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La vitesse d'exécution en Karaté
Que l'on se situe du point de vue de
l'attaquant qui cherche une opportunité ou du défenseur
qui tente de prévoir le moment et le type de l'attaque,
les composantes tactiques du combat sont indissociables
du principe de vitesse.
L'étude des composantes de la vitesse intégre
d'une part la vitesse du mouvement en terme de la rapidité
d'exécution (pôle technique) et d'autre part
la vitesse de réaction (pôle tactique).
LA VITESSE DE REACTION
La vitesse de réaction est le temps mis entre le signal
déclencheur de l'action et la réalisation finale de la
tâche projetée (elle englobe la vitesse de mouvement).
Les temps de réaction simples (sans anticipatin) sont
de l'ordre de 240 ms (0.240 secondes) (Cf/Schmidt et
Gordon,
1977), cependant :
- La complexité de la tâche à accomplir
- Le délais de réponse (vitesse d'éxécution
adverse)
- le nombre d'alternatives possibles (gamme tactique)
- l'incertitude liée aux signaux (confusion,
feintes, etc)
- l'état des récepteurs (visuels par
exemple)
- les conditions environnementales (bruit, chaleurs,
etc)
- la fatigue
- la vigilance
- la concentration
- le degré d'acceptation de l'opposition (Très
limitant en karaté, à éduquer chez
les enfants et les débutants)
- la motivation
- le niveau d'expertise (l'expérience)
- la qualité de préparation à l'action (capacité de
vitesse propre du sujet)
sont autant de paramètres favorisants ou limitants la
vitesse de réaction.
L'association de ces paramétres ne permettrait
pas l'émission d'une réponse optimale au
regard des délais impartis par la relation d'opposition
si les combattants ne s'appuyaient pas sur le principe
d'anticipation.
L'ANTICPATION
L'anticipation permet un gain de temps
par un choix prédictif
de la réponse motrice qui semble la plus appropriée (le
combattant fait appel à ses automatismes - mémorisation
préalable des réponses ----> entraînement).
L'expérience de l'individu joue un rôle primordial pour
réduire ce délais de réponse.
Anticiper, c'est prédire et donc décider
à partir d'information n'étant pas encore
vérifiée de la réponse à émettre
(vous n'attendez pas qu'il pleuve pour prendre votre parapluie
par exemple). La prise d'information s'appuit sur l'observation
d'indices prédictifs permettant de court-circuiter l'étape
de la sélection de la réponse. La programmation de l'action
est basée sur des références mémorisées, à partir d'une
identification partielle et donc précoce de l'information
: Le combat n'est pas un jeu d'echec où chaque
patenaire décide de sa réponse après
déplacement des pièces adverses.
Cependant, si l'anticipation permet un gain de
temps, elle augmente l'incertitude sur le résultat (cf/la
météo par exemple) : L'estimation des probabilités
faite au départ de l'action peut s'avérer
ne pas être bonne. Plus l'anticipation est précoce
plus l'incertitude sur la qualité de la réponse
augmente.
"L'anticipation s'effectue sur un choix réfléchi
en fonction de la situation et de l'expérience de l'individu" (cf/
Schmidt : 1988).
Analyse :
Une tâche réalisée avec anticipation dure environ de
152 ms (0.152 seconde) soit un gain de presque 1 dixième
seconde sur le temps de réaction non anticipé
(Cf/Schmidt et Gordon, 1977). Cependant, si l'anticipation
ne s'appuit pas sur la bonne information, on enregistre
une perte de temps pour reprogrammer la réponse et pour
finalement obtenir un temps plus long et supérieur
au temps de réaction sans anticipation.
A ceci, il faut ajouter le conflit "vitesse - précision"
(cf/ Keller, Goetz, Hennmam : 1987) : "Plus le temps
d'exposition du stimulus est court (la cible), plus le
délais de réponse est faible, plus la précision
de la réponse diminue et inversement".
La capacité de décodage
des informations pertinentes est un facteur essentiel
pour anticiper.
"La capacité de désinformation
est une valeur tactique"
Remarque : L'anticipation, une capacité qui doit
s'éduquer : Imaginez les répercutions éducative
d'un tel enseignement. En ce qui me concerne et peut-être
parce que je suis enseignant d'EPS et à priori
formé en ce sens, si le karaté et le sport
en général véhicule des valeurs comme
on le prétend, ce n'est pas seulement le karatéka
que je cherche à former mais aussi l'individu.
Que mes élèves apprennent à réagir
1 dixième de secondes plus tôt pour contrer
un adversaire est une chose mais que le développement
de cette capacité d'anticipation leur permet un
jour, de freiner au volant de leur voiture 1 mètre
20 plus tôt en ville, en est une autre et pas des
moindres.
LA VITESSE DE MOUVEMENT
La vitesse de mouvement comporte sur
le plan théorique,
trois phases essentielles :
- L'accélération
- Le maintien de la vitesse pure
- La décélération
Si le maintien de la vitesse pure n'entre
pas vraiment en ligne de compte dans les paramétres de vitesse
des mouvements en karaté, l'accélération
et la décélération en sont par contre
les éléments essentiels.
- Par accélération nous entendons en karaté
le terme d'EXPLOSION : Les distances d'accélération
consistant à déplacer le corps et ses
membres à proximité de la cible sont très
courtes et dépendent aussi du statut du combattant
: attaquant (celui qui avance) ou défenseur
(qui contre sur place par exemple)
- Par décélération nous admettons
la capacité du combattant à changer de
direction ou à stopper ses actions (contrôle).
Les vitesses nécessaires à la réalisation
de techniques efficaces et tactiquement efficiences posent
toute la problématique du CONTRÔLE de l'action
en cours de réalisation. Si le kata permet un contrôle
de l'action en cours de réalisation (pas de pression
évennementielle), en combat, la compression du
délais de réponses et le conflit "vitesse-précision"
met en évidence la problématique de gestion
des COÏNCIDENCES : Anticipation prédictive
de la zone de rencontre entre les poings, les pieds...
et la cible. Si cette zone est facilement identifiable
(prédictive) dans les assauts conventionnels à
l'excéption du jyu ippon et jyu kumité,
la coïncidence niveau 0 est rare. Il faudrait pour
cela agir sur un adversaire immobile qui ne réagit
pas, ce qui est possible dans certains cas d'attaques
très rapides ou anticipées sur les contres
pieds par exemple.
La vitesse de mouvement est dépendante
de :
- La prédominance génétique
du type de fibres musculaires (fibres rapides)
- La capacité de force : Force et vitesse sont
les composantes de la puissance. Plus les masses à
transférer sont importantes, plus l'énergie
nécessaire à les déplacer rapidement
le sera aussi. L'augmentation de la section transversale
du muscle permet un recrutement plus important par unité
de temps, du nombre de ponts "d'actine-myosine".
- La quantité des réserves d'énergie (phosphocréatine)
et de l'activité enzymatique.
- La coopération intermusculaire des chaînes agonistes
(chaîne musculaire responsable du mouvement) optimise
la force (exemple : ne pas frapper seulement par extension
du bras - accélérer le geste par le travail
des hanches) - il n'y a pas qu'un seul muscle qui travaille
en général mais une chaîne de muscles
(chaîne cinétique).
- La coordination intermusculaire entre
chaînes
musculaires agonistes et chaînes musculaires antagonistes,
cad les muscles "opposés" à
la réalisation du mouvement (les muscles freinateurs
de l'extension d'un membre sont les muscles flexeurs
de ce membre ---> relâchement nécessaire
des antagonistes = coordination neuromusculaire).
- L'elasticité : L'étirement et le relâchement du muscle
favorise l'amplitude gestuelle et de surcroît
les caractérisriques de coopération et de coordination
des chaînes musculaires.
- Le stress : augmente la tension basale
du muscle et en limite les caractéristiques élastiques.
- L'échauffement - diminue les frottements internes
(La chaleur diminue la viscosité des membranes) :
- favorise l'élasticité
- Augmente la capacité d'étirement
du muscle
- optimise la réactivité du système
nerveux.
- La fatigue musculaire par l'augmentation
de la concentration d'acide lactique dans le sang
se caractérise
par une dégradation du guidage moteur (inhibition
neuromusculaire : les gestes sont moins précis
et plus lents).
L'ENDURANCE DE VITESSE
L'endurance de vitesse permet la répétition
d'actions coordonnées à vitesse maximale.
Elle dépend de :
- La résistance à la fatigue
- recul du seuil de production d'acide lactique
(acidose)
- capacité de récupération
(capacité anaérobie alactique et
lactique)
- Le rendement technique (voir discours
sur la technique, rubrique "théorie
de l'apprentissage")
_____Exemple _____
Préambule : le combattant doit développer
sa vision centrale et périphérique nécessaireà
la prise d'informations sur les positions des adversaires.
En conséquence, il est intéressant que les
signaux déclencheurs ne soient pas seulement globaaux
c'est à dire du genre "Lorsque l'adversaire
avance, etc...), mais basés aussi sur des changements
de position de bras, sur un mouvement arrière,
sur le temps de suspension en pliométrie,etc...
Vitesse de réaction (plan
de travail) :
Travail à base d'exercices de départ et de réaction
à partir de positions différentes :
- Gestion de la pression événementielle
et temporelle
- diminution de la durée des signaux
(auditif et visuel)
- augmentation du niveau d'incertitude
- augmentation de la vitesse d'action
- Le jyu kumité à théme
Exemple : Par 2 face à face, X tend son bras
vers Y en tenant un morceau de ceinture qui pend.
Y est en garde, à une distance qui ne nécéssitera
pas de déplacement pour attraper le morceau
de ceinture. Au signal de l'enseignant, Y devra attrapper
le morceaux de ceinture sous la forme d'un yaku tsuki,
X devra retirer son bras avant. Puis même exercice
mais sans signal de l'enseignant : X retire son bras
lorsqu'il le désire, etc...
Vitesse de mouvement et endurance de
vitesse (plan de travail) :
Les séances de travail de vitesse
de mouvement peuvent inclure :
- un entraînement technique sur le plan
qualitatif (rendement moteur)
- Un entraînement pliométrique
- un entraînement à la musculation et plus
particulièrement un renforcement des qualités
de :
- force pure - de 80% à 100% de la charge
maxi : nbre de répétition 3 à
4 - 4 à 5 séries - 5 minute de récupération
entre chaque série.
- puissance - 60% à 80% de la charge maxi
- nbre de répétition 8 à 12
- 4 à 5 séries - 2 à 3 minutes
de récupération entre chaque série.
- Endurance de Vitesse - 40% à 60% de la
charge maxi - nbre de répétition 12
à 16 - 4 à 5 séries - 1 minute
de récupération entre chaque série.
- Remarque : La charge maxi est la charge
que vous ne pouvez pas soulever plus de 10 fois
(il faut la calculer pour chaque atelier).
- Je conseille une approche
globale au niveau de tout le corps pendant
au moins 3 à
4 mois à raison de 2 séances par
semaine (1 séance bras / 1 séance
jambes - abdos systématique) puis un
travail plus en spécifique (cad en exécutant
des gestes qui se rapprochent du geste technique)
1 à 2 mois avant les compétitions
et durant la période de compétition.
Exemple d'un plan type de séance de musculation
globale en karaté : (réaliser 4 à
5 séries)
- Séance 1 : Travail des bras
(Etirement 10 minutes)
- 1 série = Développé couché (W
en puissance) + biceps (W en puissance) + dorsaux
et ceinture scapulaire (w en puissance) + 50
ados.
- Séance 2 : Travail des jambes
(Etirement 10 minutes)
- 1 série = 1/2 squat (W
en force pure) + squat mollet (W en force pur)
+ ischios (W en puissance)
+ quadriceps sur presse (Travail en puissance)
+ 50 abdos.
Exemple d'un plan type de séance de musculation
spécifique en karaté : (réaliser
4 à 5 séries)
- Séance 1 : Travail des bras
(Etirement 10 minutes)
- 1 série = Yaku tsuki avec charge sous forme
d'un bracelet, d'une petite barre manuelle ou d'un
élastique (W en vitesse) + idem mais dans
le sens retour (travail du biceps : antagoniste)
+ dorsaux et ceinture scapulaire (w en puissance)
+ 80 ados.
- Séance 2 : Travail des jambes (pliométrique)
- 1 série = Multibonds pieds joints au dessus
d'un banc avec ou sans gillet lesté (10 à
15) + laisser tombé d'un banc avec rebond
du sol sur autre banc (10 à 15) + la chaise
contre un mur, genoux à l'équerre,
une barre de 10 kilos sur les cuisses (1'30 à 2
minutes) + ischios (w en puissance) + 80 abdos.
Remarque : Il existe d'autres formes
de travail. La plus adaptée consiste à prendre en
considération vos lacunes mais surtout votre
morphologie et vos aptitudes. En d'autres termes ce
qui est décrit au dessus représente
simplement un exemple.
Endurance de vitesse (plan de travail)
:
Travail en séquences fractionnées sur
des gestes précis ultra rapides d'une durée
de 10 à 15 secondes entrecoupées de 10 à
15 secondes de récupération (travail en
15*15) - Réaliser plus de 10 séries - récupération
semie-active (s'étirer) .
Attention, ce sont des exercices choquants à ne
pas faire pratiquer à des non entraînés.
Je conseille cet exercice aux éléves pratiquants
déjà plus de 30 minutes de footing par semaine.
(Adaptation cardio-vasculaire aux efforts brutaux fortement
conseillé)
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