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Rapport entre savoir enseigné et savoir appris en éducation physique et sportive : Etude de cas en Karaté
LEMME, EA 3042
Université Paul
Sabatier TOULOUSE III
GRIDIFE,
IUFM Midi-Pyrénées
Résumé :
Ce compte-rendu de recherche en didactique des sports de combat prend comme
pratique sociale de référence le karaté et a pour objet l’analyse du rapport
entre le savoir enseigné et le savoir appris dans le contexte scolaire de
l’Education Physique et Sportive (EPS), en lycée professionnel. Il s’avère
en effet que les élèves, confrontés à l’apprentissage du karaté, apprennent
certes des savoirs qui sont enseignés, mais aussi en acquièrent d’autres
dont on trouve la trace, notamment au moment de l’épreuve de combat. Dans
cette optique, la question de recherche porte sur l’utilisation par l’élève
du savoir enseigné et de référer celui qui n’a pas été enseigné.
Afin de trouver des traces
de ce savoir aux multiples états (enseigné et appris), une méthodologie d’ingénierie
didactique a été suivie, en référence aux travaux de M. Artigue (1990), qui
a permis une sélection de certaines variables et un cadre d’observation adéquat.
De plus, l’étude de cas, par son « analyse détaillée et fouillée »
(J.M. Van der Maren, 1996) a été incontournable, le croisement de ces données
assurant la validité de cette recherche.
Mots clefs :
Education Physique et Sportive, karaté, combat, savoir, transposition didactique.
1.1 Problématique et question
de recherche
En EPS, l’apprentissage ne se décrète pas et apprendre
à combattre, particulièrement, soulève d’innombrables difficultés, tant les
déterminants affectifs et/ou psychosociaux peuvent être preignants :
la peur de se blesser ou de blesser l’autre, de perdre la face, la non-violence
prônée par notre société et imposée comme loi au sein de l’école constituent
des obstacles que la recherche peut tenter d’élucider.
Pour autant, combattre s’enseigne au même titre que toute
autre compétence spécifiquement motrice. Le «savoir combattre » est un
savoir spécifique qui se manifeste dans «l’intention stratégique » du
combattant que l’on peut définir dans sa capacité à changer de rôle (passer
du rôle d’attaquant à celui de défenseur et inversement) au cours de l’épreuve
du combat (Terrisse et coll, 1995). Ces auteurs montrent que ce savoir est
enseignable et peut même servir d’approche transversale dans le groupement
des activités de combat encore rarement représenté dans la programmation des
cycles en EPS.
A partir de là, la problématique postule que l’on peut
en trouver des traces chez les élèves. La réflexion sera alors axée sur la
question de recherche suivante : que devient ce savoir entre le moment
où il est enseigné, et celui où il est utilisé dans l’épreuve par l’élève ?
1.2. Objet de recherche
Notre objet de recherche est de rendre compte du
rapport qui peut exister entre le savoir qui a été enseigné aux élèves confrontés
à l’activité karaté en EPS et celui qu’ils ont réellement appris dont ils
peuvent témoigner en combat..
Il concerne ainsi les conditions de transmission des
savoirs par l’enseignant, mais aussi de leur appropriation par l’apprenant, ce dont
rend compte le concept de la transposition didactique, introduit initialement
par Verret (1975) et développé par Chevallard (1985). Pour Brousseau (1975),
la recherche en didactique « n’a pas pour but immédiat de favoriser un
acte d’enseignement, mais au contraire d’en connaître les conditions ».
C’est pourquoi la question des traces est importante, car celles-ci vont nous
renseigner sur ce qu’il reste du savoir enseigné.
Notre thème de recherche a conduit à effectuer une analyse
des travaux récents en sports de combat ne se limitant pas au karaté. Des
résumés des communications présentées aux Journées de Réflexion et de Recherche
sur les Sports de Combat et les Arts Martiaux (JORRESCAM) de 1996, 1998 et
2000, il ressort plusieurs types de travaux (Terrisse, 1996) dont ceux qui
nous intéressent : « la transmission du savoir » qui englobe la
transposition didactique, l’élaboration des contenus d’enseignement et « l’utilisation
du savoir » dont les auteurs étudient les problèmes liés aux conditions
de leur acquisition.
Dans l’ouvrage dirigé par A. Terrisse (2000), on retrouve
une partie importante qui concerne la didactique et la pédagogie des sports
de combat et des arts martiaux. J. P. Sauvegrain y propose une étude clinique
à partir d’un cas d’élève en lutte sur l’intérêt de l’apprentissage de la
défense plutôt que l’attaque. L’auteur précise ainsi que «le rôle de défenseur,
conçu comme une attitude dynamique de recherche du renversement du rapport
de force, est à la portée d’un élève débutant » (Sauvegrain, 2000).
De plus, J.P. Sauvegrain, M.F. Carnus et A. Terrisse
justifient « l’intérêt et l’utilisation de la méthodologie d’ingénierie
didactique dans l’analyse des décisions d’élèves en situation d’opposition,
en Education Physique et Sportive » (Sauvegrain, Carnus, Terrisse, 2002).
L’objet de recherche est l’étude des décisions d’élèves en EPS et la méthodologie
employée offre un cadre permettant de rendre compte du savoir utilisé dans
l’épreuve du combat de lutte. L’observation effectuée montre que ce savoir
est propre à chaque élève, d’où la nécessité de recourir à l’étude clinique
au sein de la méthodologie d’ingénierie didactique.
Enfin, dans sa thèse, D. Loizon (2004) analyse les pratiques
d’enseignement en judo et s’interroge notamment sur les savoirs réellement
transmis par les enseignants en club et en EPS.
Il s’avère que la recherche en didactique des sports de
combat reste inégalement traitée en fonction de l’activité concernée. Elle
est en effet bien avancée dans les sports de combat de préhension de type
judo ou lutte, en bonne voie dans ceux de percussion comme la boxe, mais totalement
naissante en karaté par exemple, ce qui est sans doute dû au fait que cette
pratique est très peu représentée en EPS, car peu de professeurs de la discipline
sont spécialistes de l’activité pour pouvoir l’enseigner.
2. CADRE CONCEPTUEL
C’est l’une des phases de la transposition
didactique que développe J.L Martinand (1989), s’intéressant au passage du
savoir enseigné au savoir appris, qui éclaire notre recherche.
En effet, l’EPS utilise largement cette notion définie
comme «le passage du savoir savant au savoir enseigné » (Chevallard,
1985), mais en l’adaptant à sa spécificité : elle ne possède pas de savoir
savant mais des savoirs d’experts et s’appuie sur des pratiques sociales
et culturelles. J.L. Martinand (1989) introduit la notion de «pratique sociale
de référence » qui permet d’élargir la notion de transposition
didactique utilisée en sciences. On peut ainsi dire qu’en EPS, ce processus
permettra de passer des pratiques sociales de référence à l’enseignement de
ces pratiques par la définition des contenus et des objets d’enseignement.
Dans cette optique, «l’idée qu’introduit la transposition
didactique est que le passage d’un lieu de production sociale et culturelle
du savoir à l’institution scolaire le transforme (…) et va suivre plusieurs
étapes» (A. Terrisse, 2000) :
- « Du savoir de référence au savoir à enseigner » (choix
de l’enseignant en fonction notamment de sa conception de l’activité).
- « Du savoir à enseigner au savoir enseigné » (mise en œuvre
du savoir à travers les contenus d’enseignement).
- « Du savoir enseigné au savoir appris ». C’est à ce niveau
que se situe le point d’ancrage de notre travail, puisque ce passage constitue
l’objet de l’étude présentée ici.
3. METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE
3.1. Cadre méthodologique général : appréhender
la contingence de la classe par une approche systémique
Nous nous appuyons sur une méthodologie d’ingénierie
didactique qui a émergé initialement en didactique des mathématiques. «Il
s’agissait d’étiqueter par ce terme, une forme de travail didactique, celle
comparable au travail de l’ingénieur qui pour réaliser un projet précis, s’appuie
sur les connaissances scientifiques de son domaine » (M. Artigue,
1990).
Cette méthodologie a permis la sélection de certaines
variables et un cadre d’observation adéquat à l’enseignement de l’EPS. Le
recueil des données s’appuie ainsi sur quatre phases (tableau 1) qui
relèvent d’un fonctionnement systémique dans la mesure où elles incluent une
stratégie évolutive de recueil et de traitement des données qui n’envisagent
pas le passage linéaire d’une phase à l’autre :
- Les analyses préalables : elles consistent en l’analyse du karaté
à plusieurs niveaux où sont développées les différentes caractéristiques
de cette activité : historique, sportive, artistique et éducative, qui
en donnent une connaissance approfondie au regard de notre problématique.
- L’analyse a priori : elle permet, en partant du savoir de référence
en karaté de concevoir un cycle d’enseignement. A ce niveau, s’effectue un
travail de transposition didactique pour passer du savoir de référence au
savoir à enseigner. Cela permettra de définir le karaté en tant que pratique
scolaire, ainsi que des prévisions de transformations motrices (comportements
attendus), issues des savoirs stratégiques retenus.
- La mise à l’épreuve est celle du cycle construit précédemment,
donc de la mise en oeuvre du savoir à enseigner. Afin d’en rendre compte,
les séances ont été enregistrées, au nombre de six de deux heures chacune,
au moyen de l’outil vidéo. Cette phase est décrite dans la partie consacrée
au cadre méthodologique de la recherche.
- L’analyse a posteriori : cette dernière phase sert à identifier
le savoir utilisé par l’élève confronté à l’épreuve d’opposition. L’étude
de cas permet d’appréhender la complexité et de rendre compte de la position
singulière de chacun des élèves au regard du savoir enseigné.
| Analyses
préalables |
Analyse
a priori |
Mise
à l’épreuve |
Analyse
a posteriori |
| -
Analyse de l’activité de référence : caractéristiques historique,
sportive, artistique et éducative.
Pourquoi le karaté ?
- Revue bibliographique.
- Option de traitement
didactique de l’activité. |
-
Traitement de l’activité : conception du cycle.
Transformations attendues
des élèves.
- Phase de négociation
avec l’enseignant associé (cf. 3.2.)
- Entretiens préliminaires
élèves.
- Planification.
Projet. |
- Déroulement du cycle :
Six séances de deux
heures.
Observation, enregistrement
et bilan de toutes les séances.
Evaluation du cycle
et du savoir appris :
- Trois situations-test,
dont l’incertitude va croissante (assauts).
- Une épreuve de combat
libre. |
Vérification
de la présence du savoir visé chez les élèves par l’étude de
cas.
Indicateurs utilisés :
- Analyse des résultats
obtenus par chaque élève dans les situations-tests et dans l’épreuve
du combat
-Analyse des verbatims
issus des entretiens élèves de fin de cycle. |
| Savoir
de référence
(SR) |
Savoir à enseigner
(SAE) |
Savoir enseigné
(SE) |
Savoir appris
(SA) |
| |
|
↔
Objet
de la recherche : l’appréciation de
l’écart |
Tableau 1 :
Les quatre phases de la méthodologie d’ingénierie didactique
3.2. La phase de négociation
Professeur d’EPS agrégé,
l’enseignant volontaire pour collaborer à notre travail enseigne depuis onze
ans et est en poste dans le lycée professionnel où est menée l’expérimentation
depuis une année.
Pratiquant le Karaté depuis une
dizaine d’années, la perspective d’avoir à travailler en karaté avec ses élèves
l’a immédiatement séduit, d’autant qu’il avait déjà conduit des cycles de
karaté en EPS.
Afin de ne pas perturber son
rôle
futur, ni altérer l’ensemble du protocole de recherche, le projet lui a été
présenté comme une «option didactique de l’enseignement du karaté, que
je voulais tester en milieu scolaire » (dixit). Il paraissait
primordial de préserver son impartialité pour la suite et notamment pendant la mise à
l’épreuve du cycle. Ayant des conceptions proches, chercheur et enseignant
associé sont tombés d’accord sur l’option du cycle envisagée, à savoir proche
du karaté en tant qu’activité culturellement reconnue (art martial). La négociation
est sans aucun doute une des phases la plus délicate du travail du chercheur
compte tenu de ses enjeux. Il s’agit alors d’anticiper la distance entre les
options du chercheur et celles de l’enseignant ce qui nécessite de prendre
certaines précautions sans pour autant détourner les objectifs de la recherche.
La négociation a surtout permis de déterminer dans un premier temps avec quelle
classe nous allions travailler, une classe de Terminale BEP PRO MOD (métiers
de la mode : couture, confection) constitué d’un petit effectif de neuf
filles motivées par l’activité, puis préciser la trame du cycle et les savoirs
à enseigner.
Seule la séance d’évaluation a
été rediscutée, pour les besoins de la recherche, puisque le collaborateur
envisageait uniquement d’évaluer ce qu’il avait enseigné (et à juste titre,
d’ailleurs), soit rester sur des formes d’assauts conventionnels, alors qu’il
fallait absolument une partie de l’évaluation sur des assauts libres, afin
d’apprécier le savoir dont les élèves pouvaient témoigner en combat, ce qu’il
a d’ailleurs accepté : «cela me va, mais on est peut-être pas obligé
de faire rentrer cette partie dans la note du cycle, ce serait les mettre
en échec… » (Extrait de verbatim).
3.3. Synthèse du savoir enseigné
Le
tableau suivant (tableau 2) propose un récapitulatif des séances, avec le détail pour
chacune des objectifs et des savoirs enseignés.
| Séance |
Objectifs |
Savoir
enseigné |
| 1 |
Découverte
pratique et historique de l’activité
Aborder
les bases du karaté |
Terminologie.
Historique. Code moral
Positions.
Distances. Rôles. |
| 2 |
Apprentissage
du kata
Sensibilisation à la notion de « kime »
Travail de distance
en assaut imposé |
Enchaînements
défense-contre attaque. Respiration. Equilibre
Décalage
/ blocage / contre-attaque |
| 3 |
Perfectionnement
technique Renforcement du travail de distance en assauts imposés sur
deux pas |
Suite
de l’étude du kata
Ajuster sa distance
sur un adversaire en déplacement |
| 4 |
Travail
kata solo et bunkaï (application par 2)
Varier
les armes utilisées (poing ou pied) en assauts sur deux pas |
Adapter
sa distance en attaque et en défense
Adaptation
de la distance suivant l’arme utilisée (poing ou pied) |
| 5 |
Travail
kata solo et bunkaï
Travail
de distance et de rythme en assauts sur trois pas. |
Idem
séance 4
S’adapter
au rythme imposé par l’attaquant. Rester à distance. |
| 6 |
Evaluation
finale |
----- |
Tableau 2 : Tableau synthétique du savoir enseigné
3. 4. Le recours à l’analyse clinique afin d’apprécier
l’écart entre le savoir enseigné et le savoir appris
A. Terrisse a développé la
« nécessité de la clinique en didactique des activités physiques et sportives »
et présenté « l’éventail des réponses du sujet confronté à l’épreuve »
(Terrisse, 2000). Ce dispositif (tableau 3) semble pertinent pour notre étude
de cas parce qu’il interroge à plusieurs niveaux :
- Au niveau de l’élève : de sa capacité à apprendre et utiliser
un savoir enseigné. C’est là tout l’enjeu de la recherche en éducation :
rendre compte de l’utilisation du savoir enseigné par l’élève. En effet, l’élève
confronté à l’épreuve, qu’il réussisse ou qu’il échoue, peut ou non être en
phase avec le savoir enseigné. Le résultat qui se manifeste dans l’épreuve
est donc un indicateur du savoir utilisé par l’élève.
- Au niveau du savoir lui-même, à résoudre la situation et répondre
aux exigences de l’épreuve.
|
Savoir enseigné
Epreuve |
CONTINUITE
(C) |
RUPTURE
(R) |
ADEQUATION
(A) |
CA
SA↔SE
Réussite dans l’épreuve |
RA
SA ≠ SE
Réussite dans l’épreuve |
| INADEQUATION
(I) |
CI
SA↔ SE
Echec dans l’épreuve |
RI
SA ≠ SE
Echec dans l’épreuve |
Tableau 3 : « L’éventail
des réponses » (ibid.)
Selon Lalande (1991), en effet, le mot clinique « s’oppose
à la nécessité ». Etymologiquement, la clinique vient du grec « klinikos »
qui concerne ce qui se fait au chevet du malade. Dans cette acception, la
clinique va alors concerner ce qui est accidentel, éventuel, fortuit ou encore
contingent. Pour Lalande (ibid.) « est contingente toute coïncidence
qui n’est ni constante ni même générale ».
Comme le souligne A. Terrisse «la recherche clinique sert à interroger le rapport singulier qu’entretiennent
les sportifs à l’activité qu’ils ont choisie de pratiquer pour en rendre compte.
En effet, face à l’épreuve du combat, chacun d’eux a élaboré pour y faire
face un savoir, qui s’actualise dans une pratique et répond à la contingence
fondamentale de l’épreuve, dont l’incertitude du gain est un des aspects les
plus évidents. Il ne peut être élaboré qu’à partir d’une prise en compte du
cas par cas, ce qui caractérise la clinique du singulier, celle de la position
subjective de chacun » (Terrisse, 1998).
Ces
précisions faites, il s’avère que l’éventail des réponses (tableau 3) permet
d’identifier ce rapport, au « cas par cas » (ibid.) : continuité
et rupture renvoient au savoir que manifeste le sujet tandis qu’adéquation
et inadéquation se réfèrent au sujet confronté à l’épreuve (du combat). Dans
cette optique, un sujet « CA » manifeste un savoir en continuité
avec le savoir enseigné (ce qui a été enseigné est appris) et comme il réussit
dans l’épreuve, on peut dire qu’il y est en adéquation. De la même manière,
si le savoir que manifeste le sujet n’est pas en continuité avec le savoir
enseigné, on peut dire que ce qui a été appris n’a pas été enseigné. Autrement
dit, le sujet est en rupture avec le savoir enseigné et en « RI »,
il échoue en combat, d’où son inadéquation avec l’épreuve.
L’axe CA / RI est
celui de la loi générale car on considère comme logique qu’un sujet qui manifeste
un savoir en continuité avec le savoir enseigné apprenne et réussisse dans
l’épreuve. De même, si le savoir que manifeste le sujet est en rupture avec
le savoir enseigné, le sujet n’a pas appris (ou autre chose que ce qu’on lui
a enseigné) et échoue dans l’épreuve spécifique du combat qui nécessite en
effet de la part de l’élève une adaptation aux stratégies mises en place par
l’adversaire. L’utilisation « stricte » du savoir enseigné
n’est donc pas forcément un gage de gain du combat.
L’axe CI / RA, par contre,
est celui de la «contingence », car il interroge sur la validité du savoir
au regard de l’épreuve. En effet, un sujet « CI » manifeste un savoir
en continuité avec le savoir enseigné (ce qui a été enseigné est appris) mais
il échoue dans l’épreuve. Un sujet « RA » est en rupture avec le
savoir enseigné (il n’a pas appris ce qu’on voulait lui enseigner) mais réussit
dans l’épreuve donc est en adéquation avec celle-ci.
L’étude clinique a donc permis
dans ce travail de recherche d’appréhender les comportements et les discours
des élèves. Les résultats qu’ils ont obtenus dans les situations tests,
dans l’épreuve de combat libre et les entretiens de fin de cycle vont être
maintenant présentés.
4. MODALITES DE RECUEIL DES DONNEES ET RESULTATS
4.1. Description des situations
d’assaut
La mise à l’épreuve du savoir à enseigner se compose
de trois situations-test et une épreuve dont le principe organisateur est
l’augmentation progressive de l’incertitude. On s’attache alors à l’analyse
des facteurs imprévisibles en combat, liés à la présence de l’adversaire.
Les sports de combat sont des sports dits « duels » dans le sens
où il est impossible de pratiquer tout seul. Comme le soulignent Y. Kerlirzin
«chaque combat se singularise par l’aménagement de cette dualité en organisant
sa logique de l’affrontement » (Y. Kerlirzin et G. Fouquet, 1996). Dans
cette optique, les variables de l’action conditionnant l’affrontement par
percussion en karaté sont :
- La distance : elle est constamment changeante, puisque dépendante
à la fois des déplacements de l’attaquant et de ceux du défenseur.
- La cible visée : les zones de touches autorisées sont infinies
puisque non restreintes en karaté du fait du principe de contrôle des
touches.
- L’arme utilisée : l’attaquant a à sa disposition une multitude
de techniques d’attaques possibles, que ce soit avec les pieds ou avec
les
poings.
- Le rythme imposé dans l’enchaînement éventuel des attaques.
On pourra donc considérer que ces facteurs vont constituer
des variables sur lesquelles on va pouvoir agir pour simplifier ou complexifier
la situation d’assaut. Nous avons procédé à la manipulation de celles-ci
de la manière suivante :
- Situation d’incertitude de niveau
1 : assaut sur un pas, arme et cible connues.
- Situation d’incertitude de
niveau 2 : assaut sur un pas, arme seule connue.
- Situation d’incertitude de
niveau 3 : assaut sur un pas, arme et cibles inconnues.
Dans
ces trois situations dont la complexité va croissante, seul le défenseur marque
des points, attribués de la manière suivante :
· Un point
lorsqu’il est touché par l’attaquant.
· Deux points
lorsque le défenseur esquive, mais n’est pas en mesure de contre-attaquer
(pas à distance ou blocage inefficace).
· Trois points
lorsque le défenseur se décale, bloque et contre-attaque. C’est le comportement
attendu dans la mesure où il y a là, utilisation d’un savoir stratégique puisque
le défenseur renverse le rapport de force en devenant attaquant, selon la
définition donnée par Terrisse et coll (1995).
Chaque assaut (A1, A2, A3) est constitué d’une attaque.
Au niveau 1 d’incertitude, l’élève subit successivement trois assauts, un
à chaque niveau (haut, milieu et bas). Au niveau 2 d’incertitude, comme l’arme
est connue à l’avance du défenseur, l’attaquant a trois alternatives de cibles.
Au niveau 3 d’incertitude, l’arme utilisée par l’attaquant ainsi que la cible
visée sont inconnues du défenseur, ce qui rend la situation complexe. A tous
les niveaux, l’attaquant joue donc un rôle, ce qui implique que le score obtenu
par le défenseur (de un à trois points) ne tient pas compte de l’adversité.
Le tableau 4 propose un récapitulatif des résultats obtenus par les quatre
élèves retenues pour leur assiduité dans le cycle.
| Situations
ELEVE |
INCERTITUDE
NIVEAU 1 |
INCERTITUDE
NIVEAU 2 |
INCERTITUDE
NIVEAU 3 |
SCORE PERSONNEL |
| Assauts |
A1
A2 A3 |
A1
A2 A3 |
A1
A2 A3 |
(A1 + A2 + A3) X 3 |
| EVE |
1
2 3 |
3
3 3 |
3
3 3 |
24 |
| MARIELLE |
2
3 2 |
2
2 2 |
3
3 2 |
21 |
| INGRID |
2
1 3 |
1
2 2 |
3
1 3 |
18 |
| FANNY |
2
1 2 |
3
1 1 |
3
3 2 |
18 |
Tableau 4 : Résultats individuels du test
4.2. Description et résultats
de l’épreuve : le combat libre
L’épreuve est le combat
libre. L’arme, la cible ainsi que la distance et le rythme sont aléatoires
pour chacun des combattants.
L’incertitude est ici maximale
puisqu’elle prend en compte à la fois les dimensions spatiales (distance et
cible), événementielles (arme) et temporelles (rythme). Par contre, ce n’est
pas la compétition puisque le combat n’est pas codifié comme tel : il
ne se déroule pas sur une aire donnée, n’est pas limité dans le temps et les
techniques de touches employées ne sont pas limitées, pourvu qu’elles soient
contrôlées par l’attaquant.
Afin de situer chaque élève dans
un niveau (tableau 5), nous nous sommes inspirés du travail réalisé en boxe
française par J.M. Montussac (1993) :
| Niveau
d’opposition |
Type
d’opposition |
Tendance
observable |
| 1
« MARIELLE » |
Opposition
subie
Fuite
Opposant défensif
dominé |
DEFENSIVE
Déplacement
arrière
Garde fermée
Peu de coups
donnés |
| 2
« FANNY » |
Opposition
acceptée
Attentisme passif
Opposant défensif |
Logique
de protection |
| 3
« INGRID » |
Opposition
provoquée
Attentisme actif
Opposant défensif
- offensif |
OFFENSIVE
Déplacement
surtout avant garde basse, ouverte |
| 4
« EVE » |
Opposition
d’opportunité
Provocation
Opposant offensif |
Donne
beaucoup de coups
Absence de véritable
stratégie |
| 5 |
Opposition
interactive
Combinaison-réaction
Opposant offensif-défensif |
NEUTRE
Garde haute,
éloignée
Déplacements
variés |
| 6 |
Opposition
exploitée
Opposant offensif
dominant |
Alterne,
tourne.
Met en place
des stratégies de touche. |
Tableau 5 :
Niveaux d’opposition atteints par chaque élève en combat libre
Si
l’on envisage ces résultats dans leur globalité, soit au niveau du groupe-test,
on peut en conclure que :
· Les résultats sont très divers d’une élève à l’autre (les scores
vont de cinq pour Fanny en incertitude niveau 1 à neuf pour Eve en situation
d’incertitude niveau 3).
· Les meilleurs résultats sont toujours obtenus dans l’assaut
à incertitude de niveau 3, soit la situation la plus complexe. Aucune élève
ne descend en dessous de sept (Ingrid 3+3+1).
· Toutes les élèves augmentent leur score entre la situation
d’incertitude niveau 1 et celle de niveau 3.
- Deux élèves progressent de trois points (Eve et Fanny).
- Deux élèves progressent
d’un point (Marielle et Ingrid).
· A part Eve, toutes les autres sont en difficulté dans la situation
intermédiaire (incertitude de niveau 2), où leurs scores sont inférieurs
aux deux autres situations.
· Sachant qu’on peut considérer qu’il n’y a utilisation d’un
savoir stratégique car changement de rôle qu’à trois points (seul cas où l’on
peut observer une contre-attaque), sur neuf assauts pour chacune :
- Une élève la manifeste sept fois sur neuf (Eve).
- Les autres la manifeste trois fois.
Il s’avère donc que trois
élèves sur quatre ne changent de rôles que dans le tiers des assauts qu’elles
ont à gérer. Une seule parvient à le faire de manière quasi-systématique,
Eve. C’est aussi elle qui fait état du meilleur niveau en combat libre, puisqu’elle
est la seule à atteindre le niveau 4 (cf. tableau 5). C’est pourquoi son
cas sera détaillé, et, puisqu’il appartient à la « loi générale »,
on en prendra un autre (Ingrid) qui lui se situe dans la « contingence ».
4.3. Résultats de l’étude sur
deux cas d’élèves : Eve et Ingrid
4.3.1. Description des résultats
d’Eve (CA)
|
Situations
ELEVE |
INCERTITUDE NIVEAU 1 |
INCERTITUDE NIVEAU 2 |
INCERTITUDE NIVEAU 3 |
NIVEAU D’OPPOSITION |
| Assauts |
A1
A2 A3 |
A1
A2 A3 |
A1
A2 A3 |
|
| EVE |
1
2 3 |
3
3 3 |
3
3 3 |
4 |
Tableau 6 : Tableau récapitulatif des résultats d’Eve
Dans les différentes situations
proposées (tableau 6), Eve manifeste une importante progression dans les assauts
libres (incertitude totale) par rapport aux assauts conventionnels (incertitude
croissante). En combat libre, elle est la seule à atteindre un niveau 4 et
peut être classée dans un «type d’opposition d’opportunité » à tendance
offensive (cf. tableau 5).
Ces résultats montrent qu’Eve est plus performante dans les situations
avec incertitude que dans les situations sans incertitude : elle réussit
mieux dans ces dernières, atteignant 100 % de réussite. On peut en déduire qu’Eve réussit beaucoup mieux en combat qu’en
application de techniques.
4.3.2. Interprétation des résultats
d’Eve
Le savoir enseigné était
axé sur des savoirs stratégico-techniques, dans la mesure où les élèves ont
eu à apprendre des techniques d’attaques pieds-poings, des blocages et des
déplacements mais aussi leurs applications dans des situations d’assauts
à deux. Dans cette optique, on peut résumer le profil d’Eve comme une élève
qui a plus particulièrement bien intégré le versant stratégique : elle
change de rôle 7 fois sur 9. Il s’agit maintenant de savoir d’où vient
le savoir qu’elle manifeste.
Si l’on se réfère à son entretien
après cycle, elle dit elle-même «avoir eu du mal à se souvenir du kata
et faire les mouvements dans le vide ». Par contre, le travail à deux
l’amusait beaucoup et «dans le combat cela venait tout seul, je le
faisais sans réfléchir».
Il semblerait ainsi que les
savoirs qu’Eve mobilise dans l’épreuve sont appris puisqu’elle dit : «j’essayais
de faire ce qu’on m’avait appris, un blocage, une attaque…et être à distance ».
Considérant que le savoir appris
est conforme au savoir enseigné (continuité), ses résultats attestent qu’Eve
est en adéquation par rapport à l’épreuve.
Dans l’éventail des réponses détaillé
précédemment, Eve peut donc être placée de la manière suivante :
|
Savoir enseigné
Epreuve |
CONTINUITE |
RUPTURE |
| ADEQUATION |
CA :EVE |
RA |
| INADEQUATION |
CI |
RI |
Tableau 7 :
Résultat de l’étude du cas Eve dans l’éventail des réponses
Au regard de ses résultats,
et ses entretiens le confirment, le savoir que manifeste Eve est directement
issu du savoir enseigné, autrement dit en continuité avec ce dernier. Sa réussite
dans l’épreuve marque son adéquation, ce qui fait dire en conclusion de l’étude
de ce cas que savoir enseigné et savoir appris ont un rapport de continuité.
4.3.3. Description des résultats
d’Ingrid (RA)
|
Situations
ELEVE |
INCERTITUDE
NIVEAU 1 |
INCERTITUDE
NIVEAU 2 |
INCERTITUDE
NIVEAU 3 |
NIVEAU D’OPPOSITION |
| Assauts |
A1
A2 A3 |
A1
A2 A3 |
A1
A2 A3 |
|
|
INGRID |
2
1 3 |
1
2 2 |
3
1 3 |
3 |
Tableau 8 : Tableau récapitulatif des résultats d’Ingrid
Ingrid n’obtient que rarement
trois points dans les situations tests et son total de points dans les situations
avec incertitude (niveau 2 + 3 = 12) est très inférieur à celui d’Eve (18).
Elle manifeste un changement de rôle trois fois sur neuf, soit dans un
tiers des cas seulement.
Dans l’épreuve, par contre, Ingrid
atteint un niveau 3 en combat libre (tableau 5), qui correspond à une tendance
offensive, et un type d’opposition «provoquée », un «attentisme actif ».
Ingrid peut donc être définie comme «opposant défensif-offensif ».
4.3.4. Interprétation des résultats
d’Ingrid
Les résultats d’Ingrid montrent qu’elle se rapproche du profil
d’Eve, bien que cette dernière soit plus efficace en combat. Ses résultats
en combat libre témoignent de son adéquation à l’épreuve, par contre ses résultats
dans le test ne sont pas performants. Elle ne change pas systématiquement
de rôle, ne manifestant pas par là un savoir stratégique. L’examen vidéo de
sa production lors du test est très intéressant : Ingrid, à plusieurs
reprises, s’arrête après avoir paré l’attaque, car elle utilise un blocage
qui n’a pas été enseigné au cours du cycle. Elle a l’impression qu’elle ne
fait pas, ou pas correctement, ce qu’on lui demande. Elle dira d’ailleurs
après coup « j’avais l’impression de mal faire, c’est venu comme
ça, j’ai pas réfléchi, je crois ».
Cela explique la différence entre
sa performance au test et celle dans l’épreuve. On ne peut pas de ce fait
dire qu’Ingrid utilise un savoir appris au cours du cycle. Si elle l’utilise
en combat, elle n’en a pas conscience et fonctionne sur un registre de ressources
«adaptatives » : Ingrid est comme nous l’a confirmé son professeur
un «profil type instinctif ».
En tout état de cause, l’examen
de ce cas met bien en évidence un rapport particulier entre le savoir enseigné
et le savoir appris : Ingrid a appris, mais adapte ce savoir au contexte
auquel elle est confrontée.
Comme nous l’avons fait pour
le cas d’Eve, nous allons maintenant pouvoir placer Ingrid dans le tableau
de
l’éventail des réponses :
|
Savoir enseigné
Epreuve |
CONTINUITE |
RUPTURE |
| ADEQUATION |
CA |
RA : INGRID |
| INADEQUATION |
CI |
RI |
Tableau 9 : Résultat de l’étude de cas d’Ingrid dans l’éventail de réponses.
Contrairement au cas Eve,
on est dans la contingence car le savoir qu’utilise Ingrid est en rupture
avec le savoir enseigné. En effet, en situation d’assaut, elle a été capable
« d’inventer » un blocage, qui n’a pas donc pas été enseigné mais
qui répond à l’exigence de la situation (ne pas être touché par l’attaque
adverse). Elle réussit dans l’épreuve, ce qui marque son adéquation à celle-ci.
On peut dire qu’Ingrid est dans une contingence « par » l’épreuve
dans la mesure où il semble qu’elle apprenne de l’épreuve elle-même. Elle
procède donc à une adaptation du savoir à utiliser dans l’épreuve par rapport
au savoir enseigné.
En conclusion de l’étude de ce
cas, il s’avère que le rapport entre le savoir enseigné et le savoir appris
est discontinu car le savoir appris n’a pas été enseigné.
5. CONCLUSION
Au terme de ce travail, il apparaît qu’il n’y a pas
qu’un seul écart entre le savoir enseigné et le savoir appris, mais plusieurs,
autant que de cas d’élèves, ce qui justifie le recours à l’étude clinique.
Le rapport entre le savoir enseigné et le savoir appris
n’est pas linéaire. On peut assister à l’émergence d’un rapport plus complexe
entre eux qu’il ne l’était envisagé de prime abord : le savoir utilisé
dans l’épreuve présente plusieurs facettes. Il peut en effet découler d’un
acte d’enseignement mais être aussi appris au cours même de l’épreuve, par
l’épreuve ou encore être issu d’un savoir déjà-là exploité au cours de l’épreuve.
Autrement dit, si le savoir utilisé est synonyme de savoir appris, ce dernier
n’a pas toujours été enseigné. En effet, le critère pour vérifier qu’un savoir
est appris est de vérifier son émergence dans une situation différente de
celles d’apprentissage. Dans notre cas, pour apprécier dans quelle mesure
le savoir enseigné a été appris, nous nous sommes attachés à la capacité de
l’élève à utiliser le SE lors de l’épreuve de combat et non pas en assaut,
soit en situation d’apprentissage. C’est donc la nature même de l’épreuve
qui rend inefficace le savoir enseigné, dans le sens où il ne suffit parfois
plus à répondre à la contingence de l’épreuve. C’est cette dernière qui suscite
l’émergence du savoir utilisé.
A partir de notre étude locale et contextualisée, trois
formes de rapports entre savoirs enseigné et appris peuvent ainsi être mis
en évidence :
1) l’élève peut en premier lieu utiliser le savoir enseigné.
Dans ce cas, savoir enseigné (SE), savoir utilisé (SU) et savoir appris (SA)
se confondent. Le rapport entre savoir enseigné et savoir appris se définit
alors en terme d’inclusion (cf. tableau 10)
2) L’élève utilise un savoir qui a été en partie enseigné.
C’est le cas quand par exemple Eve utilise en priorité des aspects stratégiques
en combat, en terme d’adaptation à l’adversaire, au détriment d’autres aspects
plus techniques (reproduction de formes, d’enchaînements pas adaptées au contexte).
Dans ce cas, savoir enseigné et savoir appris sont en relation et le savoir
utilisé est là un indicateur précieux de celle-ci.
3) En dernier lieu, l’élève utilise un savoir qui n’a
pas été enseigné. Dans ce cas là, dans l’épreuve d’opposition, il « invente »
une solution d’attaque ou de défense, qui lui permet de concrétiser son projet
stratégique. Il y a séparation entre le savoir enseigné et savoir appris.
| |
1 |
2 |
3 |
| FORMES
D’UTILISATION DU SAVOIR PAR L’ELEVE |
|
|
|
| RAPPORT |
Inclusion |
Intersection |
Exclusion |
Tableau 10 :
Tableau de synthèse des rapports entre savoir enseigné et savoir
appris.
Au final, plusieurs formes
de rapports ont donc pu être identifiées (tableau 9), ce qui fait d’ailleurs
la richesse de l’enseignement et le fait qu’il ne peut se répéter à l’identique,
même si le contexte paraît similaire…
Il apparaît que le savoir utilisé par l’élève introduit une
nouvelle problématique dans la mesure où il permet d’établir la nature du
rapport qu’il y a entre le savoir enseigné et le savoir appris. C’est par
son intermédiaire que les traces du savoir que manifeste le sujet émergent.
Dans cette optique, on peut faire l’hypothèse que ce concept va servir la
recherche en didactique de par son utilité dans toute étude qui voudra rendre
compte des relations entre savoir enseigné et savoir appris.
Nous sommes néanmoins conscients des vides (kara…en japonais)
que nous laissons, des points à approfondir, des questions restées en suspens ;
autrement dit, des pistes qui nous restent à explorer…
Nos travaux actuels se concentrent sur l’enseignant, par l’analyse
de l’écart entre le savoir à enseigner (négocié) et celui réellement enseigné.
A partir de la définition du «savoir combattre », qui se manifeste dans
le changement de rôles au cours de l’opposition, l’enseignement en karaté
se base sur la mise en situation d’assauts où les rôles d’attaquant et de
défenseur sont justement très différenciés. L’option de recherche est alors
que l’augmentation progressive de l’incertitude dans l’opposition permet à
l’élève d’acquérir une réelle « compétence d’opposant » (M. Récopé,
1996), un savoir « utile » dans l’épreuve du combat. En d’autres
termes, à partir de cette option orientée vers « la gestion du
risque en sport de combat, par le moyen de l’organisation de l’incertitude
dans l’opposition » (F. Heuser, D. Chaminade, 2003), nous faisons l’hypothèse
que ce savoir est un savoir utile qui s’oppose catégoriquement à celui habituellement
enseigné en club, dans le cadre de la progression fédérale, dans la mesure
où l’enseignement en karaté ne se fait que très rarement par une entrée en
combat.
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