Chroniques d'un passage de l'examen du 1er Dan FFKaraté
"Décembre 2008"
Voilà un petit compte rendu de mon passage 1er dan FFKDA. Pseudo : Passe-Lacet. Source : http://www.infokarate.com/phpBB/presentez-vous/mieux-vaut-tard-que-jamais-t527.html
Je l'ai fais volontairement assez complet, parlant de mes doutes, décrivant l'évolution de mes émotions, afin de donner une idée de ce qu'est un passage de grade officiel à ceux qui n'ont pas encore eu la chance de tenter l'expérience.
Le dimanche 7 décembre 2008 était le jour tant attendu de mon examen de passage du 1er dan de karaté FFKDA.
J’aurai bientôt 48 ans. Ma catégorie d’age, les plus de 40 ans, devaient être présent pour 11 heures le matin. Heure parfaite !
Les 18 à 40 ans devaient se présenter à 10 heures. Un camarade mon club présentait également les 3 derniers UV de son shodan dans cette catégorie d’age.
Les 14 à 18 ans, eux, étaient là depuis 8 heures 30 du matin.
Afin de ne pas chercher au dernier moment, cause de stress supplémentaire inutile, j’avais repéré les lieux dans la semaine et m’étais même payé le luxe de monter, au dessus du gymnase, dans le dojo où devait se dérouler l’épreuve. Zut, il y a des miroirs sur tout un pan de mur : si je fais une bêtise lorsque je tourne le dos au jury, ils la verront quand même !!! En revanche, nous sommes en « territoire » shito-ryu, mon école, et le portrait de maître Mabuni trône au mur. Bon présage !
Lever vers les 7 heures, tranquillement, après une nuit aussi bonne que possible en ces circonstances. Un bon petit déjeuner. Ouverture des volets afin de constater que la météo ne s’était pas trompée : nous aurons un beau soleil, aujourd’hui. Le soleil d’Austerlitz ?
Départ vers 9 heures 30. La salle n’est qu’à 20 minutes de chez moi, lorsqu’il n’y a pas de circulation, ce qui est évidemment le cas ce dimanche matin. J’allume l’autoradio en souhaitant trouver de la musique qui réveille, qui donne la gniack. Banco : la BO de Rocky 3, l’œil du tigre. Ah, je la sens bien cette journée !!!
Arrivée à la salle vers les 10 heures. Difficile de se garer, des voitures dans tous les sens, mais je déniche néanmoins une place pas trop éloignée. Dans le gymnase, je suis surpris de trouver mon camarade de club, en kimono, assis tranquillement sur un gradin alors que je l’imaginais avoir commencé l’épreuve. L’organisation a du retard. Nous bavardons tranquillement. Il me semble tendu, on le serait à moins, et peu pressé de commencer à s’échauffer.
Vers 10 heures 30, le responsable des grades de la ligue descend dans le gymnase et appelle le groupe convoqué pour 10 heures. Il est sympathique, tout sourire et cherche visiblement à mettre à l’aise les candidats. Il fait une petite allocution afin d’expliquer les divers changements du nouveau règlement de passage de grade qui vient à peine d’être instauré, répond à quelques questions, puis, se retire.
A ce moment là, alors qu’initialement, je venais à l’examen avec la ferme volonté de me donner à fond et de faire de mon mieux mais sans grand espoir d’obtenir plus de deux ou peut-être trois UV sur les six, je commence à me dire que si la suite est aussi décontractée et agréable que maintenant, je ne serais pas stressé et aurais peut-être la possibilité de faire bien mieux qu’espéré ! Petite visite au bureau pour me faire enregistrer et déposer mon passeport sportif.
Une bonne demi heure plus tard, l’homme en blazer aux armes de la fédé revient et appelle le groupe de 10 heures dont fait parti mon camarade. Allez : courage et bonne chance !!!
Ne restent dans le gymnase que les « vieux » de mon groupe. Ils sont déjà tous en tenue, à s’échauffer sur le terrain de basket et à réviser frénétiquement comme s’il était encore possible, à ce stade, d’améliorer par miracle son niveau ! Bof, je suis toujours en civil, le seul, pas pressé du tout de m’habiller. Aller, il faut bien y aller. Je suis là pour çà, non ? Petit tour aux vestiaires et entrée sur le terrain de basket. Là, j’y suis vraiment !
Je commence à m’échauffer tranquillement. Il faut gérer son capital énergie : si je commence à donner comme un bourrin, maintenant, serais-je en état de faire de mon mieux lorsqu’il le faudra ?
Nous sommes une petite demi douzaine d’hommes plus deux femmes. A ce groupe de karatéka, il faut rajouter deux pratiquants de pankido en vestes noires, ceintures rouges et deux pratiquants, dont une jeune femme, de shindokai, en vestes rouges et ceintures marrons.
Petite prise de contact avec les camarades de mon groupe. Je suis ébahis d’entendre des questions comme : «dans le kihon ippon kumite, dans quel ordre se font les attaques ? ». C’est bien le moment de s’en inquiéter !!!
J’avise un gars qui semble jeune, pêchu et en bonne condition physique. Il n’a que 41 ans et s’appelle Christophe. C’est un shito-ryu comme moi. Nous commençons à travailler ensemble nos bunkai et notre kihon ippon kumite. Il connaît son programme et envoie de bonnes techniques, bien propres. Je lui propose que nous essayions d’être ensemble pour l’examen et il accepte de suite : surtout, ne pas passer avec un gars qui enverrait des coups de pieds tordus, qui se tromperait dans l’ordre des attaques au kihon ippon kumite, qui m’attaquerait mollement, m’obligeant à répondre sur le même ton, ou encore sur quelqu’un qui serait trop âgé ou d’allure fragile et à qui j’aurais peur de faire mal sur un blocage un peu appuyé, donnant à l’ensemble de notre prestation une allure terne qui nous pénaliserait. Non ! Il me faut un costaud énergique. Je le tiens et ne le lâche plus !
Il doit être prêt de midi et nous sommes toujours, oubliés de tous, sur notre terrain de basket. J’en ai raz le bol : je suis impatient d’y aller !!! Je sens la ceinture à ma portée et je veux l’avoir !!!
Ca y est, le responsable revient, nous réuni et nous tient le même discours qu’au groupe des « jeunes » avant nous : « nous sommes là pour évaluer votre niveau, pas pour vous saquer, vous n’avez pas à être stressés ou tendus, tout se passera bien. Si, en raison de la tension nerveuse, vous vous trompiez dans un kata, vous pourrez le recommencer. Ce n’est pas grave et vous ne serez pas pénalisés pour çà. Voilà ce qui a changé dans le règlement…etc., etc.…. ». Il est souriant, il plaisante. C’est génial et totalement différent de certains passages de grades ancienne formule, qui m’avaient été décrits, et où les « blazers » étaient distants, impénétrables et impressionnants de supériorité. Ici, nous avons affaire à des hommes, des karatéka, qui semblent se souvenir que eux aussi, un jour, on été à la place qui est la notre et sont bien placés pour savoir ce que nous endurons !
Enfin !!!! On nous rassemble une deuxième fois et cette fois-ci, nous sommes invités à prendre nos sacs et à monter au dojo, à l’étage. Il doit bien être 12 heures 30 ou 13 heures. Je ne sais plus vraiment ! A ma grande surprise, mon camarade de club est en train de passer une épreuve. Le groupe précédent n’a donc pas encore fini ? Que de retard ! La tension monte. C’est LE moment le plus important dans une vie de karatéka, les instants qui resteront gravés à jamais dans nos mémoires : le passage de la première ceinture noire !
Un responsable en blazer nous explique encore quelques détails et nous indique, par ordre alphabétique, avec quel partenaire nous passerons. Ah, non, alors !!! Je ne suis pas avec Christophe, mon partenaire d’entraînement !!! Nous nous concertons rapidement et allons parler au responsable qui ne voit aucune objection à ce que nous passions ensemble. C’est sympa et cette attitude humaine contribue à nous mettre en confiance. Quelques professeurs sont présents, assis sur des chaises, afin de soutenir moralement leurs élèves. Le notre, à notre demande, n’était pas venu afin de ne pas augmenter notre stress. Hormis ces quelques professeurs et les officiels, l’épreuve se déroulera à huis clos.
Ca y est, mon nom commençant par la lettre « a », mon partenaire et moi sommes appelés à passer en premier. Excellent ! Je monte sur le tapis. Salut vers le portrait de maître Mabuni. Je suis tendu mais en même temps très confiant, maintenant.
Sur les tapis, trois tables. Derrière chacune d’elle, trois juges. Assis. Nous avons six épreuves, six UV, à passer : kihon, kihon ippon kumite, kata, kata bunkai, jiyu ippon kumite et ju kumite.
Nous nous présentons devant la première table pour le kihon. N’oublie pas de saluer les juges, m’avait dit et répété mon professeur ! On nous positionne cote à cote, espacés de deux mètres et de profil par rapport à la table. En décalé l’un par rapport à l’autre. Un juge est à coté de nous et nous indique les premières techniques à effectuer. Il prend le temps. Répète et s’assure que nous ayons bien compris : « sur trois pas, ayumi ashi, zen kutsu, oi zuki, gyaku zuki ». Je suis surpris car dans le règlement, il est précisé que les premières séries du kihon ne doivent comporter qu’une seule technique afin de laisser s’habituer le candidat. Pas grave. C’est du grand classique et nous y allons. Un commandement, un pas. Le rythme est lent et nous permet de ne pas nous essouffler. Il est vrai que nous sommes dans le groupe des « vieux » ! On nous ménage !
Vieux ou pas, j’y vais à fond. C’est le moment de tout donner. Ca part vite, çà tape ! Kiai sur la dernière technique : j’ai du faire sursauter les professeurs qui papotaient tranquillement sur leurs chaises !
« Hiki ashi, jodan age uke, gyaku zuki ». A fond sur les gyaku zuki. Je devine à peine ce que fait mon partenaire mais je sens qu’il assure !
Je ne me souviens pas du second aller retour mais c’était du même acabit. Peut-être avec un mae geri. Très simple : ainsi que me l’avais dit un professeur, « inutile de faire exécuter deux cent techniques pour jauger le niveau d’un karatéka. Un gedan barai, un oi zuki et tu es fixé. Le reste, c’est pour meubler ! ».
Yame, fin de la première partie du kihon. Déjà ???
Seconde partie : les techniques sur place en multidirectionnel. Un blocage, un zuki et un yoko geri en direction de la table, sur trois pas. Sur trois pas !!!! Le juge qui donne les commandements n’a visiblement pas compris le principe de l’épreuve, une des spécificité du nouveau règlement, qui devait se faire sur place et non en avançant ! Je n’irai pas le lui dire mais après notre prestation, d’autres juges viennent le trouver afin de le lui faire remarquer ! Fin de la deuxième partie du kihon.
Troisième partie : mon partenaire se place en fudo dachi, je dois me positionner face à lui et effectuer un certain nombre d’attaques prises dans une liste. On me demande oi zuki, mae geri et mawashi geri. Entre chaque attaque, le partenaire se déplace, se stoppe et je dois me positionner à nouveau avant de lancer l’attaque suivante. C’est uniquement un travail permettant de voir si l’on sait, du premier coup d’œil, trouver la bonne distance d’attaque. Contrôle total. Le but n’est pas de shooter son copain qui attend sagement. Petit kiai discret sur chaque attaque et nous changeons de rôle.
« Yame ! Merci messieurs, vous pouvez passer à l’épreuve suivante ».
Un juge, à la table, me glisse un discret « c’est bien », avec un petit hochement de tête et un léger sourire ! Merci monsieur le juge : çà encourage !
Salut aux juges et on nous invite à nous présenter devant la deuxième table.
Kata. C’est normalement un de mes points forts car c’est ce qui est le plus facile à travailler seul, chez soi. Comme toujours, je passe le premier. Salut aux juges qui ont peut-être un air un peu plus sévères que ceux de la table précédente. « quel est votre kata libre ? » J’indique qu’il s’agit de pinan godan en shito ryu. « Allez-y ».
Salut avec retenue, annonce d’une voix forte et claire, yoi et en avant ! Ainsi que me l’avait conseillé mon professeur, ne pas aller trop vite au risque de bouffer les techniques. Prendre son temps et jouer sur mon atout en kata qui est la puissance. Ca tape. J’alterne les temps rapides et les temps plus lents. Deux kiai, pour faire comme les shotokan. Ca me déplait de perdre un peu de ma spécificité shito-ryu, mais c’est un examen et il faut jouer le jeu ou ne pas y aller. Une bonne stabilité. Pas d’erreur. Retour en yoi, salut et retour une nouvelle fois en yoi, prêt à écouter ce que me diront les juges. Je ne suis pas mécontent de moi : en dojo, j’aurais peut-être pu mieux faire, mais là, compte tenu de l’enjeu et du stress, c’est correcte.
« Venez tirer au sort votre kata imposé ». Sur la table, des rectangles de plastiques retournés. Je prends le premier qui se présente, sans hésiter. Ne pas donner l’impression d’être timoré ou peu sur de moi. Je le retourne. Derrière est gravé un grand « 2 ». Le deuxième kata. Zut, celui que j’aime le moins des six sur la liste !
Les juges me disent d’aller souffler pendant que mon partenaire fait son kata libre. Il choisi le second kata, pinan shodan. Quelle idée ! Enfin ,les goûts et les couleurs !!! Il se débrouille bien.
Et c’est encore mon tour. Second kata. Salut, annonce. Il me semble qu’un des juges fronce les sourcils. Si je m’en aperçois, c’est que je ne suis pas assez concentré ! Pas le moment de se poser des questions : go ! Je vais relativement lentement au début, je prends mon temps et pense avoir fait un kata pas trop mauvais. Salut aux juges et je retourne dans mon coin pendant que mon camarade va faire son kata imposé.
Lorsqu’il revient, il me glisse à l’oreille : « tu devais faire le deuxième kata ? Pinan shodan ? Tu as bien fais pinan shodan mais en annonçant pinan nidan ! ». Là, je réplique par un mot célèbre du général Cambronne, prononcé dans une morne plaine, un jour funeste ! Espérons que çà ne me fera pas perdre trop de points ! Enfin, si çà avait été grave, ils m’auraient fait recommencer tout le kata puisque le règlement le prévoit. Ils n’ont rien dit, le kata était correcte, je suppose que pour eux c’est le principal. J’espère !
Épreuve kata bunkai. Je suis en confiance car même si je n’ai pas pu les travailler à deux aussi souvent que je l’aurais voulu, faute de partenaire, je pense les avoir tout de même bien préparés, visualisés et j’ai même envisagé d’autres versions de secours plus élaborées afin de parer à toutes éventualités.
C’est mon tour et on me demande de mettre en application les deux premières techniques de pinan godan. Facile. Je demande à mon partenaire d’envoyer un oi zuki que je pare en uchi uke avant de contre attaquer en gyaku zuki. Première fois doucement, puis, pour la deuxième, je lui demande d’attaquer plein pot. Il donne bien et je sais que j’ai choisi le bon partenaire. Blocage, contre attaque, kiai. Ca va vite et fort.
Ensuite, on me demande de démontrer la partie suivante, le blocage en gedan juji uke, suivi de jodan juji uke et tetsui. Je demande à mon partenaire d’envoyer un mae geri suivi sur place d’un zuki du poing avant et là, mon partenaire, prit par le stress, m’envoie un mae geri boulet de canon suivi d’un coup de poing de la même veine au lieu de faire un premier passage doucement comme il aurait du ! Heureusement, c’est un passage que j’ai travaillé, retravaillé et que j’aime particulièrement : je ne me laisse pas surprendre et bloque en force, en réflexe, en descendant sur ma position, mes avants bras sur son tibia, il a du le sentir passer mais n’en laisse rien paraître, c’est le jeu, puis, je remonte pour bloquer idem son zuki avant de contre attaquer. Pour la forme, je lui demande de recommencer, plus vite, même si je me doute qu’il aura du mal à aller plus vite et rebelote, mais avec le kiai, cette fois, histoire d’essayer de différencier les deux attaques. Surprise, un des juges me demande si pour moi, la dernière technique est un atémi. Je ne m’attendais pas à être questionné. Peut-être veut-il simplement savoir si je sais ce qu’est un atémi ? Je lui réponds que oui et il semble satisfait.
Puis, c’est le tour de mon ami d’expliquer des passages de son kata libre. Les trois premières techniques de pinan shodan. Première fois doucement et deuxième fois plein pot, avec kiai. Il bloque bien mais se laisse entraîner sur sa contre attaque et je me prends son poing, heureusement en fin de course, sur le nez. Même pas mal ! Je fais celui qui n’a rien remarqué et nous enchaînons sur une deuxième partie du kata désigné par les juges. Toujours première fois doucement et deuxième fois pleine vitesse. Je le saisis à l’épaule droite, de dos et il se retourne, se dégage de ma saisie, envoie un mae geri, se retourne une fois encore rapidement et, tout en bloquant une attaque imaginaire devant lui, m’envoie un coup de coude bien senti au plexus ! Bon, avec le stress, il a des problèmes de contrôle, le camarade, mais c’est sans importance : j’accepte le coup sans broncher et les juges ne disent rien.
« Merci messieurs» . Salut aux juges et nous allons dans un coin en attendant d’être appelés pour la suite. Là, mon partenaire me demande comment va mon nez et je lui dis que c’est ok : ce qui compte, c’est que nous ayons, et je pense que c’est le cas, fait bonne impression devant les juges.
Nous avons passé la moitié des épreuves. Ne restent que les UV kihon ippon kumite, jiyu ippon kumite et ju kumite. Uniquement de l’action : nous allons pouvoir nous exprimer !!!
Avec surprise, je comprends que nous passerons ces trois dernières épreuves à la troisième table, alors que selon le règlement, nous aurions du exécuter le kihon ippon kumite avec les juges nous ayant fait passer le kihon. Bon, ils font leur sauce, le principal étant de tout faire.
Ca y est, nous sommes appelés à la table. Salut aux juges. Je vais finir par avoir un lumbago à force de me courber en avant, toutes les deux minutes, comme çà. Ca ferait mauvais effet !!!
Le juge qui semble diriger les deux autres, jeune, sympa, nous gratifie d’une bonjour jovial.
Aller, nous commençons par le kihon ippon kumite. C’est sur cette épreuve, principalement, qu’il faut avoir un bon partenaire, compétent et sachant parfaitement, sans aucune hésitation, ce qu’il a à faire. Lors de nos discussions dans le vestiaire, nous nous étions mis d’accord afin d’annoncer clairement les attaques et surtout, de laisser un petit délai de deux ou trois secondes de concentration entre l’annoncé de l’attaque et l’attaque elle-même.
Mon partenaire sera Tori. Ses attaques sont nettes, belles, rapides. J’aime bien travailler avec lui. Il prend bien son temps ce qui me permet de bloquer sur chaque attaque exactement comme l’avais envisagé à l’entraînement. Seul bémol en ce qui me concerne, j’ai trouvé, après coup, que mes blocages manquaient peut-être de contact brut. Je sortais peut-être un peu trop mais proprement, sans vaciller ou partir en arrière en légère perte d’équilibre comme cela arrive parfois lorsqu’on se sent débordé et que l’on craint l’attaque. Il faut dire, qu’au club, nous avons l’habitude de travailler le kihon ippon kumite à très courte distance, en nous mettant en danger. Parfois, en yoi, Tori et Uke ne sont éloignés que de 50 centimètres à peine. Alors là, en respectant le mètre réglementaire, les attaques me semblent lentes, même si elles ne le sont pas, et j’ai le temps de les voir arriver. Surtout ne pas partir trop tôt !!!
A mon tour de jouer le rôle de Tori et je renvois l’ascenseur à mon Uke en m’appliquant à lui faire des attaques nettes et franches. Je pense avoir oublié un kiai sur un mawashi geri mais l’ensemble de nos deux prestations devait avoir globalement assez d’allure. Du moins, je l’espère !
« Merci, préparez-vous pour le jiyu ippon kumite »
Le jiyu ippon kumite est probablement l’UV qui m’inquiétait le plus car nous ne l’avions que très rarement travaillé au dojo. Heureusement, un gradé, ami de notre professeur, nous a fait peu de temps avant la date du passage, deux entraînements spécifiques qui nous ont été bien utiles.
Pour cette épreuve, et conformément au règlement, seules trois attaques prises dans la liste des six possibles nous ont été demandées. Toutes les mêmes pour tous : oi zuki, mae geri, mawashi geri.
Il m’a semblé, également, à voir passer les autres candidats après nous, que cette épreuve n’était vraiment pas familière à la plupart d’entre nous : nous l’avions appris au dojo comme un combat libre sur une seule attaque et où le principal travail résidait dans la recherche de la bonne distance pour l’attaque. Le rôle le plus délicat étant, semble-t-il, celui de Tori qui devait casser la distance avec habileté afin d’aller chercher Uke. C’est dans cet esprit que j’ai essayé de travailler lors du passage.
En revanche, j’ai remarqué que les autres candidats prenaient plus l’épreuve comme un simple kihon ippon kumite en déplacement, ce qui est tout de même assez différent dans l’esprit.
Dans l’ensemble, même si mes contre attaque ont été peu variées, je suppose que nous nous en sommes bien tirés, avec des attaques sincères et des répliques efficaces.
Ne restait plus que le ju kumite. Le combat souple. Nous étions d’accord, mon partenaire et moi, pour y aller doucement relativement afin de nous laisser travailler, d’échanger des techniques variées, sans que cela vire au combat de bourrin où, au taquet, nous ne serions capables que de sortir deux ou trois techniques à peine. Dans l’ensemble, çà a plutôt bien marché et, bien que souple comme un…passe-lacet, j’ai même réussi à placer notamment un ura mawashi « presque » jodan dont j’étais assez fier ! Le combat est prévu, normalement pour durer deux minutes mais les juges, ayant probablement vus ce qu’ils voulaient voir, nous ont arrêtés au bout de seulement 45 secondes !
« Merci, vous avez finis et pouvez attendre là bas »
Salut aux juges et nous allons nous asseoir dans un coin tout en regardant passer les autres. Aller, maintenant, les dés étaient jetés et il ne restait qu’à attendre les résultats.
Et pour attendre, nous avons attendus !!!!!! Les juges, eux-mêmes, parlant entre-eux, semblaient exaspérés et trouver qu’avec ce type de règlement, même avec un nombre de candidats peu élevé, ils y passaient la journée. Nous avons eu tout le loisir de regarder la prestation des deux gars du pankido qui s’avoinaient copieusement ! Ca ne plaisante pas, chez eux !!! Bref, nous sommes encore restés une bonne heure, voir plus, assis sur le tapis à attendre que tout le monde soit passé. J’en profite pour dire à mon camarade que, quel que soit le résultat final, j’ai été heureux de travailler avec lui.
Il était bien 14 heures lorsqu’ enfin, on nous a dit de descendre au gymnase…pour nous faire remonter une demi-heure plus tard pour les résultats.
Deux lignes faces à face, espacés de trois mètres : les kimonos, sur le tapis, les blazers sur le carrelage. Comme j’étais le premier sur la liste, par ordre alphabétique, encore une fois, j’essuie les plâtres. Le responsable des grades de la ligue appelle mon nom. Stupidement, je réponds « présent ». Il m’explique que je dois venir devant lui afin qu’il me communique, en privé, le résultat. Je me place face à lui, en oubliant de saluer, pour une fois, et, après avoir consulté sa feuille, il me chuchote « admis ». Je reste là, le regard probablement très interrogatif, ne voulant pas comprendre : admis à quoi ? A recommencer dans trois mois ? A des UV ? Lesquelles ? Avec un petit sourire il précise « admis, vous l’avez ! Ossu! ». Je recule un peu pour le saluer. Pas assez, et manque de lui coller un coup de boule, puis je retourne à ma place, sans comprendre ce qui m’arrive !!! Pour éviter tout futur quiproquo, il explique ensuite à tout le monde qu’il ne prononcera qu’un mot pour chacun de nous : « admis » ou « refusé » !
Les uns après les autres, tous les candidats du « groupe des vieux » sont appelés. Autant qu’il m’a été possible de le comprendre, la plupart l’ont eu, dont mon partenaire. Par la suite, je constaterais que les élus ont été nettement moins nombreux chez les plus jeunes. Tout le monde se congratule, puis, nous reprenons nos sacs pour nous diriger vers les vestiaires, totalement dans le cirage, la tête pleine d’étoiles.
Le temps de dire au revoir à mes camarades et je suis dehors. Provisoirement car brutalement je fais demi-tour et retourne au gymnase afin d’essayer d’obtenir ma feuille de notation : j’aurais souhaité savoir pour quelles UV j’ai été au niveau, pour quelles UV j’ai été mauvais, quels sont mes points forts, mes points faibles, combien m’a coûté ma bourde lors du kata imposé, etc, etc…! Rien à faire, on m’explique que çà ne se fait pas et qu’ils doivent garder les feuilles. Dommage car si le but principal d’un passage de grade est…de passer un grade, c’est aussi un moyen de faire un point objectif sur son niveau. J’hésite à partir : « et s’ils s’étaient trompés ? Si je ne n’avais pas réussi ? Mieux vaut le savoir tout de suite. ». Mais non, tout semble en ordre, il n’y a pas d’erreur et, même si je mettrais encore plusieurs jours à accepter cette idée, je suis bien dès à présent ceinture noire 1er dan FFKDA !!!
Note extérieure au post : Une petite erreur s'est glissée dans le commentaire du candidat. Le Kata 1 en shito ryu est pinan shodan et le kata 2 est pinan nidan.













