Lettre ouverte des handikaratékas
Mais que cherchent donc ces individus qui côtoient vos dojos, armés de leurs chaises ou de leurs béquilles ? Après quoi courent-ils ces déchirés de la vie pour venir encore et encore lutter, se mettre en opposition contre quoi ? contre qui ?
Qu’a donc à prouver ce handikaratéka en déchirant l ’air de ses coups de poing ?
Indéfinissable envie que celle d’une personne qui a déjà tant perdu dans des combats et qui revient encore livrer bataille.
En jetant toute son énergie dans ses étranges kihons, il ne cherche ni la gloire ni l’assurance en lui. Il ne pense qu’à donner à son corps une opportunité de bouger et d’y prendre du plaisir. Il tente de renouer avec cette relation spontanée alors que ses membres ou ses organes ne sont que des rappels d’infirmité ou d’une maladie qui le ronge. Il nourrit son esprit de combat contre des valides, lui qui est moins que n ’importe quel être qui se tient debout.
Il vous affronte avec rage et envie, l’envie de se dépasser comme vous … mais l’envie de le faire avec vous.
Aujourd’hui, tous ces handikaratékas vous demandent de respecter leur combat et leurs divergences en considérant que votre pratique du karaté est la même que la leur.
Nous ne voulons pas de compétitions ou de stage à part, pas de règlement ou de ceintures différentes. Nous voulons être en "chiken" avec vous, jugés comme vous, en effectuant les mêmes mouvements que vous. Notre différence, la vie nous offre à chaque instant l ’opportunité de la mesurer.
Donnons donc aujourd’hui cette chance à notre sport d’être véritablement « autre ». Montrons que le karaté c’est aussi une façon d’appréhender ses relations à autrui, ses défis,... de concevoir la vie.
Faites que les personnes handicapées ne soient pas des karatékas à part… mais des karatékas à part entière.
Frank Dubois











