
en 5ème et 4ème :
Varier la forme et les opportunités des
attaques directes.
Enchaîner les attaques selon les réactions
de l’adversaire (esquives simples) : enchaînement
dans la même direction que l’attaque initiale ou dans
une direction complémentaire de l’attaque initiale.
Se préparer au combat : identifier les
points forts et les points faibles de l’adversaire, connaître
et appliquer les règles essentielles d’arbitrage.
Se donner un projet tactique et l’expérimenter
durant le combat.
Commentaire : La pratique des sports de combat doit
permettre à l’élève d’exprimer sa volonté
de vaincre un adversaire dans le respect de l’éthique d’affrontement
en contrôlant ses actions et ses émotions. Par conséquent,
l’enseignant veille à ce que la recherche d’efficacité
soit menée de pair avec la maîtrise (motrice, affective)
des moyens utilisés.
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Remarque : A partir
de la classe de 5ème, on remarque que les programmes ne font
pas explicitement référence à une activité
donnée même si, sur le terrain le judo reste l'activité
phare pour traduire ces compétences puisqu'elles sont supposées
s'appuyer sur une activité abordée au préalable
(Ceci est d'autant plus vrai pour les classes de 5ème).
2ème remarque et non des
moindres, l'acquisition technique n'est pas une compétence exprimée
par les programmes même celle-ci est nécessaire à
l'expression de l'activité (mais dans une moindre mesure ->
La technique ne sert que de support au développement des compétences
prévues par les programmes). Sachant que la durée théorique
d'un cycle EPS en collège ne dépasse pas les 12 heures
d'enseignement effectif, si acquisition technique il doit y avoir, autant
dire que celle-ci est réduite à sa plus simple expression.
Pour terminer : les compétences propres pour les
classes de 3ème :
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Activités physiques de combat
en 3ème
À travers les activités physiques de combat, le professeur
doit valoriser une éthique qui met l’accent sur le
respect des lieux et des personnes.
Elles développent une culture qui privilégie la maîtrise
de soi et fait obstacle aux comportements impulsifs et à
la violence.
Dans une confrontation physique, en même temps qu’il exprime
sa volonté de vaincre, l’élève, par ses comportements,
observe des usages et des règles partagés par tous. L’expérience
du combat contribue ainsi à l’éducation à
la citoyenneté. L’estime mutuelle qu'engendre le défi
physique, l’acceptation du résultat de la confrontation, le développement des capacités d’analyse
et d’adaptation font que les activités de combat
aident à la construction de la personnalité individuelle
et sociale de l’élève.
Durant la scolarité en collège, la pratique des activités
physiques de combat doit permettre d’acquérir les compétences
nécessaires à la mise en œuvre de conduites offensives
construites et contrôlées. À l’issue de son
apprentissage, l’élève doit être capable :
- de s’exprimer dans un combat sans risque
(cf. remarque),
- de connaître, appliquer et exploiter les éléments
techniques indispensables à la réalisation d’actions
organisées dans un projet tactique,
- d’éprouver sa connaissance de l’activité
dans la tenue de différents rôles sociaux (combattant,
arbitre, juge, commissaire…).
Durant la scolarité en collège, la programmation des
activités de ce groupe peut aller dans le sens soit de l’approfondissement
d’une activité, soit de la diversité des
pratiques. Dans ce dernier cas, l’enseignant
peut tenir compte du fait que l’intensité des attaques
et de l'affrontement augmente avec l’éloignement des
combattants. De ce point de vue, les formes de combat dites de préhension
(judo, luttes…) peuvent être considérées
comme une introduction aux formes dites de percussion (divers types
de boxe, française ou autre). Il en est de même des formes
de combat sans arme par rapport aux formes de combat avec arme (pour
celles-ci, on utilisera des protections adaptées) ,
Note perso : A partir de là, on distingue 2 approches de l'activité
:
1- L’activité programmée
en troisième a déjà fait l’objet d’une
durée de pratique au collège au moins égale à 20
heures effectives.
L’enseignement vise essentiellement :
la maîtrise de connaissances diversifiées
grâce auxquelles l'élève adapte ses actions
aux comportements et aux réactions de ses a d v e r s a i
r e s ,
la mise en œuvre et l’adaptation d’un
projet tactique élaboré à partir de l’observation
et de la connaissance qu’acquiert l’élève
de ses possibilités offensives et défensives et de
celles de ses adversaires,
une gestion des ressources que l’élève
mobilise en fonction de la nature de l’opposition et de la
durée du combat ou de l’assaut.
Les compétences acquises dans la variété et
dans l’enchaînement des formes d’attaque permettent
à l’élève de construire son offensive
et de trouver des solutions au problème que lui pose son
adversaire. L’approfondissement des connaissances propres
au combat passe pour l’élève par l’identification
des points forts et des points faibles de son adversaire et une
meilleure définition de son projet d’action.
2- L’activité programmée
en troisième est nouvelle ou a fait l’objet d’un
temps de pratique réduit inférieur à 20 heures
effectives.
Lorsque les élèves effectuent en classe de troisième
leur première expérience dans les activités physiques
de combat, l'accent doit être mis sur :
l’acceptation de la confrontation et l’absence
de risques dans le sens défini précédemment,
c’est-à-dire combattre sans se faire mal et sans faire
mal.
l'acquisition de connaissances techniques par le
développement des compétences spécifiques telles
qu'elles ont été définies dans les programmes
de 6ème, 5ème et 4ème. Celles-ci doivent permettre
à l'élève de développer, dans un premier
temps en situation d'opposition modérée et dans des
situations plus intenses au fur et à mesure des progrès
accomplis, les éléments d'une conduite offensive construite
et réfléchie. L’élève s’initie
progressivement aux aspects tactiques qui font la richesse des activités
de combat en développant sa connaissance des attaques directes
et des actions combinées.
En raison de leur évolution psychologique et des transformations
morphologiques qu’ils subissent, les élèves de
troisième débutant ce type d’activités
peuvent manifester des comportements de nature à freiner leurs
apprentissages (réticence accrue aux contacts physiques, peur
de tomber accentuée…). L’enseignant veillera donc
à utiliser les procédés pédagogiques les
mieux adaptés pour pallier les problèmes affectifs et
moteurs, en particulier les activités comme la canne, l’escrime...
dans lesquelles l’affrontement se fait par l'intermédiaire
d’un engin.
REMARQUE : S’exprimer dans un « combat sans risque
» appelle un commentaire. La notion de
combat est centrale et définit la logique de ce groupement
d’activités physiques. Cependant, pour éviter
à la fois que l’élève ne se fasse mal ou
fasse mal en combattant, il est indispensable que les modalités
et l’intensité des situations d’affrontement qui
lui sont proposées soient déterminées en fonction
de ses connaissances techniques et de sa capacité à
maîtriser ses réactions émotionnelles. L’éventail
des formes d’apprentissage que peut utiliser l’enseignant,
allant de la situation d’opposition simple et formelle à
l’affrontement libre, permet, quelle que soit la spécialité
étudiée, une gradation dans l’engagement physique
et, par conséquent, une adaptation au niveau des pratiquants.
L’acquisition des compétences visées s’effectue
dans le double respect de la sécurité des élèves
et de la nature spécifique de ce groupement d’activités.
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"La notion
de combat est centrale"
...Comme vous le remarquez, les activités dites
de percussion sont pleinement évoquées à partir
de la classe de 3ème. D'une façon plus large, celle-ci
peuvent être mise en oeuvre dès la classe de 4ème.
Mais de quelle manière?
Certainement pas en faisant faire du Kyhon ou du Kata
parce que ceux-ci n'intégrent aucune notion de combat en terme
de vécu (Le kata n'est pas un combat au sens strict du terme
-> Il ne développe aucune compétence d'adaptation
technico tactique par exemple - il n'est qu'un schéma technico
tactique).
En ce qui concerne les assauts conventionnels, ils
abordent bien la notion de combat mais dans une moindre mesure.
De plus, ils imposent une connaissance technique trop importante
pour être
traitée en 12 heures. Même si personnellement, je ne
suis pas partisan de cette démarche, je n'exclue pas l'idée que
certains collègues puissent centrer l'activité autour des assauts
conventionnels
dans le sens où ils ont les compétences
techniques requises. Cependant, la part nécessaire à l'apprentissage
des techniques
permettant l'expression des assauts conventionnels risque bien d'occulter
les enjeux que l'EPS tente de cerner (cad les programmes ci-dessus).
Bref! que nous reste-t-il? L'opposition sportive tout
simplement.
Voici donc un extrait d'un traitement didactique et
pédagogique de l'activité Karaté que j'ai construit
pour animer le stage de formation continue de mes collègues
et qui me sert actuellement de support à la réalisation
de cycles d'enseignement pour mes classes de 4ème et 3ème.
Projet pédagogique
d'EPS simplifié - Activité Karaté

Rq : Les contenus d'enseignement qui ont servi de
support au stage, ont été enlevés du fait qu'ils
sont directement issus des 2 DVD
Exemple de la dernière
séance avant évaluation

Ces documents sont repris sur le site de l'académie
de Limoges. Pour conclure, je tiens à préciser,
qu'à l'heure actuelle (Avril 2006), au moins 5 de mes
collègues ayant participés au stage de formation
continue, ont à leur tour mis en place leur 1er cycle
d'enseignement Karaté au sein de leurs établissements.
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